TUMTKMIÎXT DR LA SYPHILIS
empirique, nous dil-il, nommé Clinrbonnier, cidevant huissier au Parlement d'Aix en Provence, vint à Paris, où se rend tout ce qu'il y a de charlatans au monde.... Il n'y fut pas plus tôt arrivé qu'il se mit à publier qu'il avait trouvé une méthode de guérir la vérole, toute nouvelle, courte, facile, efficace, sans danger, à remplir de ses promesses tous les quartiers de Paris, à attirer dans son parti une séquelle de joueurs d'instruments, de gueux, de farceurs, de coquins, etc.... C'est pourquoi les magistrats jugèrent qu'il fallait s'assurer des effets du remède par des épreuves réitérées publiquement, en présence de médecins députés de la Facullé. » L'expérience fut donc instituée sur 87 malades, soit à l'hôtel royal des Invalides, soit à Bicètre. Or, il paraît (sans entrer dans les détails) que la méthode du ci-devant huissier, qui consistait en des fumigations mercurielles faites avec une « poudre mystérieuse », n'était pas absolument parfaite, non plus qu'inoffensive, puisqu'en l'espace de quelques semaines quatre (et peut-être cinq) des malades qui lui avaient. été confiés moururent au cours du traitement, « quoiqu'ils ne fussent tous que légèrement atteints par le mal vénérien, quoiqu'ils fussent à la fleur de leur âge, et d'une forte complexion'. »
II. — Nous n'en sommes plus là, comme bien vous pensez, et, de nos jours, les fumigations ne tuent
I. V. Astruc, Trailc (les maladies vcncricnnes, Ti'ad., cdil, t. II. p. 201 et suiv.
FUMIGATIOTNS MIÎUCUniKLLKS.
plus personne. C'est qu'en eiïet la méLliocle s'esl non pas modifiée, mais transformée.
D'aliord, on s'est aperçu — un peu tardivement, à la vérité — que, si la fumigation pouvait être efficace, l'inhalation était absolument dangereuse. Vers T776, Lalouette imaginait sa boîte à fumigations, qui n'est autre (à cela près de quelques perfectionnements modernes) que l'appareil dont on se sert encore aujourd'hui. Le corps du malade était seul inclus dans cette boîte, la téte restant en dehors et à l'abri par conséquent des vapeurs mercurielles^ Ce n'était là rien moins qu'une transformation de l'ancien système.
Puis, on a renoncé aux pratiques burlescjues de ce qu'on appelait a la préparation ». — Puis, on a renoncé à la salivation, qu'on a fini par considérer, non plus comme un effet heureux à provoquer, mais comme une complication, un accident du traitement. — Puis on a banni les fameux « parfums » qui ne servaient qu'à suffoquer les malades.
On s'est attaché, d'autre part, à rechercher la plus inoffensive des préparations mercurielles. Autrefois on employait le cinabre, l'oxyde gris, le calomel impur, etc. On a vu que le cinabre est susceptible de se décomposer par la chaleur et de produire de l'acide sulfureux qui est très irritant; — que l'oxyde gris se dédouble en donnant naissance àdubioxyde, beaucoup trop énergique; — que le
I. Nouvelle niélhode de traiter les maladies vénériennes par la fumigation, par Pierre Lalouette, 177O.
TllAlTEMKNT J)IÎ LA SYPHILIS.
calomel sec dégage de l'acide chlorhydrique, tandis qu'il n'en produit pas quand on le volatilise au
contact de la vapeur d'eau, etc., etc Si bien
qu'aujourd'hui, après beaucoup de tâtonnements, on est arrivé à ne plus faire usage que du calomel (voire du calomel très pur), et à ne le volatiliser qu'associé à un dégagement parallèle de vapeur d'eau .
L'opération se fait suivant un dispositif des plus simples. Le malade s'assied sur un siège de bois. On l'enveloppe, à partir du cou, de grandes couvertures que l'on drape en manteau autour de lui, avec la précaution de les faire tomber jusqu'à terre. — On glisse alors sous la chaise un appareil vaporisateur ad hoc^ composé d'une lampe à alcool, d'un trépied et d'une cuvette circulaire formant bain-marie autour d'une coupelle fixée à son centre. La lampe est allumée sous le trépied qui supporte la cuvette pleine d'eau; et cette eau, en s'échaufFant, volatilise la dose de calomel placée dans la coupelle, dose qui varie entre i et L\ grammes.
