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CHAPITRE IV

SoMMAïUE : Contagion et hérédité. - La phtisie e^t rarement héréditaire. - Elle est contagieuse modes et causes adjuvantes de sa transmission!

Les maladies qui ont été regardées comme antagonistes de la tuberculose, sont des causes prédisposantes à cette maladie, et les enfants d'asthmatiques, de rhumatisants, de goutteux, de cardiaques, de syphilitiques sont très souvent tuberculeux. Si la phtisie pulmonaire ne vient pas donner le coup fatal à ces malades eux-mêmes, elle se venge sur leur descendance et constitue le gouffre final où sont poussées les races épuisées.

Mais s'il est certain qu'on hérite d'un terrain, d'une constitution organique, de tissus et d humeurs favorables à la pullulation bacillaire, hérite-t-on du bacille lui-même? La phtisie est-elle fatalement, fréquemment ou rarement héréditaire?

On a cité quelques rares autopsies de fœtus tnberculeux. Johne en I880, Malvoz et Brouwier en 1889 ont trouvé des lésions bacillaires sur 2 fœtus de vaches tuberculeuses. En 1890,

Armanni, deNaples, rapporta au Congrès de Berlin, qn a l'autopsie d'une femme phtisique, il avait trouvé un fœtus dont les organes,, inoculés à des cobayes, leur ont transmis la tuberculose. En 1891, Sabourauda décrit à la Société de Biologie l'autopsie d'un nouveauné de 1 1 jours, issu d'une mère tuberculeuse, chez lequel le foie et la rate étaient criblés de tubercules remphs de bacilles; à l'autopsie de la mère, morte de phtisie pulmonaire, on ne rencontra aucune lésion tuberculeuse des organes génitaux internes, ni de la mamelle; le placenta ne fut pas examiné. Quelques mois auparavant, Birch-llirschfeld avait rapporté l'histoire d'un fœtus retiré mort de l'utérus d'une femme ayant succombé à la phtisie. Les organes de ce fœtus furent inoculés à des cobayes et à des lapins qui moururent tuberculeux. Le placenta était farci de bacilles. A. Herrgott, de Nancy, a vu que le liquide amniotique d'une femme phtisique était capable de donner la tuberculose au cobaye.

De tels faits positifs doivent être bien rares, car Vignal a dit au dernier Congrès de la tuberculose, que 16 fois il avait autopsié des fœtus ou des avortons n'ayant vécu que quelques jours, produits par des femmeâ atteintes de phtisie pulmonaire bacillaire ; et jamais il

n'a renconlré chez eux une seule lésion lubcrculeuse, jamais il n'a rendu un animal tuberculeux par l'inoculation de leurs organes ou du placenta de la mère.

Mais, a dit Haumgarlen en 1883, le fœtus n'est pas contaminé avant sa naissance par le sang- de la mère tuberculeuse, il est contaminé par un père tuberculeux qui envoie des spermatozoïdes remplis de bacilles dans l'ovule de la mère. Hippolyte Martin et Landouzy ont fait autrefois des expériences qui semblent concorder avec la théorie de Baumgarten. Mais alors, si cette conception est exacte, un père tuberculeux ne pourrait procréer un enfant tuberculeux qu'en conlagionnant la femme qui le met au monde, car on ne conçoit guère que les bacilles, une fois dans l'ovule, ne se répandent pas dans un ou plusieurs organes de cette femme. Oi-, si l'on consulte les statistiques apportées en 1882 par Leudet au Congrès de Genève, on voit que dans 15 ménages oii le père était phtisique, neuf femmes non tuberculeuses eurent des enfants, et cinq d'entre elles eurent des enfants qui devinrent tuberculeux, sans être elles-mêmes phtisiques.

Donc, l'hérédité de la graine tuberculeuse venant du père ou de la mère est bien rare: aussi avec Villemin, avec Bouchard, avec

Peter, avec Landouzy, faut-il dire que la contagion pendant la vie intra-utérine ou intraovulaire est l'exception, que la règle est la transmission pendant la vie extra-utérine. Les anciennes conceptions doivent être renversées : car la contagion de la tuberculose estbcaucoup plus fréquente que sonhérédité. 11 faut simplement dire avec Villemin et avec Peter, que les tuberculeux, comme tous les dégénérés, lèguent à leurs enfants un terrain favorable à l'évolution de la tuberculose, que « l'on ne naît pas tuberculeux, mais tuberculisable ». Cette nouvelle doctrine est rassurante et réconfortante pour le médecin qui pourra sauver un grand nombre d'enfants issus de tuberculeux en les séparant de leurs parents qui les contagionneraient, et en les plaçant dans des conditions hygiéniques capables de créer le terrain réfractaire à la tuberculose.

