II. — Méthode des fumigatioks
Le trailement de la syphilis par les fumigations mercLirielles n'est guère moins ancien que le traitement par les frietions. On le trouve déjà mentionné au début du xvi^ siècle par Angelo Bolognini et Jacques Calanée*, puis, plus tard, par Nicolas Massa, etc. Et rien d'étonnant à cela; car ce fut, comme pour les frictions, une raison d'analogie qui conduisit à mettre en usage les fumigations contre le Mal français. On connaissait de vieille date l'action de ce procédé contre les « galles invétérées ». Tout naturellement, donc, on se mit à traiter de la même façon les dermatoses du nouveau mal.
Les fumigations — bien oubliées aujourd'nui — ont été en grand honneur dans les siècles qui nous ont précédés. Et en effet, telles qu'on les pratiquait, elles constituaient un excellent moyen pour déterminer cette bienheureuse salivation que l'on considérait comme un moyen d'élimination, un « exutoire » des humeurs corrompues.
Ici, comme pour les frictions, il nous faut distinguer soigneusement le traitement ancien et le traitement moderne.
I. V. Astruc, Traité des maladies vénériennes. Trad. française, 1743. t. 11, p. 177.
F U Al K; A T I O N s .11 !■ n C UTl I ELLE S .
I. — Le traitement ancien (qui portait le nom de traitement \yav\essi/,f/'umigatio/is oueneore de traitement par les parfums) se composait de ceei : préparation, fumigations proprement dites, et sudations.
La « préparation » consistait, comme pour les frictions, en saignées, ventouses, purgations, usage de remèdes dits altérants, dépuratifs, etc —
Puis, quand le moment était venu de (( parfumer », on chauffait un cabinet bien clos, transformé en étuve pour la circonstance. On dressait dans ce cabinet une sorte de petite tente ou pavillon, nommé archet^ sous lequel se plaçait le malade, soit assis, soit debout, et tout nu. On déposait près de lui un réchaud, plein de braise ardente, sur laquelle on pouvait jeter de temps à autre, par une petite lucarne disposée ad hoc dans l'archet, les « tablettes de parfum » destinées à produire la fumigation. Ces tablettes étaient des trochisques de composition naturellement fort complexe, où prenaient place, à côté de substances mercurielles diverses (cinabre, calomel, précipité rouge, turbith, etc.), force drogues choisies de façon à déterminer une fumée intense, telles que graisses, résines, encens, mastic, oliban, benjoin, aloès, gomme de genévrier, styrax, succin, muscade, etc., etc. — Le malade devait rester exposé à cette vapeur chaude et fumeuse pendant un temps variable suivant ses forces, une demi-heure, trois quarts d'heure, une heure même. — Il ne sortait delà, cela va sans dire, qu'à moitié suflbqué. Au
TnAITEMENT DE LA SYPHILIS.
reste, si on le voyait près de défaillir, on lui permettait de « mettre la houclie à un trou ménagé dans l'archet, afin de respirer un peu d'air pur, ou bien à un tuyau dont le bout sortait au dehors ».
Finalement, on plaçait le malade- ainsi a parfumé sous l'archet » dans un lit bien chaud, bassiné; on le chargeait de couvertures, et on le laissait ainsi suer abondamment une heure ou deux.
Cette opération se répétait ou tous les jours ou tous les deux jours, parfois aussi à échéances plus espacées, et cela toujours (( suivant les forces et la résistance des malades » ; car, vous le croirez sans peine, ce n'était pas une petite affaire que de supporter un enfumage, un saurissage, une demiasphyxie de ce genre. — Et ainsi de suite pour plusieurs semaines.
Vous concevez ce que pouvait, ce que devait engendrer d'accidents une pratique aussi brutale. Et, en effet, ce n'était pas là, seulement, une fumigation mercurielle pour la peau; c'était aussi une inhalation mercurielle, puisque le malade avait la tête plongée pour une demi-heure à une heure dans les vapeurs de mercure, A^apeurs qui, à doses indéterminées, pénétraient dans les poumons et de là dans l'organisme.
Aussi bien cette pratique fut-elle féconde en désastres, comme l'attestent les vieux auteurs avec une résignation naïve. Comme preuves, écoutez ceci :
D'abord, elle ne manquait guère de produire ce que d'ailleurs on lui demandait, à savoir une
FU.MIGATIOKS MERCUniELLF.S .
salivation intense, « une salivation, dit Fallope, de sept à huit jours, dans l'espace desquels le malade crachait un plein bassin chaque jour; ce qui allait à six ou à dix livres. »
En plus, elle déterminait toute une série d'accidents soit immédiats, soit consécutifs, tels que « suiFocations, défaillances, lipothymies; — accès d'asthme, bronchite, catarrhe pulmonaire; — ophthalmies; — maux de tête; — flux de ventre, quelquefois très copieux » ; — et quelquefois aussi des symptômes plus graves sur la nature desquels il est difficile d'être bien fixé, mais que les auteurs du temps qualifient de « débilité, cachexie, marasme, hydropisies, convulsions, épilepsie, apoplexie, paralysie, etc. ))
Les choses allaient même plus loin quelquefois. Il paraît que de temps à autre « on mourait des parfums », Plusieurs observateurs, tels que Fallope, Jean Benoît, Benoît Victor, Brassavole, Zacutus Lusitanus, racontent que « les parfums furent quelquefois très mauvais et mortels à quelques-uns», alnfnitos occiderunt », dit un vieil auteur. Un. malade de Benoît Victor fut comme « étranglé tout à coup par les parfums, qui lui supprimèrent la respiration par leur qualité astringente ». Un malade de Musa Brassavole, « à qui la fumée monta à la tête, tomba d'abord en apoplexie, puis incontinent après tout roide mort. »
Astruc nous a même légué le récit d'une curieuse expérimentation qui fut faite à Paris en 1737. « Un