FAUT-IL THAITER LA
SYPHILIS r
sa seule clientèle 221 cas de ce genre, si le propre de la syphilis était, comme on a osé le dire, de guérir sponte suâ^ de « s'épurer naturellement par les seules forces de la nature )> ?
Puis, que de lamentables exemples ne pourrais-je emprunter à la statistic|ue en question ! Laissez-moi vous en citer au moins quelques-uns, car j'ai à cœur de vous montrer quelle responsabilité encourent les médecins qui, de parti pris, confient le salut de leurs malades au bon vouloir de la maladie.
Un jeune étudiant en droit, de bonne constitution et d'excellente santé, contracte, en i865, un chancre induré, bientôt suivi de quelcpies accidents secondaires légers. Par indiflerence, il ne se traite pas. — Sept ans plus tard, il est pris d'accidents cérébraux, que l'on attriljuc à de t( l'anémie cérébrale )), et auxquels on n'oppose que l'hydrothérapie. Les symptômes s'aggravent, et force est J)ien de reconnaître finalement une syphilis cérébrale, qui alioutit à la démence et à la mort.
Un de nos confrères prend la syphilis. Imbu de la fantaisiste doctrine d'après laquelle la maladie est vouée de nature à une dépuration spontanée, il ne se traite pas. Tout d'abord, il en est c|uitte pour quelques accidents légers. — Quatre ans après, il est affecté d'une choroïdite, qu'il s'obstine à considérer comme de nature « rhumatismale )). Il perd a peu près la vue. — Puis entrent en scène des accidents extrêmement graves de syphilis cérébrale.
lesquels aboutissenL en quelques mois à un dénouemeiil mortel.
Une jeune mariée reçoit la syphilis de son mari, qui, « pour ne pas él^ruiter les choses », commet l'indignité d'écarter toute consultation médicale et, somme toute, livre sa femme aux dangers de l'expeclation absolue. Tout se passe bien, d'aljord; rien autre que quelques accidents légers qui s'évanouissent, en effet, sponte sud et sans dommage. Mais, dix ans plus tard, sut'gissent des lésions gommeuses qui, non traitées encore, détruisent intégralement tout le voile palatin , les piliers , une partie du palais osseux ét du pharynx.
Même histoire, mais plus navrante encore. Une jeune femme reçoit la syphilis de son mari, n'est pas traitée (toujours pour la même raison), et aboutit, quelques années plus tard, aux accidents que. voici : destruction gommeuse du voile palatin ; — nécrose du frontal; — lésions du squelette nasal, avec nécroses multiples, jetage, ozène, etc.; — puis, horrible syphilide phagédénique qui laboure une partie du visage, dévore une moitié de la lèvre supérieure, et détruit absolument le nez.
Dernier exemple, car je n'en finirais pas si j'avais à énumérer tous les cas de cet ordre qu'il m'a été donné d'observer, et cela rien que dans la clientèle de ville. — Un jeune homme de 21 ans, fort, bien portant, contracte la syphilis et ne s'en traite pas. Onze mois après, il est affecté d'une paraplégie qui, minutieusement étudiée par plusieurs de mes col-
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lègues et par moi, est rapportée d'un aecord unanime à la syphilis. Très rapidement, trois eschares gigantesques se produisent, et cela presque d'un jour à l'autre, sur le sacrum et les deux trochanters. Mort en l'espace de quelques semaines.
Et voilà, messieurs, comment la syphilis « s'épure naturellement )), suivant le dire de quelques-uns de nos confrères ; voilà de quelle façon elle se termine t( sous le seul effort de la nature médicatrice » !
Voulez-vous encore un complément à la démonstration que je poursuis? Je l'emprunterai à Vùifluence héréditaire de la syphilis.
Chacun sait comment cette influence se traduit sur les descendants des sujets syphilitiques qui ne se sont pas traités ou qui ne se sont qu'insuffisamment traités. Cette influence est invariablement néfaste au cours des premières années de l'infection et peut même se prolonger sous une forme sévère jusqu'à des étapes avancées de la diathèse. Ce qu'elle produit alors est ceci : soit l'avortement, soit l'accouchement avant terme d'enf^nits morts ou moribonds, soit la naissance à terme d'enfants syphilitiques, le plus habituellement destinés à une mort rapide.
Très souvent même cette influence se continue, s'étend sur toute une série de grossesses. C'est ainsi qu'on a vu — et ce fait est d'observation courante, presque journalière — des femmes syphilitiques ou même des femmes saines conjointes à
TltAITEMENT ])E LA SYPHILIS.
des maris syphilitiques aboutir deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, six fois, sept fpis de suite, voire davantage encore, soit à l'avortement, soit à l'expulsion avant terme d'enfants morts ou voués à une mort prochaine.
Eh bien, est-ce que pareilles choses s'observent chez les malades qui se sont traités, j'entends chez les malades qui se sont bien et longuement traités? Non, mille fois non!
S'il est un fait actuellement démontré et véritablement irrécusable, c'est que le traitement antisyphilitique constitue par excellence un correctif, un neutralisant de l'influence héréditaire de la syphilis.
Pour ma seule part, je pourrais citer plusieurs centaines d'observations relatives à des sujets syphilitiques qui, après s'être soumis à un traitement sérieux, se sont mariés et sont devenus pères d'enfonts vivants, sains, bien portants.
Et tout le monde a vu de ces faits-Là. Et tout le monde est d'accord aujourd'hui pour reconnaître que ces calamités navrantes de fausses couches multiples, de morts multiples d'enfants nouveau-nés, ne s'observent jamais que comme résultats de syphilis négligées, abandonnées à leur évolution propre, au total non traitées.
