‹ Traitement de la syphilisChapitre 40 sur 92 · I. — D'abord, quelle pommade convient-il de mettre en usage · texte numérisé non relu

I. — D'abord, quelle pommade convient-il de mettre en usage

Chez nous, tout le monde a recours à l'onguent mercuriel double, dit onguent napolitain^ composé, comme chacun le sait, de parties égales de mercure et d'axonge.

Il importe que celle pommade soit fraîchement préparée. Ancienne, elle irrite la peau.

Nombre d'agents ont été proposés pour remplacer l'onguent napolitain. Par exemple :

1° Les pommades à la lanoline^ substance qui, dit-on, (( pénétrerait la peau mieux que ne fait l'axonge, en entraînant avec elle les agents médicamenteux ».

2° Les savons mercuriels ou napolitains^ expérimentés et vantés par quelques médecins, notamment par Scliuster (d'Aix-la-Chapelle). Celui de Spillmann (de Nancy) est dosé au même titre que l'onguent napolitain.

Pour pratiquer la friction avec ces saA'ons mercuriels, il suffit de mouiller la peau à l'eau chaude et de la frictionner jusqu'à ce que toute la dose prescrite soit convertie en une mousse écumeuse, qu'on laisse ensuite sécher sur place en la recouvrant avec du papier de soie ou du papier parcheminé très mince.

Ce mode de frictions aurait, dit-on, pour avantages d'être moins sale que la friction avec des corps gras, de ne provoquer aucune irritation cutanée, et de permettre une facile détersion des téguments par un simple lavage, le savon étant solulile dans l'eau.

Mais il comporte un gros inconvénient, c'est la longue durée qu'exige la friction pour l'épuisement d'une faible dose de savon. Une dose moyenne ou forte excéderait certes la patience de tout malade.

FniCTIONS MERCURIELLES.

En sorte que ces préparaLions et d'autres encore (telles que Foléale de mercure' et le calomeP, etc.) que l'on a proposées comme succédanés de l'onguent napolitain n'ont fliit jusqu'ici que peu de prosélytes. C'est ce dernier onguent c{ui reste favori.

IL Dosage. — La dose à employer pour chaque friction est naturellement variable suivant des conditions multiples (âge, sexe, indications à ramplir^, etc.).

En moyenne, pour un adulte, elle sera de quatre grammes.

Cette dose de début pourra être élevée à six et huit grammes, dès qu'on se sera rendu compte de la tolérance du malade.

Mais, sauf indication majeure (résultant, par exemple, d'un danger imminent à conjurer), il est prudent de ne pas dépasser ces dernières doses, et cela pour deux raisons : d'abord, parce qu'elles sont amplement suffisantes en général à réaliser l'efl'et thérapeutique poursuivi ; — et, en second lieu, parce qu'au delà de ces doses on s'expose (non pas sûrement, mais probablement) à offenser les gencives. —

Sachez de plus que la femme est bien plus sensible que l'homme aux effets ptyaliques des frictions. Il est peu de femmes, je crois, dont la bouche ré-

I Proposé lîar Smirnoff — D'après cet auteur, cette préparation, « tout aussi active, dit-il, que l'onguent napolitain, oCFrirait plusieurs avantages importants : propreté, facilité d'absorption, apparition moins fréquente du mercurialisme ».

1. Ruata et Bovero, Glorn. délia R. Accad. di med. di Tori/20, 1891.

sislerait à des doses de six ou huit grammes d'onguent douille. Et même je vous conseille, à moins d'indication particulière, de ne guère dépasser chez la femme une dose quotidienne de quatre grammes.

Chez l'enfant, au contraire (j'entends chez le tout jeune enfant), nous avons la liberté d'être plus hardis, relativement. Et cela, parce qu'à cet âge nous n'avons pas à compter avec la stomatite, pour la bonne raison que les dents ne sont pas encore sorties. (On ne salive qu'avec des dents, comme vous le savez.) On peut donc sans crainte, dans le tout jeune Age, prescrire d'emblée des frictions à la dose d'un et de deux grammes (ce qui est une dose énorme pour le poids relatif d'enfant à adulte); — comme aussi, plus tard et après observation des effets produits, dépasser cette dose.

J'affirme qu'en moyenne une dose quotidienne de deux grammes d'onguent napolitain en frictions est absolument bien tolérée par des enfants de quelques semaines, voire par des enfants de quelques jours. Et j'affirme que cette dose est souvent indispensable pour conjurer les dangers si rapidement mortels de la syphilis héréditaire.

Voilà pour les doses usuelles, courantes, répondant à l'ordre des indications les plus communes.

