I. V. Ulrich de Hutten, cdit. précitée, p. 3i
LES « GnANlîS RKiVIKDES » d'aUTREFOIS .
— Quelquefois, aussi, on espaçait de plusieurs jours les séances de frictions.
Quant à l'agent pharmaceutique servant à la friction, c'était un onguent mercuriel, mais non pas un onguent tel que ceux d'aujourd'hui simplement composés de mercure et d'un corps gras; c'était une de ces préparations ultra-complexes destinées à faire la joie et à enrichir la bourse des pharmaciens de l'époque ^ On aurait taxé d'imprudence et d'ignorance le médecin qui aurait eu l'audace de prescrire le mercure sans un cortège de nombreux correctifs. Dans cet esprit, on s'efforçait d'incorporer aux onguents mercuriels quantité de substances étranges, extraordinaires, destinées à amender « la malignité » du mercure, à tempérer ses qualités froides, chaudes, ou autres. On y ajoutait, par exemple, de la myrrhe, du mastic, de la résine, de la céruse, de l'alun, du corail, du bol d'Arménie, du minium, de la térébenthine, de l'huile de laurier ou de genévrier, du nard, de la graisse d'oie ou de canard, de la graisse d'ours, de lîlaireau ou d'homme., de la moelle de cerf ou de bouc, de l'euphorbe, du camphre, du castoréum, voire de l'huile de vers de terre pulvérisés, etc.
I. Le célèbre onguent de Vigo ne contenait pas moins de dix-neuf substances, toutes indispensables à l'action du remède, savoir : graisse de porc, buile de camomille, d'aneth, de mastic, de baies de laurier, styrax liquide, racine d'aunée et d'yèble,jonc odorant, stœchas, euphorbe, vin aromatisé, litharge d'or, olibau, mastic, térébenthine, mercure éleinl dans la salive, et cire blanche. (V.Jean de Vigo, traduit par A. Fournier, p. 61, j
Sans parler môme de certaines prescriptions burlesques, telles que celles où l'onguent devait être préparé avec du mercure « éteint dans de la salive d'homme » ou même « d'homme àjeun » , etc. , etc
Enfin, la friction faite, on recouvrait d'étoupes ou de laine les parties enduites d'onguent; on couchait le malade dans un lit bien chaud, et on le chargeait de lourdes couvertures, de façon à déterminer une forte transpiration, laquelle devait durer au moins deux heures.
Au cours de cette cure, le malade avait l'obligation de rester couché, dans la crainte qu'il ne prît un refroidissement s'il venait à se lever. Par tolérance, seulement, on lui permettait parfois de se lever quelques heures de temps à autre, en lui recommandant de bien se tenir devant son feu, lequel brûlait toujours.
Et cela durait ainsi de vingt à trente jours, quarante jours, quarante-cinq jours, quelquefois davantage.
Pendant tout ce temps, bien entendu, il était interdit au malade de changer de linge et de draps, (( afin que les linges salis rendissent à la peau ce qu'ils pouvaient lui emprunter de mercure et qu'il n'y eût rien de perdu »' . De là résultait qu'après
I « Le malade, pendant tout le temps de la salivation, ne doit pas changer d'habits, ni prendre de draps blancs... Il doit porter des bas de laine, pour ne point contracter de mauvaises odeurs, se tenir en robe de chambre, avoir grand soin de se couvrir la tête et le front, etc.... » (Boerhaave, Trailé des maladies vénériennes. Traduct. française, lySS.)