Il suffit de quelques minutes pour que commence la volatilisation simultanée de l'eau et du sel mercuriel, et bientôt le malade se trouve baigné jusqu'au cou par un nuage de vapeurs d'eau et de calomel. La tête est absolument préservée de ces vapeurs et l'inhalation réduite à zéro, si l'on a bien soin de tenir hermétiquement clos le manteau de couvertures qui enveloppe le malade.
Au bout d'un quart d'heure environ, la volatilisation du calomel est achevée. Alors, on éteint la
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lampe. On laisse le malade encore une dizaine de minutes dans son atmosphère de vapeurs; puis, on le couche pour trois quarts d'heure, toujours enveloppé de ses mêmes couvertures. — Il va sans dire que toutes ces opérations se font au lit, lorsque le malade est incapable de se lever.
Suivant les cas et les indications, la fumigation est répétée ou tous les jours, ou tous les deux jours, ou deux fois par semaine.
Tel est le traitement actuel.
Eh bien, que vaut ce traitement^?
Ses partisans lui attribuent trois avantages, à savoir :
i" De respecter l'estomac et les fonctions dioestives. — Soit! Acceptons ce point.
2° D'être d'application facile et commode.
Ceci demande d'expresses réserves.
3° De constituer une méthode active et puissante. — Voilà le point essentiel, celui sur lequel doit porter la discussion.
Certes, les éloges n'ont jamais fait défaut à la méthode. Lalouette disait déjà, au siècle dernier, que son système « alliait la sûreté à la commodité, et que 20 à 23 fumigations suffisent communément pour guérir les véroles ordinaires. « De nos jours, divers médecins qui ont donné un regain de faveur à cette méthode, I.angston Parker, Henri Lee, Bumstead, Duncan, Wilders, Horteloup et d'autres encore, en ont vanté les effets curalifs.
FouiiNiEU. — traUcment de la Syphilis. j-,
Duncan « la déclare une très bonne méthode, plus rapide que d'autres comme résultats thérapeutiques ». Parker, plus enthousiaste, la considère comme supérieure à toute autre : « C'est, dit-il, la plus sûre de toutes, la plus active, la plus efficace dans les cas opiniâtres, celle qui est suivie le moins souvent de récidives, etc. »
Mais, si nous passons de ces appréciations générales à l'examen des faits, que • trouvons-nous? Ceci : une série d'observations et de bonnes observations témoignant que l'usage des fumigations a guéri plus ou moins rapidement des syphilides de divers genres. Tels sont, par exemple, les cas cités par mon collègue et ami le docteur Horteloup, relativement à diverses formes éruptives de syphilis secondaire (plaques muqueuses végétantes, impétigo, ecthyma, etc.), sur lesquelles ce mode de traitement a exercé une très heureuse influence.
Donc, d'après cela, il est indéniable que les fumigations mercurielles favorisent la disparition de certaines dermatoses de la syphilis, notamment, d'après Horteloup, des « syphilides de forme ulcéreuse ». Ce point est acquis.
Mais au delà? On nous dit bien que les fumigations constituent un a excellent traitement de la syphilis )). Mais, quelles preuves cliniques produiton à l'appui d'une assertion d'aussi grave hnportance? Nous présente-t-on pour le moins quelques observations de malades qui, traités pour un certain temps par cette méthode, soient restés ensuite
FUMIGATIONS MERCURIELLES. 20C
indemnescracciclenls?Nii]lemenL ToiitauconLraii les malades traités de la sorte ont toujours été transitoirement observés à propos d'un accident quelconque, puis non suivis au delà. A-t-on même jamais tenté — sérieusement tenté — de traiter la syphilis par ce seul procédé tout le temps qu'elle doit rester soumise à l'influence mercurielle pour qu'on soit en droit d'en espérer la guérison? Si on l'a fait, cela n'est pas à ma connaissance. En sorte que nous ne savons rien encore de l'influence /j/'eventwe, de l'influence à longue portée cjue pourrait exercer une médication de cet ordre sur la syphilis. Tout ce qu'on en a dit est simplement hypothétique et, conséquemment, reste non avenu.