La phtisie puhiionaire est contagieuse et transmissible des animaux à l'homme, de l'homme à l'homme. Les anciens médecins grecs croyaient à la contagion. Au moyen âge, en Italie, les gouvernants prescrivaient l'isolement des phtisiques, la déclaration des malades était obligatoire, et les effets des morts étaient bridés. En Provence, au xviu'' siècle, dès qu'un malade était reconnu

poitrinaire, personne, dans son entourage, no se servait de ses draps de lit, de son Jinge de table, de son couvert. Après sa mort, on grattait les murs et les cloisons de sa chambre, et on les crépissait à neuf, on lavait les pavés et les parquets, on brûlait son linge; on exposait au grand air les meubles et les tapisseries pendant une année entière.

Parmi les grands médecins, Morton.

Morgagni, Valsalva déclarèrent que la phtisie est contagieuse. Puis cette notion se perdit peu à peu parmi les médecins, tandis que le peuple, surtout en Itahe, continuait à redouter la transmission de cette terrible maladie. Le sentiment populaire, écho fidèle des traditions antiques, avait raison contre les nouvelles théories médicales. Les médecins niaient énergiquementla contagion, quand, en 1863, Villemin, par des recherches expérimentales, conduites avec une sagacité parfaite et une précision absolue, établit que la tuberculose est contagieuse. On a cherché à prouver, et Koch en particulier, que des auteurs oubliés avaient démontré cette contagiosité : ce sont là des jeux d'enfants. Comme l'a si bien écrit Babinet : « L'antiquité a tout dit. Quand elle dit vrai, c'est simplement une rencontre merveilleuse, car elle n'a rien démontré. » Villemin a fait une véritable et

grande découverte, parce qu'il a démontré la contagionpar des preuves que personne n'a pu ébranler ; aussi l'appréciation de l'histoire sur Yillemin a-t-elle déjà été formulée en 188i par Colmheim, de Leipzig. « Il se fit en France une découverte, de laquelle l'historien de la tuberculose devra faire dater, non seulement un incomparable progrès, mais une révolution profonde de nos idées dans ce domaine. Il y a en effet peu de découvertes qui passionnèrent autant les médecins que la démonstration par Yillemin de la transmissibilité de la tuberculose. »

Mais il faut avouer qu'en France, la routine, cette triste excroissance de la fallacieuse expérience, éloigna les médecins de la découverte de Yillemin, et qu'il fallut attendre celle du bacille de la tuberculose par Koch pour secouer nos esprits engourdis. On ne croyait pas à la contagion parce qu'on pouvait difficilement suivre la voie insidieuse suivie par le contage, depuis le contagionnant jusqu'au contagionné, dont l'infection reste si longtemps latente. On disait à tort qu'il était facile de suivre la marche du contage des fièvres éruptives, tandis qu'il était impossible de suivre celle de la tuberculose. On admettait simplement que la phtisie était inoculable, comme la syphilis

et la vaccine, mais qu'elle pouvait être aussi spontanée. Quels tristes souvenirs, quand nous pensons que nous avions au jin'lieu de nous celui qui avait démontré irréfulaiîlement que : « Rien ne peut mettre l'homme dans la condition de faire seul du tubercule : qu'il faut que la semence lui vienne du dehors. »

Onn'attachapas non plusl'importance qu'elles méritaient aux expériences de Dieulafoy et Krishaber, qui transmirent en 1881 la tuberculose humaine aux singes. Il fallut qu'en avril 1882 Koch vînt annoncer qu'il avait isolé le bacille tuberculeux, et que ses cultures produisaient la tuberculose. Alors on se souvint qu'en 1879 Musgrave Clay avait recueilli dans sa thèse un grand nombre de faits de transmission familiale de phtisie pulmonaire, parmi lesquels se trouvaient trois observations de contagion conjugale que j'avais observées. Les chirurgiens, lesanatomistes, les vétérinaires se souvinrent aussi que pendant les opérations ou les autopsies on pouvait s'inoculer la tuberculose à travers la peau.

