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CHAPITRE V

Sommaire : Prophylaxie ou traitement préventif :de l'entourage des phtisiques.

On éviterala transmission de la tuberculose par la voie alimentaire, en coupant en morceaux minces et en portant à la température de l'ébullition (qui détruit la virulence du bacille tuberculeux dans un milieu liquide) les organes susceptibles d'être envabis par les bacilles de Koch (foie, rate, poumon ou vulgairement mou, reins ou rognons, pancréas ou ris de veau). La viande qui ne sera pas composée exclusivement de muscle rouge et comprendra des ganglions ou des débris d'organes, devra également être portée à la température de l'ébullition de l'eau. Pour préparer la viande crue, on se servira exclusivement de muscle rouge soigneusement séparé des tissus non musculaires qui l'environnent.

Le lait devra être bouilli, ou bien on se servira de lait stérilisé à 70° et refroidi rapidement, selon la métbode de Soxblet, car,

■J'HAITKMENT

ainsi préparé, le liquide a perdu toute viru lencc. Granclier et Lcdoux-Lcbard ont démontré tout récemment que la virulence des tubercules à l'état humide est détruite en une minute à 70°. Certaines personnes croient éviter infailliblement la contamination tuberculeuse, en buvant toujours du lait de la même vache saine. Cette pratique procure une fausse sécurité, car les vaches ayant toutes les apparences de la santé peuvent être tuberculeuses, comme de récentes autopsies l'ont démontré à Nocard et àLydtin. Ce vétérinaire allemand éprouva avec la tuberculine 19 vaches superbes d'une laiterie de Carlsruhe achalandée par les malades et les enfants de la ville. Or, 12 vaches sur 19 étaient manifestement tuberculeuses ! 11 serait donc moins dangereux de boire un lait tuberculeux dilué avec un lait non tuberculeux, car Gerliardt, en 1889, a démontré que du lait virulent, dilué avec 40 à 100 fois son volume de lait non virulent, devient inolï'ensif.

Nocard, après Guttmann, Bang, Rœkl et Schutz, Johne et Sicdamgrotzki, Lydlin, a démontré que toutes les vaches tuberculeuses, même celles qui sont atteintes de tuberculose inappréciable, ont la fièvre à la suile d'une injection de O^^^jSO de tuberculine, et cette injection n'altère en aucune façon le lait

DE LA PHTISIE PULMONAIRK o7

(les vaches saines. Aussi, proposc-t-il qu'on fasse à toutes les vaches laitières l'épreuve de la tuhcrculine de Koch.

Pour se mettre à l'ahri des crachats humides et de la poussière des crachats desséchés, on devra interdire aux phtisiques de cracher par terre, dehors ou dans les heux fermés.' Chez eux, ils devront recevoir leur expectoration dans un vase contenant de l'eau, et couvert, afin que les mouches ne puissent pas s'y introduire ; dehors ils cracheront dans une houteille à large goulot, munie d'une fermeture métallique, comme l'a proposé Dettweiler. Le malade ne doit pas cracher dans un mouchoir qui se desséchera et souillera tous les objets avec lesquels il sera en contact, jusqu'au moment où il sera envoyé à la lessive. Cette dernière recommandation est rarement observée; et Picot raconta en 1884, qu'à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, le crachoir était un simple linge

plié en deux.

Les crachoirs devront être vidés dans les cabinets d'aisances où les microbes saprogènes détruisent les bacilles tuberculeux, puis ensuite portés à l'ébullition dans un récipient exclusivement réservé à cet usage.

Grancher a démontré que la température

de 90", maintenue pendant 10 minutes, détruit infailliblement la virulence des crachats humides.

[1 importe de ne jamais se servir des mêmes , verres, tasses, couverts, biberons, des mêmes objets de toilette de la bouche qu'un tuberculeux, à moins qu'ils n'aient été portés à la température de l'ébullition.

Les phtisiques devront se laver la bouche, les lèvres, sans oublier les commissures labiales, et la barbe avoisinant la bouche, plusieurs fois par jour, avec de l'eau boriquéo saturée, ou une solution dans laquelle entreront quelques gou ttes d'un élixir phéniqué. Ces soins de la bouche sont très importants, car cet orifice est toujours souillé par des débris de crachats, et Musgrave-Clay rapporte qu'une sage-femme phtisique insuffla S enfants qui moururent tous de méningite tuberculeuse.

