MÉFAITS POSSIBLES DU MERCUHK
bilan des méfaits possibles du mercure? Ceci :
i" Des inconvénienLs, voire des dangers, résultant des exanthèmes mercuriels {hydrargi/rié). Je le confesse , les inconvénients , les dangers de cet ordre sont inévitables. Il n'est pas, il ne sera jamais en notre pouvoir de les conjurer, parce qu'ils consistent d'essence en des surprises issues d'idiosyncrasies inconnues, latentes, mystérieuses, dont la prescience nous échappe et nous échappera toujours. Mais ce ne sont là que des accidents exceptionnels, absolument exceptionnels, tout aussi rares, voire même plus rares (je parle approximativement) que les accidents mortels du chloroforme.
2° Des inconvénients (plutôt que des dangers) d'intolérance buccale et d'intolérance gastro-intestinale. — Mais ceux-ci, nous en sommes presque maîtres, et, pour l'énorme majorité des cas, il dépend de nous d'en préserver nos malades par le choix d'une méthode, d'un remède, de dosaees appropriés à la tolérance individuelle, et par une surveillance assidue des effets du traitement.
3° Des troubles de nutrition générale. — Mais ceux-ci, encore, nous saurons les écarter, les exclure, par une direction prudente de la médication, notamment par la méthode des traitements intermittents.
Telle est exactement la situation, et voilà tout le mal que nous avons à redouter du mercure. — Concluons maintenant.
Allons-nous raisonner comme certains de nos
confrères et dire avec eux : « Le mercure est un remède dangereux; donc il faut y renoncer et le ];)annir de la thérapeutique »? — Mais, à ce compte, il nous faudrait renoncer à la plupart de nos grands remèdes, car ces grands remèdes né sont actifs que parce qu'ils exercent sur l'économie une action puissante qui, conséquemment, peut être dangereuse si elle est mal dirigée. Il n'est pas que le mercure qui soit dangereux. Entre des mains inhabiles ou imprudentes, l'opium, le sulfate de quinine, l'arsenic, la belladone, la digitale, la cocaïne, etc., etc., sont susceptibles de bien autres dangers, de bien plus redoutables méfaits. Et même des agents inoffensifs n'aboutissent-ils pas à nuire quelquefois, alors qu'ils sont employés sans règles, sans direction, sans mesure?
Non, il ne faut pas proscrire le mercure sous le prétexte qu'il peut être dangereux. Soyons plus logiques que lesdits confrères et disons simplement ceci comme conclusion : Certes, le mercure a ses inconvénients, ses accidents, ses dangers. Mais il n'est dangereux qu'en raison même de l'action puissante qu'il exerce sur l'organisme. Eh bien, sachons profiter, bénéficier de cette action, en nous efforçant d'en écarter les effets nuisibles; car, vraiment, il serait insensé de renoncer à un remède utile, emniemment utile (comme nous allons l'établir dans un instant), pour cette raison qu'il possède une puissance dont on peut faire abus ou qui, mal dnngéè, serait susceptil)Ie de nuire.
LE MEUCUUE PEUt-IL ETRE UTILE?
Second point, contre-partie du précédent : Le mercure peut-il être utile? C'est-à-dire : Un malade affecté de syphilis a-t-il, oui ou non, à bénéficier du traitement par le mercure?
Les solutions les plus diverses, voire toutes les solutions imaginables ont été données à cette question .
Les uns se refusent absolument à accorder au mercure la moindre influence bienfaisante sur la syphilis, a Non seulement, disent-ils, il ne guérit pas la syphihs, mais il lui nuit, il l'aggrave )). Ce sont là les irréconciliables du mercure.
Les autres, à l'extrême opposé, n'ont pas assez d'éloges et de panégyriques enthousiastes pour le mercure. Ils en font le correctif, le contre-poison, l'ennemi-né de la vérole. A les en croire, tout ce qui est syphilitique devrait ipso facto guérir de par le mercure.
D'autres, plus sages et plus cliniciens, tout en croyant au mercure, n'ont en lui que la confiance qu'il convient d'accorder à un remède, à un agent modificateur quelconque, et, tout en applaudissant à ses succès, ne se dissimulent pas ses défaillances.
Inutile de dire de quelle importance est pour nous, praticiens, une question de cet ordre. Mon devoir est donc de l'envisager sous toutes, ses faces.
Or, pour êlre étudiée méUiodiquemont et dans toutes ses parties, cette question doit être divisée, scindée en deux autres questions, à savoir :
1° Le mercure a-t-il une influence curative sur les symptômes actuels d'une sypliilis?
2° A-t-il une influence d'ensemble et tVavenir sur la syphilis ?
Ou, plus simplement : j" Le mercure guérit-il les symptômes de la vérole; — 2" guérit-il la vérole?
L'examen de ces deux points va nous occuper actuellement.
Le mercure a-t-il une action curative sur les symptômes de la syphilis ?
J'aurai vraiment l'obligation d'être bref sur ce premier point, car la démonstration en a été foite si souvent qu'elle n'est plus à faire. D'ailleurs elle est patente et s'offre en permanence à tous les yeux. Entrez aujourd'hui dans un service quelconque de syphilitiques et voyez ce qui s'y passe. Vous y trouverez 20, 3o, 4o malades en voie de traitement pour des accidents spécifiques de tout ordre, syphilides cutanées ou muqueuses, iritis, périostites, exostoses, céphalée, névralgies, paralysies, lésions viscérales, hémiplégie, aphasie, etc., etc. Revenez dans quinze jours ou un mois revoir ces mêmes