FRICTIONS
MEnCUniELLES.
tation locale. Que si cependant cela est insiiffisaiit, c'est-à-dire si la peau s'irrite, alors on modifie la méllîode comme il suit :
i°''jour. Friction sur le côte gauche du thorax;
■i" — Friction sur Je côté droit du thorax;
3° — Friction sur la face interne d'une cuisse;
4° — Friction sur la face interne de l'autre cuisse;
5° — Friction sur la face interne d'un membre supérieur;
6° — Friction sur la face interne de l'autre membre supéi ieur.
Puis l'on reprend la série.
VI. — Comment procède/^ à la friction^ et de quels soins la faire suivre ? — Ce n'est pas pour rien que la friction est dite friction. Pour mériter son nom, elle doit consister non pas en un simple dépôt, en un simple étalage ou étendage de la pommade à la surface de la peau, mais en un véritable frottement de la peau avec cette pommade.
Ce frottement est indispensable au succès de la métbode, et cela parce que la peau n'absorbe pas naturellement. Il faut la forcer à absorber, en déterminant une pénétration mécanique du mercure dans sa substance, c'est-à-dire (probablement) dans les goulots de ses glandes, où (probablement aussi) le métal se transforme en luie combinaison propre à être résorbée. Donc, un certain degré de violence est nécessaire à cette pénétration.
Conséquemment, il ne suffit pas de se borner (comme je l'ai vu faire si souvent) à caresser la peau, à l'effleurer avec les doigts chargés de pommade.
Je lie dis pas non plus qu'il faille tomber dans l'excès inverse et aller jusqu'à l'étriller. Mais il faut la frotter^ la frotter véritablement, et avec une certaine énergie.
Il faut de plus la frotter « à siccilé », suivant l'expression technique, c'est-à-dire jusqu'au moment où la main qui frotte, au lieu de glisser comme sur un verglas, commencera à éprouver une certaine sensation de résistance, de dessèchement.
Et combien faut-il de temps pour en arriver là, c'est-à-dire quelle durée comporte une friction pour être bien faite et suffisante? — Ceci, naturellement, est variable suivant la quantité d'onguent mise en usage ; car il va sans dire qu'il faut beaucoup plus de temps pour faire absorber une forte dose qu'une dose moyenne ou petite. En tout cas, la friction doit être beaucoup plus prolongée qu'on ne le croit en général, et exige une durée bien supérieure à celle qu'on lui accorde dans la pratique courante. La plupart des médecins prescrivent des frictions (c de cinq minutes ». C'est tout à fait insuffisant. Par expérience j'affirme qu'il faut bien dix minutes, si ce n'est plus, pour faire absorber convenablement la dose usuelle d'une friction, c'est-à-dire 4 grammes d'onguent. Et, pour des doses plus fortes, la durée sera, tout naturellement, surélevée à proportion.
Par qui sera faite la friction? Par le malade luimôme, le plus souvent; — quelquefois par une
FIUCTIOKS MEnCUniELLES.
main étrangère, si le malade est faible ou alité'. Dans les eaux sulfureuses où se pratique le traitement par les frictions, on rencontre toute une escouade de garçons et de fdles de bains dressés à cette pratique.
Alors que la friction est faite par une main étrangère, cette main doit être protégée contre l'absorption par un gant (gant de peau ou gant de caoutchouc), qu'on déterge et qu'on savonne après chaque opération. Mais, le plus souvent, cette précaution est omise par les intéressés, qui cependant ont eu plus d'une fois à s'en repentir. Voyez, comme exemple, ce qui est arrivé ces jours-ci à notre infirmière de la salle Henri IV. Ayant eu à frictionner plusieurs de nos malades, elle a négligé de se protéger la main, et aujourd'hui elle est affectée d'une gingivite mercurielle assez intense.
Ces derniers temps, on a imaginé, pour la pratique des frictions, un instrument spécial, dit frottoir, constitué par un gros disque de verre, plan et poli sur l'une de ses faces (celle qui doit frotter), articulé sur l'autre avec un manche horizontal, bien résistant. La pommade une fois déposée sur la peau, on l'étalé avec cet instrument, et l'on continue à frotter avec lui toute l'étendue de la surface où doit se faire l'absorption. Ce frottoir remplace donc la main. Il est d'un usage assez commode, mais moins doux naturellement que la friction à la main, que
1. C'est dans ce cas que la région du dos devient une région propice pour les frictions, en raison de sa grande étendue. FoUHNiEH. — Trallcment de laSfp/ùHs.
l'nAlTHMKNT I)K LA SYPHILIS.
rien no remplacera jamais. Aussi n'est-il j)as apj)!!cable à tous les cas, nolammenl chez les sujets maigres, à thorax quelque peu décharné, en raison (les saillies costales qu'il froisse douloureusement.