On devra largement aérer et ensoleiller les chambres des phtisiques ; l'air et la lumière sont les grands destructeurs de microbes. On devra balayer ces chambres méthodiquement. En effet les microbes augmentent beaucoup dans l'air d'une chambre quand on s'agite dans cette chambre, et qu'on soulève la poussière fixée sur les parquets ou sur les meubles. Ainsi Kiener et Aldibert ont trouvé dans une caserne, pendant la nuit, 14 mi-

crobes par litre d'air, et 220 quand, le matin, les poussières sont soulevées par les homnies qui s'habillent et font le nettoyage de la salle. Stern, de Berlin, a vu que les germes microbiens, répandus dans l'air d'une chambre, ne diminuent pas, quand on renouvelle 1 atmosphère de la chambre seulement 2 ou 3 fois par heure, mais qu'ils tombent de 620 à 2 par litre en deux minutes si on produit un courant d'air général. Aussi faut-il, quand on balaye, effectuer des chasses d'air, comme on effectue des chasses d'eau dans les tuyaux d'égouts. Dans les dortoirs, il faut laisser les fenêtres ouvertes pendant le jour; dans les ateliers et les bureaux, il faut 'les laisser ouvertes pendant la nuit, et balayer le soir après le départ des ouvriers ou des employés. On se gardera bien de mouiller les tapis avant de balayer ; par le mouillage, les bacilles tuberculeux sont fixés avec l'eau et la poussière au tissu du tapis, et le balai ne les détache pas; puis quand le tapis est sec, les poussières se dispersent dans l'air ; on a donc fait un travail inutile. Bard, do Lyon, a installe dans son service de l'hôpital Saint-Pothin, un parquet rendu imperméable par une apphcation de paraffine étendue à chaud avec des fers, ou à froid après dissolution dans le pétrole. Ce parquet n'est jamais

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balayé, il csl lave tous les jours. Ce procédé ingénieux n'est malheureusement pas applicable aux chambres de la plupart des phtisiques, ordinairement recouvertes de tapis.

Si l'on prend toutes ces précautions, la cohabitation avec les tuberculeux sera sans danger et on pourra leur prodiguer les soins les plus intimes sans aucune crainte.

Il importera aussi de ne pas chauffer les chambres des phtisiques avec des poêles en fonte ou des calorifères à air chaud qui dessèchent l'air, parce que l'air sec contient plus do bactéries que l'air légèrement humide, comme l'a démontré Miquel en 1880.

11 faudra se méfier des wagons de luxe qui transportent les tuberculeux l'hiver aux stations du Midi et l'été aux Eaux minérales, car on n'y pratique aucune désinfection. Dans les diverses stations hivernales ou estivales, il faudrait pouvoir réglementer la désinfection des chambres occupées par des phtisiques. A Cannes, quelques maîtres d'hôtel montrent une grande bonne volonté, ils envoient les tapis, les rideaux, la literie et le linge de toilette à l'étuve de désinfection. Je leur recommande, après le départ ou la mort d'un phtisique, de nettoyer l'étoffe des meubles avec la mie de pain, puis de laver le plancher, la cheminée, la table de nuit, la

toilette, les murs et le bois des meubles, d'abord avec de Feau de savon, puis avec la solution suivante :

Sublimé corrosif 30 grammes.

Acide tartriquo

Eau 10 liti-es.

et de laisser sécher au soleil et à l'air. Je suis heureux de dire que, jusqu'ici, aucun maître d'hôtel ne m'a refusé cette désinfection complète. Je dois avouer que je n'ai pas été aussi heureux avec les propriétaires de villas et d'appartements.

Il est bien évident que l'on pourrait remplacer le sublimé en solution acide par un des nombreux désinfectants si bien étudiés récemment par Hammer : l'aseptol ou acide ortho-phényl-sulfuré ; le sozoïdol ou acide biiodoparaphénylsulfoné; l'aristol ou biiodothymol; la créohne et le lysol, émulsions dans un savon de résine de crésol, de crésylol et de bases pyridiques. Ces deux dernières substances sont employées en solutions à 1 0/0 pour les mains, à 3 0/0 pour les murs, à 5 0/0 pour les objets souillés. Hammer recommande encore un mélange de :

Criisol

Salyciiale de soude.

Eau

5 grammes.

Tli ATTEMENT

Ce liquide limpide peut s'étendre d'eau. Ce chimiste a préconisé tout récemment une solution d'ortiio, de para et de métacrésol dans le sel do soude dos trois acides crésotiniques; c'est un liquide sirupeux, neuiro, Jort peu caustique, pou coûteux et dont la solution à 5 pour 1000 constitue un bon désinfectant.