Voilà pour les avantages de la méthode, et vous voyez qu'ils sont médiocres au total. Puis, vous allez juger maintenant s'ils sont plus que compensés par des inconvénients sérieux.
ï- — D'abord, cette méthode comporte la possibilité d'accidents divers.
Elle détermine assez souvent la stomatite, si les fumigations sont rapprochées.
Elle produit parfois, comme Bumslead et Duncan l'ont remarqué, une certaine débilitation générale, pro])ablement sous l'influence de diaphorèses abondantes et répétées.
Si elle n'est pas correctement appliquée, elle peut exciter de la toux, des spasmes laryngés', des phénomènes de catarrhe bronchique, des suflLa-
lions, etc. Deux exemples, pris au hasard : Un malade qui, au cours d'une fumigalion, avait plongé la tête sous les couvertures pendant quelques minutes, fut affecté d'une attaque très grave de bronchite (Duncan). Il ne s'agissait que d'une désobéissance dans ce cas; mais une simple maladresse dans l'application du procédé en eût fait autant. — Un malade du D"" Horteloup, qui s'était administré une fumigation dans sa chambre avant de se coucher, fut pris de sullbcations violentes pendant la nuit.
Et c'est bien autre chose alors que, par imprudence ou intentionnellement, \ inhalation vient s'ajouter à la fumigation; car l'inhalation, de par elle seule, est déjà fort dangereuse^ On a observé de son chef des accidents sérieux, tels que stomatites, suffocations, dyspnée, syncope. Rollet raconte qu'une stomatite des plus violentes, « la plus violente qu'il ait jamais vue », a succédé à des inhalations cinabrées. Il y a plus même : l'inhalation a pu déterminer la mort. Henri Lee a rapporté l'observation d'une jeune femme qui, respirant des vapeurs de calomel, tomba sans connaissance, la figure livide et cyanosée, le pouls misérable, la peau froide, et succomba ^ .
II. En second lieu, c'est une méthode forcément incertaine et aveugle.
I A Fautopsie, les poumons furent trouvés emphysémateux et rrorsés de sérosité. Les autres organes étaient sains. — Il n'est donc pas douteux que, dans ce cas, la fumigation fut la cause de la mort. Transactions of (lie jMcclical Soc. of London, 1872.
FUMIGATIONS MERCURIELLES
Qu'absorbe la peau dans une fumigation? On nous dit vaguement qu'elle absorbe peu, si elle est saine, et davantage, si elle est malade. Mais où est la mesure? Quelle sera l'absorption dans tel cas particulier? On n'en sait rien. Ne court-elle pas le risque d'être excessive et dangereuse, si la peau est érodée, dénudée par place? Et comment la régler, la mesurer à l'effet thérapeutique qu'on poursuit?
Positivement, avec ce système, il est impossible de se rendre un compte exact de ce qu'on fait, de ce qu'on peut faire. C'est une médication que l'on ne tient pas en main, que l'on n'a pas moyen de doser, de diriger, de gouverner, et qui laisse trop place à l'imprévu, je dirais presque au hasard, pour constituer jamais ce qu'on peut appeler une méthode thérapeutique.
III. — Enfin, c'est une méthode peu pratique, non pratique même pour nombre de cas.
A l'hôpital, elle ne soulève pas d'objections, et cela pour deux motifs : parce que nous avons là à notre disposition, comme matériel et comme personnel, tout ce qui est nécessaire à l'application et à l'application surveillée, correcte, de la méthode; — parce que, d'autre part, à l'hôpital, nos malades ont tout leur temps à eux et qu'il n'est pas d'inconvénient à en user.
Mais en ville ? Quelle gêne, quel embarras, quel (( aria », comme disent les malades ! Il faut d'abord un appareil ; — puis, un assistant, car il est presque impossible de diriger seul et surtout de bien
diriger la manœuvre; — enfin, et surtout, il faut du temps, beaucoup de temps, deux heures en moyenne, pour le dispositif de l'opération, l'opération, et la sudation consécutive. Allez donc recommander à un homme occupé, à un employé, à un ouvrier, un traitement quotidien qui lui demande deux heures de son temps'!