Les travaux modernes ont montré que la voie cutanée, ou plutôt sous-cutanée, était bien rarement suivie par le virus tuberculeux pour pénétrer dans le corps humain, que la tuberculose humaine est tanint introduite pnr

les voies aériennes, tantôt par les voies digcstives. Ils ont aussi démontré que, quelle que soit la voie d'introduction, le poumon est le premier et quelquefois le seul organe attaqué. Lorsqu'on introduit le virus tuberculeux humain dans le sang par injection intraveineuse, la tuberculose expérimentale se localise toujours en premier lieu dans les poumons des animaux. Ce fait important vient d'être encore confirmé par Straus et Cramaleïa dans les remarquables expériences par lesquelles ils ont définitivement différencié la tuberculose humaine de la tuberculose aviaire. Aussi il est bien entendu qu'on peut avoir été contaminé par l'alimentation et être atteint de tuberculose du poumon, sans posséder de lésions intestinales ; les bacilles tuberculeux peuvent parfaitement bien traverser l'intestin sans le léser et arriver par la voie lymphatique ou sanguine aux organes thoraciques.

Il importe aux médecins; aux gardesmalades, aux parents des phtisiques, à tous les auxiliaires du traitement qu'ils doivent surveiller, de savoir quels sont les modes ordinaires delà contagion, ils doivent surtout savoir que s'ils ne touchent pas les crachats, que s'ils ne respirent pas de la poussière de crachats desséchés, ils n'ont aucune chance

d'être contagionnés, car l'haleine des phtisiques, lair expiré par eux n'est nullement virulent. En 1881, Tappeiner fit respirer à deux chiens l'air expiré par la toux et Ja respiration normale d'un homme phtisique, et ils ne sont pas devenus tuberculeux. Grancher, Charrin, Karth ont répété cette expérience avec le même résultat sur les cochons d'Inde. Cadéac et Mallet, de Lyon, ont nettement précisé cette notion par une expérience très simple. Ils ont mélangé dans la même niche des animaux tuberculeux et des animaux sains qui avaient ainsi de continuels points de contact ; tous les animaux sains sont morts tuberculeux. Puis ils ont séparé une niche en deux compartiments par une cloison n'atteignant pas le plafond; d'un côte ils placèrent des animaux tuberculeux, de l'autre des animaux sains; ces deux groupes respiraient le même air, mais ne pouvaient avoir aucun contact entre eux : les animaux sains ne devinrent pas tuberculeux.

Le danger de la cohabitation réside dans les crachats. Sur le malade lui-même, ce sont ses lèvres, sa barbe, ses habits, s'il est malpropre; autour de lui ce sont les objets qu'il a pu introduire dans sa bouche et ceux qu'il apu souiller de ses crachats qu'ilfaut craindre.

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Le crachat sec est aussi dangereux que le crachat humide. Yignal, Fischer et Schill ont laissé dessécher des crachats dans une assiette, et ils ont vu qu'ils étaient virulents. Schotellius a vu le bacille tuberculeux survivre 2 ans dans la terre. Gaertner a dit aussi au Congrès de Berlin que les bacilles de la tuberculose, conservés dans le sol pendant tout un hiver, avaient gardé leur pouvoir infectieux.

Dès 1869, Yillemin montrait que les matières expectorées et projetées par les phtisiques sur les parquets, se résolvent en une poussière capable de s'élever dans l'atmosphère par l'agitation de l'air. En ISSl, Tappeiner affirmait que les crachats répandus sur le sol ou ailleurs, desséchés et divisés à l'infini, communiquaient à l'atmosphère qui les balaye leurs propriétés spécifiques. En 1884, Koch montre aussi que la transmission de la tuberculose se fait surtout par les crachats desséchés sur le sol ou sur des linges dont les débris pulvérulents arrivent facilement dans l'air. En 1889, Cornet, de Berhn, a trouvé des bacilles tuberculeux dans la poussière répandue autour des lits des phtisiques crachant par terre. Il a inoculé des échantillons de cette poussière à un grand nombre d'animaux, et les deux tiers d'entre eux sont morts tuberculeux. ?ur 38 expériences faites avec

