‹ Traitement de la syphilisChapitre 12 sur 92 · Livre du chevalier Ulrich de Hullen. Trad. par A. PottOn · texte numérisé non relu

Livre du chevalier Ulrich de Hullen. Trad. par A. PottOn

2. 'Fracastor, [.a Syphilis (i53o). — Trad. et comment, par A. Fournier. Liv. III.

TItAITEMKNT DR LA SYPHILIS.

lisation, qui, un moment, sLupcfia le monde savant, etc., etc.

Enfin, j'aurais à vous montrer le rôle de l'époque contemporaine, profitant autant des erreurs que des conquêtes des siècles passés pour organiser d'une

façon scientifique le traitement de la syphilis;

étudiant le traitement propre de chaque étape et de chaque manifestation morbide ; — mais se préoccupant plus encore d'atlaquer la maladie d'ensemble, et visant à réaliser, par un traitement méthodique et de longue haleine, la curation vraie de la maladie, la sauvegarde du présent et de l'avenir, la préservation de l'individu et de sa descendance, etc. ; — puis enfin, à un tout autre point de vue, s'efibrçant d'atteuidre le fléau dans ses origines par des mesures de prophylaxie publique.

Ce coup d'œil sur le passé nous offrirait certes un curieux défilé de doctrines médicales et de personnalités médicales qui ont joué un grand rôle dans la science. Il tentera certes un jour ou l'autre la plume de quelque érudit. Mais cette tache ne saurait être la mienne pour l'instant. Je n'ai pas à oublier, je n'oublierai pas que nous sommes ici à l'hôpital, pour parler exclusivement de choses d'hôpital. Je renonce donc, non sans regret, à ce laideur historique et, sans plus insister, j'aborde tout aussitôt la partie exchisivcment pratique de mon sujet.

IM ÉDIC ATION S AU XILI A I 11 KS .

Le traitement de la syphilis ne consiste pas seulement dans l'administration des remèdes que l'expérienee a consacrés comme les plus propices à la guérison des symptômes ou des lésions spécifiques. Il comprend et embrasse toutes les indications auxquelles il convient de satisfaire pour soulager et guérir un malade alfecté de syphilis.

Or, s'il n'est pas impossible qu'on rencontre un malade exclusivement affecté de syphiHs et ne présentant rien autre que des symptômes directement issus de la syphilis, cela n'est pas, tant s'en faut, le fait commun, habituel.

Presque toujours les sujets que nous avons à traiter de la syphilis nous offrent, indépendamment et en surplus de leur syphilis, une certaine individualité patliologique, d'ailleurs éminemment varial)le : tel, par exemple, sera un anémique ; tel autre un lymphatique, peut-être même un scrofuleux; celuici sera un nerveux; celui-là un arthritique, un herpétique, ou bien un paludique, etc., etc. Et de même au point de vue des habitudes, du régime, de l'hygiène, etc. : tel sera un alcoolique ; tel autre un surmené du plaisir ou du travail. Et ainsi de suite. En sorte que la plupart des malades, pour une raison ou pour une autre, apportent à la syphilis un contingent morbide qui leur est propre. Or, ce contingent individuel est de nature, en beaucoup de cas.

TIIAITEMBNT DU LA SYI»HILIS.

à imprimer à la diatlièsc telle ou telle modalité spéciale, à diriger ses décharges en un sens ou un autre, à lui créer des opportunités morbides, des a facteurs de gravité », comme on dit actuellement, en un mot à la rendre autre qu'elle ne serait de par elle seule, à la compliquer, à la faire plus intense et plus nocive.

Donc, exception réservée pour le malade idéal qui, ayant la syphilis, n'a que la syphilis, le traitement applicable à la presque universalité des sujets syphilitiques ne saurait consister uniquement dans l'administration des remèdes purement et exclusivement spécifiques. Ce traitement comporte en outre, de toute nécessité, toute une autre série d'indications à remplir, en raison des particularités nidividuellesqui peuvent réagir sur la maladie principale.

Cela est tellement médical, si pratiquement vrai, que je me bornerai à énoncer ce point, sans m'attarder à le légitimer par des faits cliniques.

De là suit que le traitement de la svphilis, tel qu il doit être médicalement conçu, se compose de trois éléments que voici :

1° Des agents spécifiques^ s'adressant à l'essence même de la maladie, combattant directement la syphilis, constituant (passez-moi l'expression à laquelle je n'attache qu'un sens figuré) de véritables contrepoisons du poison syphilitique;

2° Des médications auxiliaires (je ne dis pas accessoires), ayant pour visée de modifier, de ré-

M lîDICATrOAS A UXILl A 1 IlES .

primer les dispositions pathologiques diverses qui peuvent coexister avec la syphilis et réagir sur elle de façon à la rendre plus grave ;

3° Une hygiène appropriée aux conditions individuelles du malade.

De ces trois éléments thérapeutiques, le plus important et de beaucoup, c'est le premier, en toute évidence. Pour combattre la syphilis, il faut avant tout des agents antisyphilitiques. Cela va de soi.

Et cependant, Messieurs, n'allez pas prendre le change sur le rôle des deux autres éléments précités. Ce rôle, en de certaines conditions, peut devenir majeur, prépondérant, principal; et cela, parce qu'il est de l'essence des médications auxiliaires et de l'hygiène de guérir ou de prévenir certaines manifestations devant lesquelles les remèdes purement spécifiques resteraient insuffisants.