Mais ces doses doivent ou peuvent être dépassées quelquefois, et de beaucoup, à savoir, comme exemples :

1° Dans les cas de syphilis rebelles ou grad es, sur

FinCTIONS MEIîCUIilELLKS. 20 1

l'indication de proportionner l'intensité de la médication soit à la résistancé de certains accidents, soit, plus souvent encore, à l'urgence d'un péril imminent. C'est ainsi, de l'aveu commun, qu'il convient d'attaquer d'emblée certaines manifestations particulièrement graves de la syphilis cérébrale ou médullaire par des frictions quotidiennes de 8, lo et 12 erammes.

2° Dans les traitements thermaux qui se font aux eaux sulfureuses. — Les eaux sulfureuses semblent favoriser, exagérer l'aptitude à la tolérance du mercure. Est-ce en raison de quelque action chimique, ou, plus vraisemblablement, de la réconfortation, de la stimulation que ces eaux confèrent à l'organisme, de l'activité qu'elles impriment aux échanges nutritifs, etc.? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'aux thermes sulfureux nos malades supportent le traitement par les frictions à des doses qui, en des conditions différentes (j'en ai eu l'expérience), détermineraient sur eux de violentes stomatites. Je tiens d'un excellent observateur, le D"" Doyon, qu'il administre couramment, à Uriage, des frictions quotidiennes aux doses de 8, lo, 12, i5 grammes d'onguent napolitain — et cela pendant trois à quatre semaines — sans déterminer d'accidents de stomatite. Quelquefois il lui est bien arrivé de provoquer une « légère excitation de la bouche », mais jamais, assure-t-il, il n'a observé de salivation véritable.

ITI. — Simple détail de pratique, pour en finir

XnAITKMENÏ DE LA SVI'IIILIS

avec les qiieslions de posologie, mais détail à ne pas nëglii^cr: Exigez, messieurs, que chaque friction soit faite avec une certaine quantité d'onguent déterminée et pesée.

C'est là une précaution dont on ne tient guère compte en pratique courante. Alors qu'on dose tout remède, je ne sais pourquoi on juge superflu de doser l'onguent mercuriel, qui est loin cependant d'être une substance inoffensive et indifférente. Interrogez les malades qui se traitent par les frictions, et demandez-leur combien ils emploient de ce remède pour chacune de leurs frictions. Neuf sur dix (j'ai compté) vous répondront ceci : « On m'a donné ma provision de pommade dans un petit pot, et j'en prends à peu près ce qu'on m'a dit d'en prendre, à savoir gros comme un pois, comme un haricot, comme une olive, comme le bout du doigt ». Évaluations bien élastiques que celles-là, vous en conviendrez. Qu'est-ce, par exemple, que le « bout du doigt » comme étalon de dosage d'un médicament? Soyons plus exigeants, et faisons sérieusement des choses sérieuses. Rien de plus simple d'ailleurs. Formulons. Nous voulons, je suppose, que, pour une semaine, des frictions soient faites à la dose quotidienne de 4 grammes; eh bien, prenons la peine de formuler ainsi :

Onguent mercuriel double (fraîchement préparé) 3o grammes

A diviser en 7 cartouches.

F1UCTI0>'S MEnCUniELLES.

Cluicuiie de ces cartouches (perte défalquée) contiendra donc exactement 4 grammes d'onguent; et c'est avec cette dose — et non telle autre arbitraire — que sera faite chaque friction.

Pardon de vous dire de telles choses mais force m'est bien de les dire, puisqu'on les néglige neuf fois sur dix.

IV. — Quand doit être faite la friction? Généralement on ne pratique qu'une friction par

jour, ce qui suffît amplement pour les indications à remplir. Il n'y a guère que les cas graves où il peut être utile de déroger à cette habitude, en prescrivant deux frictions par vingt-quatre heures.

Il est à peu près indifférent, certes, de pratiquer la friction à tel ou tel moment. Mais, pour la plus grande commodité du malade, l'heure du coucher est naturellement plus propice que toute autre, A cette heure, le malade a tout son temps pour bien faire sa friction; il a de plus toute la nuit devant lui pour conserver la pommade sur sa peau le temps nécessaire à une absorption suffisante, et pour la conserver sans aucune gêne, sans même s'en apercevoir, en dormant. Tandis que, la friction étant faite le matin ou dans la journée, ce serait un véritable dégoût que de se sentir englué d'un corps gras et poisseux sous ses vêtements.

