‹ Traitement de la syphilisChapitre 2 sur 92 · EXPOSÉ DU SUJET · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DU SUJET

Cela, je le répèle, nous ne le faisons pas à l'hôpital quant à présent — quant à présent, car bientôt, j'en ai l'espoir, une réforme qui s'impose et se prépare nous permettra de le faire. — Mais, en ville, c'est autre chose. En ville, les clients qui viennent se confier à nous ne réclament pas seulement nos soins pour les accidents d'un jour; ils veulent que (( nous les traitions », ils nous demandent de (( les guérir ». Or, c'est à nous de leur faire comprendre ce qu'est la syphilis et quel doit être le traitement qui pourra les en guérir; c'est à nous, parnos conseils, par notre autorité, de leur imposer le traitement et tout le traitement que nous jugeons nécessaire en l'espèce. Pour n'y pas réussir toujours, ni même le plus souvent, il n'est pas moins vrai que nos efforts en ce sens sont assez fréquemment couronnés de succès.

Aussi bien, est-ce en ville seulement, qu'on a la possibilité matérielle de traiter la syphilis comme il convient, et cela parce qu'en ville on a affaire, non pas à des malades de passage comme à l'hôpital, mais à des clients permanents, à des clients qu'on peut suivre, dont on peut enregistrer l'histoire quant aux symptômes morbides et quant à la série des traitements prescrits, par conséquent sur lesquels on peut juger à longue échéance de l'effet heureux ou insuffisant de telles ou telles médications. C'est en ville seulement que, pour ma part, j'ai fait l'apprentissage de ce qu'on peut appeler un traitement de la syphilis; c'est là seulement que j'ai

appris ce que j'en sais aujourd'hui. Elibien, ce que j'en sais, le peu que j'en sais encore (car le sujet est énorme, et je suis loin d'être fixé sur tous les points qu'il embrasse), je vais essayer de vous le transmettre.

Yous l'avez compris à l'avance, tout autre chose est de traiter un accident de la syphilis ou de traiter la syphilis.

Pour traiter un accident de la syphilis, il suffit d'en établir le diagnostic et de lui appliquer le remède que l'expérience a démontré le meilleur en l'espèce. Tandis que le traitement de la syphilis, celui qui vise non pas un accident, mais toute une maladie, est bien autrement ample et complexe. Celui-ci comporte nombre de questions diverses, difficiles, controversables et controversées. Il comporte des questions majeures, générales, d'où peut dépendre le succès ou l'insuccès de la médication. Laissez-moi, pour vous convaincre, vous en citer quelques-unes à titre de spécimens :

Existe-t-il ou non un traitement abortif de la syphilis? — Quand faut-il commencer le traitement de la syphilis? — Convient-il de traiter seulement la syphilis au cours de ses périodes d'activité morbide, ou bien faut-il, en plus, la traiter dans ses phases d'accalmie? — Comment diriger le traitement, d'une façon continue ou par cures intermittentes?— Quand y a-t-il indication à prescrire le mercure? — Quand y a-t-il indication à prescrire

FAUT-IL TRAITEU LA SYPHILIS

l'iodure? — A quelle époque faire intervenir le traitement mixte? — Quel est, des divers modes d'administration du mercure, le mode préférable en tant que méthode usuelle, courante, de traitement? — A quel terme et sur quelles indications convient-il de cesser le traitement? Etc., etc.

Eh bien, toutes ces questions relatives au traitement de la syphiUs considérée d'ensemble, considérée en tant que maladie, sont précisément celles que je me propose d'envisager devant vous en détail, dans les conférences qui vont suivre.

Ces questions, je n'ai certes pas la prétention de les juger toutes et de vous donner, à propos de chacune d'elles, une solution définitive. Mais j'ai la volonté et l'ambition de les poser toutes, de les discuter toutes, et de vous dire quel est à leur sujet l'état de la science actuelle, comme aussi ce que m'en a appris personnellement une expérience déjà longue.

FAUT-IL TRAITER LA SYPHILIS

Au seuil même de cet exposé se présente et s'impose une question préalable, qui, si elle était résolue en un certain sens, me libérerait par avance du labeur que j'entreprends, et cela en rendant inutile tout ce qui va suivre.

Cette question n'est autre que la suivAUte : Fcmt-il traiter la syphilis? Y a-t-il avantagea traiter la syphilis?