C'est là un point sur lequel j'aurai maintes fois à revenir au cours de l'exposé qui va suivre, mais que dès à présent je tiens à bien mettre en vedette et à énoncer formellement. Non, tout le traitement de la syphilis n'est pas contenu, ainsi qu'on se le figure trop souvent, dans la seule" administration des agents spécifiques. Non, il ne consiste pas seulement en un certain nombre de boites de pilules mercurielles ou de flacons d'ipdure. Il est plus compréhensif, plus complexe , plus médical que cela. J'ai à cœur de vous convaincre de cette impor-

thaitemknt du l\ syphilis.

laiiLe vérilé, el, dans ce l)ul, je cilerai quelques preuves de nature à fixer vos convictions.

Voyez d'aliord X astJièiiie secondaire, ce curieux état d'alanguisscment, de dépression, de déhilitation générale, qui s'observe parfois dans les premières étapes de la syphilis, chez les jeunes femmes spécialement, en se traduisant par une asthénie vérita])le de tous les systèmes organiques, à savoir : asthénie digestive (inappétence, difficultés de digestion, intolérance gastrique, inertie intestinale); asthénie circulatoire (mollesse et faiblesse du pouls); asthénie nerveuse (lassitude, courbature, inertie, torpeur, adynamie); asthénie nutritive, etc., etc.; d'où l'aspect si étrange des malades affectées de la sorte, qu'on jugerait pfioins, d'après leur physionomie, en état de syphilis secondaire que d'anémie [)ernicieuse ou de tuljerculose imminente.

Eh bien, quel «st, vis-à-vis d'un état général de ce genre, ressortissant à la syphilis comme origine, notre meilleur recours thérapeutique? Le traitement spécifique, le mercure? Non. Sans doute, le mercure peut être utile en l'espèce pour combattre le principe spécifique de tels symptômes. Mais nous avons mieux que lui ; c'est l'association au mercure des médications auxiliaires et de l'hygiène, à savoir : tout l'arsenal des toniques, les excitants naturels de l'appétit et des forces vitales, le grand air des campagnes, de la mer ou des plateaux élevés, les stimulants (tels que le café à petites doses), le changement d'habitudes et de vie, l'exercice, dès qu'il est

i\^îDICATIO^'S AUXILIAinES.

possible, le massage, les bains sulfureux, et surtout, par-dessus tout, les douches froides, prudemment et progressivement administrées, etc. — C'est l'ensemble de ces moyens auxiliaires qui, dans les cas de cet ordre, contribue le plus activement à relever les forces, à rendre un certain ressort aux . fonctions déprimées et, somme toute, à produire ce que le mercure seul serait insuffisant à réaliser.

Autre exemple. L'un des plus graves accidents qui puissent dériver delà ?,j\A\\\'v?>^\ephagédéiiisme, se montre parfois réfractaire à l'action des antisyphilitiques. Nombreux sont les cas où l'on a vu le phagédénisme tertiaire résister opiniàtrément aux médications spécifiques les mieux entendues et le plus éuergiquement dirigées. Or, que faire en pareille et si désolante situation? Ricord , avec son tact de grand clinicien, l'a nettement précisé.

(( Alors, a-t-il dit, qu'on a tout fait et en vain contre un phagédénisme, le mieux est d'essayer de ne plus rien faire. » De ne plus rien faire, c'est-àdire de renoncer aux spécifiques et d'en appeler aux modificateurs généraux, aux médications indirectes, en vue de corriger la constitution, la disposition organique, le vice latent de l'organisme c[ui entretient et perpétue le processus phagédénic[ue. Ici donc, comme dans l'exemple précédent, les médications auxiliaires et l'hygiène reprennent le pas sur le traitement spécifique, et c'est d'elles c|ue dépend la guérison, guérison que maintes fois elles ont

TnUTHMIÎNT DR LA SYPHIMS.

OU préparée ou accomplie en modifiant un terrain mauvais, devenu réfractaire à l'action spécifique. C'est de la sorte qu'on a vu plusieurs fois des phagédénismes re])elles au mercure et. à l'iodure se réparer et guérir après un « stage modificateur » à la campagne, au sein des forêts, sur une montagne, à la suite d'un changement de milieu, d'habitudes, de vie, après une cure hydrolhérapique, etc. De cela il faut que je vous cite un exemple, et cet exemple sera un cas des plus graves, que j'ai observé avec Ricord en i856, que j'ai suivi dans toutes ses péripéties (puisque c'était moi qui étais chargé des pansements du malade) et qui a commencé mon éducation sur le point spécial qui nous occupe en ce moment.

Un jeune étudiant en médecine était affecté (sans parler d'autres accidents) d'une horrible syphilide serpigineuse qui, depuis trois ans, avait labouré tout le cou, le crâne, la face, et qui, à l'époque où je vis le malade pour la première fois, s'étalait exactement sur toute une moitié de la tête, si ce n'est plus. Tous les traitements imaginables, cela va sans dire, avaient été mis en usage, mais en pure perte. Le phagédénisme persistait, et même, de temps à autre, il procédait par poussées à des envahissements nouveaux. A bout de ressources, mais non désespéré, Ricord en vint un jour (à mon grand étonnement, je m'en souviens encore et m'en souviendrai toujours) à suspendre tout traitement interne et externe, et congédia le malade, en lui

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