V. — Ou doit être pratiquée la friction ? Rigoureusement, on pourrait la faire n'importe

où, car la peau absorbe n'importe où. Cependant on a beaucoup discuté sur la préférence qu'il cou-

vient d'accorder pour les frictions à tel ou tel département cutané. Chaque auteur a son siège de prédilection, et c'est ainsi que tour à tour la plupart des parties du corps (face antérieure, latérale ou postérieure du tronc, membres, .extrémités des membres, aines, aisselles, paume des mains, plante des pieds', etc.) ont été proposées comme localisations plus propices. On a même pratiqué des frictions jusque sur la verge, sur la muqueuse du prépuce, sur le gland, sur la face interne des grandes lèvres, et cela en vue de l'idée théorique d'après laquelle a le mercure, pour guérir, a besoin de suivre la même voie qu'a suivie la matière contagieuse pour infecter l'organisme )>

Quant à moi, après bien des essais, j'ai donné la préférence à la partie latérale du troiic^ depuis la limite inférieure de l'aisselle jusqu'à la crête iliaque. Et cela, pour deux raisons : i° parce que le malade peut commodément se frictionner lui-même sur ce point, sans avoir besoin de recourir à un aide; — 2° parce qu'il trouve là à sa disposition une grande surface^ non velue ou relativement peu velue, sur laquelle peut être étalée toute la dose d'onguent qui compose la friction. Cette con-

1. La méthode de Lavrey consislait en des « frictions faites le soir sur les pieds, que l'on recouvrait de chaussettes durant la nuit et qu'on lavait au savon le matin ». — C'est ce procède que Denis- Dumont a tenté de remettre à la mode sous le nom de Chaussetlcs napolilaines [De la sypIiUis^ Paris, 1880).

2. V., pour tous les détails du traitement externe de la syphilis, l'estimable ti-avail de R. Comhret : Notes sur les principales me't/todes d'administration du mercure par la peau. Tli. de Paris, 1882.

FniCTIONS MEIlCUniELLES.

sidéralion devient d'impoi Lance majeure pour des frictions à doses plus ou moins élevées.

Au reste, je n'attache qu'une importance secondaire au choix de la région, pour peu qu'on observe les deux précautions suivantes :

1° Ne pas faire les frictions sur certaines régions qui semblent absorber trop facilement ou qui sont riches en poils (scrotum et aisselles, notamment).

Ainsi, il est d'observation que les frictions mercurielles faites sur le scrotum ou les parties génitales déterminent très rapidement une irritation des gencives. A preuve l'excessive fréquence de la stomatite à la suite de simples onctions d'onguent gris contre la phthiriase pubienne. J'ai vu maintes fois une seule onction de ce genre provoquer une fluxion gingivale plus ou moins importante.

A l'aisselle, la puissance d'absorption est assez considérable pour qu'oii ait proposé de se borner à une simple onction, c'est-à-dire à un dépôt de la pommade sur les téguments, sans frictions (procédé connu sous le nom de méthode italienne). « On enduit, le soir, le creux axillaire d'une certaine quantité d'onguent, et l'on recommande au malade de tenir le bras rapproché du tronc ; de la sorte, rien ne se perd; le malade ne se salit même pas, et la température axillaire, toujours assez élevée, favorise énergiquement l'absorption. »

Mais la région de l'aisselle, comme l'aine, comme le scrotum, comme la région pubienne, comporte un désavantage majeur : c'est d'être particulière-

TRAITEMENT DE LA SYI'HILIS.

ment sensible à l'action des pommades mercurielles, qui ne manquent guère, après quelques jours, de déterminer là une irritation cutanée d'abord érytliémateuse, puis eczématoïde, voire quelquefois pustuleuse. On a bien proposé, en vue de prévenir ces accidents, de faire raser les poils avant de pratiquer les frictions, précaution sans laquelle, dit Gamberini, on risque de provoquer une éruption « presque composée d'autant de petits boutons qu'il y a de poils » ; mais je doute fort que la rasure suffise toujours à conjurer les symj)tômes d'hydrargyrie auxquels la région paraît particulièrement prédisposée.

2° Second point : Varier le siège des frictions. — Pourquoi ? Parce qu'une série de frictions pratiquées sur la même région aboutit souvent à déterminer in situ des pbénomènes d'irritation cutanée, et cela sous la double influence mécanique et cbimique de ce mode de traitement.

Pour éviter cet inconvénient, j'ai été conduit à procéder de la sorte :

Le premier jour du traitement, la friction est pratiquée sur un des côtés du thorax, soit le gauche, je suppose;

Le second jour, elle sera faite sur le côté droit;

Le troisième, sur le côté gauche ;

Le quatrième, sur le côté droit.

Et ainsi de suite. — De la sorte, un jour sur deux, on laisse « reposer » la région frictionnée, ce qui suffit, en général, à prévenir les symptômes d'irri-

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