Que si le moindre doute pouvait subsister sur ce point en vos esprits, il serait dissipé par cette autre donnée de l'observation clinique, celle-ci vraiment
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faite comme à dessein pom^ la démonstration que je poursuis.
Il est des cas où l'on a pu comparer, dans des ménages syphilitiques, les résultats d'une série de grossesses, les unes antérieures et les autres postérieures à l'intervention du traitement. Or, qu'a-t-on vu dans les cas de cet ordre? Ceci: les grossesses antérieures au traitement se terminant d'une façon néfaste, à savoir par des avortements, des naissances d'enfants morts ou ne venant au monde que pour mourir, etc.; — et les grossesses postérieures au traitement amenant des enfants à terme, bien vivants.
Quantité de cas de ce genre ont été publiés dans la science. Comme exemples, je vous citerai les deux suivants.
Un de nos confrères contracte la syphilis. Il se marie, n'ayant fait qu'un traitement très court ou, pour mieux dire, ne s' étant pas traité. Sa femme, restée saine, devient enceinte trois fois et avorte trois fois, sans aucune cause qui légitime ces accidents. Alors, il s'inquiète, il se rappelle son ancienne syphilis, bref il se traite, sérieusement et longtemps. Surviennent trois nouvelles grossesses, qui amènent des enfants vivants, sains, actuellement âgés de 6, 5 et 4 ans.
Autre fait de même ordre, dont je puis vous garantir l'authenticité absolue dans tous ses détails, car il est relatif à une famille amie, que je traite depuis bien longtemps et dont les moindres
TRAITRMRNT DK LA SYPHILIS.
iiicideiils morJ3ides sont venus à ma connais-
sance.
J'étais tout jeune docteur, lorsqu'un -jour je rencontre par hasard un ancien camarade de collège que j'avais perdu de vue depuis longtemps. Nous causons, et ledit camarade me conte ses chagrins: « Je suis désolé, me dit-il; ma femme vient de faire, ce matin même , une quatrième fausse couche, l\ quelques mois de grossesse; et, ce qu'il y a de pis, c'est que toutes ces fausses couches se sont produites sans la moindre cause qui les puisse expliquer, sans accident, sans chute, sans imprudence. Ce ne peut être ma faute, à moi; car tu vois si je suis solide et bâti pour avoir des héritiers. Cela ne peut dépendre évidemment que de ma femme; et, bien qu'elle soit grande, forte en apparence, bien constituée, je commence à croire, à mon grand chagrin, qu'elle ne me donnera jamais d'enfants. »
Un souvenir alors me traverse l'esprit, et je réplique : (( Mais, dis-moi, peut-être bien ta femme, que tu accuses, n'est-elle pas responsable, comme tu semblés le croire, de ces multiples fausses couches; peut-être bien serait-ce toi le vrai coupable. Car je t'ai connu, il y a quelques années, au quartier Latin, avec une belle vérole que tu ne me paraissais pas soigner d'une façon bien exemplaire. A ta place, je me traiterais, je reprendrais du mercure. »
Bien que donné pour ainsi dire à l'aventure, en pleine rue, le conseil fut suivi, et le traitement
FAUT-IL ïIîAITRU la SYPHILIS.''
spécifique repris avec intensité. Car, en me quittant, mon ami n'eut rien de plus pressé que de courir chez son ancien pharmacien, où il fit une formidable provision de pilules de Ricord dont il se gorgea pendant toute une année. Or, quinze mois plus tard, sa femme accouchait à terme d'un enfant vivant, lequel a aujourd'hui plus d'une vingtaine d'années. Et, depuis lors, elle a eu trois autres grossesses qui n'ont pas été moins heureuses.
Ainsi donc, quatre fausses couches avant l'intervention du traitement, et quatre grossesses heureuses après le traitement. Inutile de commenter un tel fait.
Mais il y a plus, et, avec le témoignage qu'il me reste encore àproduire, la démonstration va prendre une précision quasi-mathématique. Ecoutez bien ceci :
Une influence provisoire, même simplement provisoire, du traitement spécifique a pu quelquefois conjurer provisoirement les effets de l'hérédité syphilitique.
Ainsi, il peut suffire, pour qu'un enfant naisse • sain de parents syphilitiques, qu'«zi moment de la procréation les parents se trouvent soumis à l'influence du mercure.
Quelque singulier, quelque paradoxal, quelque inexplicable surtout que paraisse un tel fait au premier abord, il n'en est pas moins authentique. Il ressort en toute évidence d'un certain nombre
TnAITEMENT DR LA SYPHILIS.
d'olxservalions h\en étudiées et semblant irréprochables.
Tel est, par exemple, le cas suivant, qui a été relaté par Turhmann (de Schœnfeld) et qu'on peut qualifier en l'espèce d'observation modèle :
Une femme syphilitique commence par avoir sept grossesses, pendant lesquelles elle ne se traite pas. Sept fois elle accouche d'enfants syphilitiques qui ne tardent pas à mourir.
Devenue enceinte une huitième et une neuvième fois, elle se traite au cours de ces deux grossesses. Chaque fois elle accouche d'un enfant sain, bien portant.
Survient une dixième grossesse. Cette fois, cette femme, se considérant comme guérie, ne se traite pas. Elle, accouche d'un enfant syphilitique, qui meurt à six mois.
Finalement, une onzième grossesse, dans le cours de laquelle intervient le traitement, amène un enfant sain'.
Ce foit aurait été inventé de toutes pièces, imaginé théoriquement pour les besoins de la cause, qu'en vérité il ne saurait être plus démonstratif.
Enfin, interrogez la statistique et comparez les quotients de mortalité infantile par hérédité syphilitique dans le camp des sujets traités et dans le camp des sujets non traités.