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do la poussière des salles liospilalières de phtisiques, 15 dcLerminèreiiL la tuberculose. Sur 02 expériences faites avec la poussière des chambres occupées en ville par des tuberculeux, 21 déterminèrent la tuberculose. Ces poussières étaient recueillies tout autour du lit du malade. Dans la chambre d'une actrice tuberculeuse, soignée dans un hôtel de Berlin, Cornet trouva des poussières tuberculeuses sur le bois du lit situé derrière la tête de la malade et sur deux portraits placés au-dessus. MM. Spilmann et Hausiialter ont constaté que des mouches qui s étaient repues dans le crachoir d'un tuberculeux répandaient des excréments remplis do bacilles; etils pensent que ces mouches peuvent contaminer les substances alimentaires sur lesquelles elles viennent se poser. Les poussières de crachats desséchés peuvent aussi souiller les aliments, si le phtisique crache dans une chambre où l'on mange; les poussières tombent sur la table, les mets, les boissons, les doigts avec lesquels on touche le pain, les gâteaux, les •fruits.

Tels sont les agents de propagation de la tuberculose domestique.

La virulence des crachats desséchés est tellement forte que Grancher et Ledoux-Lebard viennent de démontrer que si on les

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porte à 100 degrés pendant 3 heures, ils tuent encore les animaux en 95 jours.

La transmission de la tuberculose par ralimentation n'est plus douteuse depuis les expériences de Chauveau et de Yillemin: on peut devenir tuberculeux en ingérant des organes d'animaux tuberculeux. Le lait des vaches tuberculeuses peut communiquer la tuberculose, môme si la mamelle n'est pas malade; en effet la vache, atteinte de phtisie pulmonaire, lèche son trayon avec sa langue imprégnée de jettage virulent. Gerlacli, Klebs, Conheim, Hipp. Martin, Bang, Nocard, ont vérifié ce fait. En outre Escherich, Longard, Karhnski, ont montré que les microbes pathogènes peuvent passer directement du sang dans le lait, même si la mamelle est saine. Il est très probable que la forte mortalité des jeunes enfants de 1 jour à 2 ans, démontrée par r.andouzy à Paris et par Boltz à Kiel, est due en partie à l'ingestion du lait des vaches phtisiques. Landouzy a trouvé qu'un cinquième et Boltz que la moitié des enfants, morts avant 2 ans, meurent tuberculeux. Ces chiffres sont tellement efïrayants qu'il faut attribuer à d'autres causes qu'au lait seul la fréquence de la contagion. En effet les enfants pauvres, comme le fait remarquer Landouzy, sont très souvent gardés par des parents ou

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dos voisins phtisiques qui, ne pouvant travailler, sont naturellement employés à cette fonction. Et alors ils sont contagionnés par les embrassements, la promiscuité ries ustensiles alimenlaires.et la poussière des crachats desséchés. Puis les enfants mettent dans leur bouche tout ce qui traîne par terre et, par conséquent, tout ce qui est souillé par l'expectoration répandue sur le sol. Chez un enfant qui avait sucé le mouchoir d'un tuberculeux et qui avait une amygdalite avec adénite, j'ai constaté, dans une crypte amygdalienne, une masse caséeuse qui était farcie de bacilles de Koch; il est très probable que les adénites sous-maxillaires ont bien souvent une pareille origine. Cette amygdalite tuberculeuse a du reste été constatée par Lubhnski, de Berlin, au début de plusieurs phtisies pulmonaires.

Ces faits prouvent que souvent la contagion d'origine alimentaire peut s'opérer dans la bouche, sans avoir besoin de l'aide de l'estomac ou de l'intestin.

La contagion delà tuberculose parle lait des vachesphtisiquesaété constatée par Robinson sur les membres d'une tribu nomade nommée Avchare, habitant en Asie Mineure, entre Césarée et Sivas, dans un pays montagneux, très salubre, oii ils vivent constamment sous

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la tente, c'est-à-dire au grand air et loin des asçî^lomérations.

'La viande d'animaux tuberculeux, exempte de ganglions lymphatiques et de morceaux de viscères, n'est pas capable de donner la tuberculose, d'après les expériences si précises de Nocard; donc la viande crue peut être ordonnée sans danger.