Et, en effet, pour quelques médecins (bien peu nombreux, à la vérité) la syphilis guérirait d'elle seule, spontanément, cà l'instar d'autres affections qui, abandonnées à leur évolution propre, s'épuisent et guérissent sans qu'on y fasse rien. Elle guérirait seule, nous dit-on, sous la seule influence du temps et du traitement, par le fait d'une « dépuration spontanée ».

Ce serait donc en pure perte, d'après cette doctrine, que l'on s'évertue à combattre la syphilis par telles ou telles influences thérapeutiques.^

Bien plus, pour les mêmes auteurs, traiter la syphihs constituerait une pratique dangereuse. Car la traiter, assurent-ils, c'est (( s'exposer à nuire aux malades », c'est « risquer de troubler le cours naturel de la maladie, d'en contrarier les tendances spontanées par des perturbations artificielles; et, au total, c'est l'empêcher de guérir ».

Messieurs, si de telles doctrines, si de tels paradoxes n'avaient été déjà cent fois combattus comme constituant une double offense au sens commun et a l'observation clinique, j'aurais le devoir d'en instituer ici un examen approfondi et une réfutation en règle; car il en découle, comme bien vous pensez, des conséquences pratiques d'une gravité considérable. Mais, véritablement, la cause est entendue, le procès est jugé. Je me bornerai donc,

FAUT-IL TRAITER LA SYPHILIS

sans entrer dans les détails, à vous exposer d'une façon très rapide les considérants majeurs qui ont exclu, banni de la science de semblables hérésies.

Quels arguments lesdites doctrines invoquentelles en leur faveur? Elles parlent vaguement, sans énoncer de faits précis, de syphihs restées (c inoffensives », s'étant réduites sponte sud, soit à quelques accidents secondaires sans importance, soit même au chancre, au chancre seul, sans accidents consécutifs?

Mais, dans les cas en question, la syphilis, d abord, a-t-elle été péremptoirement démontrée? -- Puis, combien de temps, sur ces malades, est-elle restée inoffensive? — A-t-on observé, suivi ces malades tout le temps qui eût été rigoureusement nécessaire à démontrer leur immunité, c'est-à-dire pendant lo, i5, 20, 3o ans et plus (puisque la nocivité possible de la syphilis n'est pas inférieure à ces longues échéances chronologiques)? — Non! Aucune de ces garanties essentielles ne se trouve dans les faits qu'on a produits.

Ces faits d'ailleurs seraient-ils authentiques qu'ils n'en resteraient pas moins, au nom de l'observation générale, absolument exceptionnels. Combien pourrait-on en citer? Ce ne serait pas moi, en tout cas, qui aurais l'heur d'en produire un seul.

Certes, je ne voudrais pas nier la possibihté de ces syphilis dites abortives, parce qu'on n'a pas le droit de nier un fait pour la raison qu'on ne l'a

TltAITEMKlST ])], j,a SYPHILIS.

jamais vu se produire. Mais, si ee fait, sans être commun, n'était que rare, franchement j'aurais eu J3ien mauvaise chance de n'en pas renconti^er un seul exemple depuis trente-deux ans.

Ce que j'ai vu, au contraire, comme tout le monde, ce que je vois chaque jour est ceci, à savoir : les syphilis abandonnées à leur évolution propre aboutir tout d'abord à une pléiade d'accidents qui, pour n'avoir rien de grave, n'en sont pas moins fort importuns, et, plus tard, à des accidents plus sérieux, souvent graves, parfois mortels, composant ce qu'on appelle le tertiarisme.

Toute syphilis livrée à son évolution propre court-elle donc fatalement au tertiarisme? Ici encore je me garderai de toute affirmation absolue. Mais ce que j'ai le droit et le devoir de déclarer est

ceci

D'une part, que je ne connais guère d'exemples de sujets syphilitiques qui, ayant abandonné leur maladie à son évolution spontanée, n'aient pas tôt ou tard soldé leur imprudence par quelque accident tertiaire, plus ou moins sérieux;

Et, d'autre part, que je n'ai pas rencontré dans ma pratique de ville (je ne parle que de eelle-Là) moins de 221 sujets qui, n'ayant absolument subi aucun traitement pour leur syphilis, n'ayant jamais absorbé un atome de mercure ou d'iodure, ont été affectés de manifestations tertiaires de divers ordres, je pourrais dire de tout ordre. En serait-il ainsi, un seul praticien aurait-il pu rencontrer dans

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