Quelques menus soins doivent succéder à la friction. On place sur la partie enduite de pommade soit une couche d'ouate, soit un linge humecté d'eau tiède, puis un taffetas gommé, et l'on fixe le tout parmi bandage approprié, à savoir : par un bandage de corps, si la friction a été faite sur le thorax; par quelques tours de bande ou par un manchon en toile ou en flanelle, par un caleçon, par un bas, etc., si la friction a été faite sur un membre.
La pommade reste ainsi au contact de la peau pendant plusieurs heures (huit à dix heures en moyenne), c'est-à-dire pendant toute la nuit, si, comme d'usage, la friction a été pratiquée le soir.
Puis, on procède à la levée de l'appareil. On déterge soigneusement la peau; on la savonne a l'eau chaude ; on l'essuie derechef, et on la saupoudre largement d'amidon ou de poudre de riz.
Enfin, il est bon de prescrire au moins deux bains émollients chaque semaine de ce traitement, pour nettoyer à fond la peau et prévenir tout phénomène d'irritation.
Telle est la technique de la friction mercurielle.
Quelques mots maintenant sur le traitement par
les frictions considéré d'ensemble.
Ce traitement se compose d'un certain nombre
FRICTIONS MERCURIELLES
de frictions du même genre. Mais de combien? Et quelle peut être la durée d'un traitement de cet ordre ?
Le nombre des frictions, la durée de ce traitement, la dose totale d'onguent à faire absorber, etc., tout cela n'est en rien sujet à une réglementation fixe. Car tout cela, forcément, reste subordonné à des facteurs multiples : nature du résultat thérapeutique à obtenir, degré de tolérance du malade, effets produits, etc.
C;e qu'il y a de certain, c'est que ce mode de traitement peut être continué longtemps. Avec de la prudence et de la surveillance on est parvenu à le prolonger deux et trois mois de suite, et cela sans accidents.
Toutefois, on s'accorde généralement sur ce point, qu'il y a prudence à ne pas le continuer au delà d'un certain temps, passé lequel il n'est plus toléré, affecte les gencives, fotigue, déprime et énerve le malade, qui finit par demander grâce et y renoncer, quoi qu'on fasse.
Il y a donc pour la durée des frictions une lùnùe de to/cvrmce à ne pas excéder. Cette limite (éminemment variable suivant les sujets, cela va sans dire) ne peut être déterminée qu'empiriquement. Eh bien, empiriquement, on peut la fixer à trois ou quatre semaines, maximum cinq semaines.
Il m'a toujours semblé qu'on peut sans inconvénient prescrire des frictions pour quinze jours à trois semaines, mais qu'au delà de ce terme il v a
avantage à les suspendre, quitte à y revenir après un certain temps, s'il y a indication à persévérer.
Et même, chez certains sujets dont la bouche est un peu sensible au mercure, chez les femmes notamment, il est souvent besoin d'une certaine stratégie pour faire tolérer ce traitement tout le temps nécessaire à en tirer un profit sérieux. C'est ainsi que parfois on est forcé de l'interrompre de temps à autre pour a laisser reposer la bouche », qui menace de se prendre à tout instant. D'autres fois, on ne parvient à poursuivre la cure qu'en la fragmentant^ si je puis ainsi parler, c'est-à-dire en procédant comme il suit : ou bien, une friction un jour sur deux ; — ou bien une friction trois jours de suite, suivie de trois ou quatre jours de repos; — ou bien, alternativement, une semaine de frictions et une semaine de repos, etc. — Tel ou tel de ces dispositifs sert parfois d'artifice pour faire accepter le traitement qui, de toute autre ftiçon, ne serait pas toléré.
Si bien que gouverner un traitement de ce genre, alors que les choses ne marchent pas d'elles seules et qu'on se heurte à une susceptibilité buccale individuelle, devient affaire de tâtonnement, de tact méilical, d'empirisme, et exige de la part du médecin une attention assidue, une surveillance de chaque jour.