Donc, comme l'a très bien dit M. Mauriac*, « si les fumigations, sous la forme mitigée où on les emploie aujourd'hui, peuvent rendre des services qu'on aurait tort de dédaigner, elles sont bien loin du rôle capital que quelques médecins voudraient leur accorder dans la thérapeutique de la syphilis. Fussent-elles bien plus actives qu'elles ne le sont, elles auraient toujours contre elles l'embarras, la difficulté de leur application. Elles resteront à l'état de méthode exceptionnelle, expérimentale et satellite d'autres médications plus simples, plus puissantes, d'un maniement plus facile et d'un dosage plus calculable. »
Concluons en disant :
I — Très certainement, les fimiigations mercu-
1. Il n'y a jamais eu que le bon Lalouelte pour revendiquer en faveur de sa méthode un avantage auquel on ne s'attendait guère, à savoir celui du secret (!). « Avec mes fumigations, dit-il, on se dérobe à la curiosité indiscrète des domestiques, à la vigilance de ceux dont on redoute l'inspection.... Par oe moyen les fautes seront couvertes d'un voile épais, et la bonne intelligence sera maintenue dans les familles ».
2. Du traitement c/e la syphilis par les fumigations mercurielles, Paris,
FLANELLES IMEUCUniELLES.
l'ielles possèdent des effets topiques qui peuvent être avantageusement utilisés contre les accidents éruptifs de la syphilis, et notamment contre certaines formes rebelles des syphilides secondaires.
II. — Mais elles constituent une pratique incommode, incertaine, susceptible de devenir dangereuse.
ni. — Elles seraient donc aussi déplacées que possible en tant que mode de traitement à appliquer d'une façon usuelle et prolongée au traitement de la syphilis.
Une méthode annexe doit trouver place ici, parce que, comme la précédente, elle repose sur la qualité volatile du mercure.
Le mercure, avons-nous dit, est volatil, et beaucoup plus qu'on ne l'avait cru jusqu'à nos jours. Il est volatil à la température ordinaire, et plus encore à la température de la peau.
Eh bien, sur cette base M. Merget a institué une méthode thérapeutique qui consiste à faire absorber aux malades des vapeurs mercurielles, et cela par l'intermédiaire de tissus mercurialisés*.
Ces tissus consistent en des étoffes de molle-
I. Il paraît qu'un proc(;clé non pas identique, mais analogue comme principe, a été utilisé autrefois. On lit, en eEFet, ce qui suit dans l'ouvrage de i\. Devcrgié sur la syphilis : « La -volatilité dont est doué le mercure a donné naissance aux ceinturas etr.orsel.i pirjuc's renfermant de ce métal, qui furent en vogue pendant un certain temps à Paris pour le traitement de la syphilis. » [Clinique de la maladie syphilitique, Paris, 1826, t. I, p. 128.)
Ion, des flanelles, que l'on imprègne de mercure extrêmement divisé par un procédé très simple, à savoir en les trempant tour à tour dans un bain mercuriel, puis dans l'ammoniaque. Le composé mercuriel introduit dans l'étoffe se trouve réduit par l'ammoniaque à l'état d'une poudre impalpable de mercure précipité, poudre d'un gris noirâtre.
On découpe dans le tissu ainsi préparé et desséché un morceau d'une certaine dimension (d'un décimètre carré par exemple), que l'on enveloppe " dans un linge en vue d'éviter la dispersion des poussières et de façon que les vapeurs mercurielles seules puissent être inhalées. Puis, on dépose ce fragment d'étoffe sous la taie d'oreiller ou sous le drap qui double le traversin, en sorte que le malade reste soumis pendant son sommeil, c'està-dire pour huit heures en moyenne, à l'inhalation des vapeurs qui se dégagent du tissu mercurialisé. — Ou bien encore on taille dans l'étoffe une sorte de plastron que l'on suspend au cou des malades par deux cordons noués autour du cou. Ce plastron exhale des vapeurs qui, sortant par l'entrebâillement de la chemise au cou, se dirigent naturellement au-devant de la bouche et sont ainsi partiellement inhalées \
Ce procédé — tout au moins original — aurait
I. V. Merget, tlicsc précitée; — Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux (yoj;/7;n/t/c de Bordeaux. 1891.); — Société de thérapeutique, 1892.