Du reste, il faut bien savoir que le plus souvent l'ingestion de matières tuberculeuses est loin de provoquer infailliblement latransmission du virus. En effet, les bacilles, s'ils ne sontpas arrêtés dans labouche, rencontrent

dans l'estomac le suc gastrique qui, grâce à son acide chlorhydrique libre, altère leur virulence, comme l'ont démontré Straus et Wurtzen 1889 et Hamburger en 1890. Zagari a vu d'autre part qu'un grand nombre de bacilles ingérés sont éliminés par les matières fécales. Pour que la contagion par le mode alimentaire puisse se faire, il importe que les fonctions digestives soient altérées, et qu'en particulier l'acide chlorhydrique libre de l'estomac ne soit sécrété qu'en faible quantité.

Pour que la contagion puisse s'opérer par les voies aériennes, il faut que celles-ci soient prédisposées à recevoir le bacille tuberculeux par irritation préalable, par une bronchite

aiguë ou chronique, comme l'ont élal)li Debovc et Landouzy.

L'affaiblisscmcnl général prédispose aussi à l'infection tuberculeuse; tous les jours la clinique le démontre et tous les expérimentateurs voient que les animaux affaiblis par la dicte absolue ou relative, par une maladie vermineuse, meurent avant les autres animaux inoculés en même temps qu'eux. Nous avons aussi constaté ce fait pour un lapin affligé d'une malformation des dents qui entravait la mastication. On voit combien de causes individuelles influent sur la réceptivité des individus pour la tuberculose. S'il faut un bacille pour faire un phtisique, il faut aussi un terrain pour le cultiver.

En dehors des causes individuelles de prédisposition à la tuberculose, il existe des causes générales parmi lesquelles on doit placer l'encombrement, comme l'ont très bien ditLagncau et Lancercaux. Récemment, Destrée et Gallenacrts ont constaté qu'à Bruxelles, sur 100 décès, la phtisie pulmonaire en déterminait 27 chez les ouvriers travaillant au grand air, 43 chez ceux qui exerçaient une profession sédentaire, 66 chez les garçons de café, et seulement il chez les cultivateurs.

Laënnec raconte qu'il était à Paris le

médecin d'un couvent où toutes les sœurs devinrent phtisiques pendant 10 ans, sauf celles qui avaient soin du jardin ou qui sortaient souvent pour faire des courses. Bergeret, d'Arbois, a vu aussi un couvent décimé par la phtisie. Marfan a rapporte l'histoire d'une véritable épidémie de tuberculose pulmonaire dans un bureau mal ventilé où travaillaient 22 employés; en quatre ans 13 d'entre eux succombèrent à la phtisie. Arthaud a raconté au dernier Congrès de la tuberculose, qu'à l'usine municipale d'électricité, il avait constaté 32 tuberculeux sur 3o ouvriers; 4 d'entre eux étaient de vieux tuberculeux, 23 autres avaient contracté la tuberculose depuis leur entrée à l'usine. Potain a rapporté, en 1885, l'histou-e d'un ménage habitant la rue de Bourgogne, dont la femme mourut tuberculeuse en laissant des enfants. Le mari se remaria; sa deuxième femme mourut tuberculeuse ; son fils du second lit mourut également tuberculeux, et tous avaient continué à habiter le même appartement. Je connais, dans une belle maison deParis, une chambre de domestiques, où successivement 3 bonnes ont contracté la tuberculose. Je connais aussi une ferme d'un petit village de Bretagne où le père et les quatre enfants moururent

phtisiques; on y recueillit deux nièces nées do parents non tuberculeux et qui devinrent aussi phtisiques. Les médecins de la marine disent que dans tous les pays sauvages, quand un j)htisique entre dans une case, toute la famille est atteinte et tous ses membres succombent successivement.

Cette notion de la contagion de la phtisie pulmonaire ne doit pas effrayer ou décourager. Gomme le dit Yillemin : « Mieux vaut se trouver en face d'un ennemi qui se présente visière levée, que de poursuivre des fantômes dans les ténèbres ». Nous allons voir en effet comment l'on peut supprimer les causes de contagion, et éviter les conditions qui favorisent cette contagion. Du reste, il faut bien savoir que la contagion n'est pas fatale, que la tuberculose n'attaque que les gens prédisposés à la recevoir. Si la contagion de la phtisie était fatale, si aucun organisme ne pouvait y échapper, l'humanité serait depuis longtemps détruite.

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