LE FLUX DE BOUCHE
mais à la condition expresse de « mettre un frein à lem's passions m.
Recommandation plus que superflue, sans doute. Car ils avaient autre chose à faire, les malheureux, que de donner cours à leurs passions. Ils avaient à saliver. Tout naturellement, en elFet, des frictions, de fortes frictions pratiquées de la sorte ne tardaient guère à exciter ce qu'on appelait le <( flux de bouche ». C'est là ce qu'on attendait, ce qu'on désirait comme le gage d'une guérison prochaine. Pour la plupart des médecins qui, à cette époque, poussaient l'humorisme jusqu'à ses conséquences extrêmes, ce flux de bouche n'était rien autre que l'élimination des « humeurs corrompues »; c'était la vérole en substance qui s'évacuait ainsi par la bouche, c'était la vérole dans les crachats. Lisez à ce propos les beaux vers de Fracastor*. Aussi se réjouissait-on de voir les malades aboutir à cette salutaire et bienheureuse salivation.
I « Malades, s'écrie Fracastor, trêve au dégoût que peut vous inspirer cette médication, car votre guérison est à ce prix. Donc, sans hésitation, étalez cet onguent sur votre corps, et couvrez-en toute l'étendue de la peau, à l'exception de la tête et de la région précordiale... Dix jours entiers supportez cette épreuve, dont le bénéfice ne se fera guère attendre. Bientôt, en elfet, un infaillible présage vous annoncera l'heure de votre délivrance. Bientôt vous sentirez les ferments du mal se résoudre en votre bouche par une bave immonde, et i-ous verrez le viras, le virus même s'Jvacuer à vos pieds en des flots de salive. »
...... Liqucfacta mali excrementa videbis
Assidue sputo immundo fluitare per ora.
Et largum ante pedes labi rairabere flumen.
(La Syphilis, livre II. — Trad. citée, p. 91.)
Il esL vrai qu'à ce moment de la cure commençaient les divergences entre médecins.
Quelques-uns, une fois la salivation produite, se déclaraient satisfaits, et ne poussaient pas les choses plus loin.
Mais d'autres s'efforçaient d'entretenir cette salivation, et cela pour un certain temps, voire jusqu'à trente et quarante jours (!). Une « bonne salivation », pour eux, était celle qui donnait en vingtquatre heures quatre, cinq à six livres d'une salive visqueuse, gluante, pituiteuse. A peine se suffisaientils de trois livres; au-dessous de ce chiffre, on ne pouvait répondre de rien. Boerhaave — c'est à n'y pas croire — voulait que la salivation « séparât du corps, dans l'espace de trente jours, environ cent livres de salive * / ».
Si bien que les malades passaient leurs jours et leurs nuits à baver dans une écuelle ad hoc^ qui portait le nom de casserole. D'où le terme populaire de (( passer à la casserole )> comme synonyme de traitement par les frictions.
Et voilà ce qu'était au temps jadis, ce qu'était même dans le premier tiers de notre siècle, le traitement de la syphilis par les frictions mercurielles.
Eh bien, sans transition, voyons ce qu'il est de nos jours.
Rien de plus simple. Il consiste en ceci : une série