Il faut savoir que le blanchiment des murs à la chaux est absolument insuffisant pour détruire les germes tuberculeux. En 4889, de Giaxa l'a démontré par des expériences très concluantes. Il étala des crachais sur un mur, les y laissa se dessécher, lava ce mur, injecta cette eau de lavage à 3 cobayes qui moururent tuberculeux. Il répéta la même expérience en opérant un badigeonnage, puis deux badigeonnages à la chaux avant de laver le mur, et chaque fois l'eau de lavage fit mourir les cobayes de tuberculose.

Il importe de désinfecter très soigneusement les pinceaux et laryngoscopes employés pour examiner ou toucher la gorge des tuberculeux; en effet, Cornet a vu que l'eau avec laquelle on les a lavés donne la tuberculose lorsqu'on l'injecte à des cobayes.

Nous conseillons aussi de ne pas lire les livres des cabinets de lecture, dans les stations fréquentées par les phtisiques. Ces ma-

lades ont les doig ts souillés de crachats quand ils reçoivent leurs expectorations dans un mouchoir.

Il est hien évident que toutes les mesures d'hygiène puhliquc et privée qui comhattront l'encomhrement, le méphitisme de l'air et la malpropreté, contrihueront à détruire les causes permanentes de contagion, et diminueront les prédispositions à l'infection, c'està-dire la misère physiologi(iue, d'oii qu'elle vienne. Ces mesures hygiéniques armeront les hommes pour la résistance à l'invasion bacillaire. Il sera surtout utile de combattre les habitudes de sédentarité des ouvriers, qui passent leurs récréations au cabaret, oij ils respirent un air empesté. Ransome a montré au récent Congrès d'hygiène de Londres qu'en Angleterre, la proportion générale de la phtisie était tombée de 2,5 à 1,5 pour 1,000, depuis l'adoption des règlements sur la santé publique.

En France, la moyenne annuelle des décès par tuberculose pour 1,000 habitants, est de 5,32 à Paris; de 3,70 dans les villes de plus de 100,000 habitants: et de 3 dans les villes de plus de 10,000 habitants. Si les médecins voulaient porter l'attention des pouvoirs publics, des chefs d'industrie, de grandes administrations, d'ateliers, sur les

dangers de la contagion de la phtisie pulmonaire, et sur les moyens relativennent faciles de les atténuer, et môme de les supprimer, je suis persuadé que nous obtiendrions de bien plus beaux résultats qu'en Angleterre. Il est inutile d'isoler les phtisiques, comme le demandent encore quelques médecins italiens. Il importo seulement de séparer les enfants de leurs parents, nourrices, bonnes ou institutrices tuberculeuses; un enfant ne doit Jamais vivre avec un phtisique, parce qu'il est impossible de le surveiller assez scrupuleusement pour qu'on soit toujours certain ([u'il échappera à toutes les occasions de contagion. Les instituteurs, les maîtres d'études, les professeurs phtisiques devraient être mis à la retraite dès le début de leur maladie. Si l'on prend toutes ces précautions, l'enfant né de parents sains ne deviendra pas tuberculeux ; l'enfant né de parents phtisiques et élevé loin d'eux et à la campagne, n'héritera pas de la maladie de ses ascendants. J'ai constaté ce fait plusieurs fois depuis quinze ans, et Cornet confirme cette constatation en disant que les enfants nés depar'ents tuberculeux et élevés dans les orphelinats de Nuremberg et de Munich deviennent si peu phtisiques qu'il en meure à peine un en 1-0 ans dans chacun de ces asiles.

Il sera très prudent de conlinuer à ne pas recruter les conscrits suspects et à renvoyer de l'armée les tuberculeux avant môme qu'ils commencent à cracher : on évitera ainsi les plus grands dangers de la contagion dans les casernes. Schneider a montré que, depuis l'application du nouveau règlement, la mortalité tuberculeuse, qui était, dans l'armée française, de 2,23 0/0 en 1867, est tombée à 1,45 en 1877 et à 0,99 en 1887.

Si toutes ces prescriptions étaient rigoureusement suivies, nous pourrions terminer ici ce livre, car il n'y aurait plus de phtisiques. Mais hélas ! il nous faudra encore pendant longtemps étudier, expérimenter et perfectionner le traitement de la phtisie pulmonaire.

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