EXISÏE-T-IL UN TRAITEMENT ABORTIF DE LA SYPHILIS
L'ordre logique de cet exposé nous met en regard actuellement d'un autre problème, qui a été, ces derniers temps, plus vivement agité que jamais dans le public médical,
^ Existe-t-il un traitement abortif de la syphilis? C'est-à-dire existe-t-il un moyen de juguler, d'éteindre ah oi>o la sypbilis, de la tuer dans son germe, et cela de la même foçon, par exemple, qu'on arrête le développement d'une branche ou d'une fleur en détruisant le bourgeon d'où doit sortir cette branche ou cette fleur?
De tout temps, cette idée, cette espérance de conjurer les manifestations ultérieures de la syphilis en l'attaquant dans son accident d'origine, a hanté l'esprit des médecins. De tout temps "on s'est dit: Est-ce qu'il n'y aurait pas moyen d'éliminer,
THAITEMENT AnOllTIF.
d'exclure, de jeter hors de l'économie le poison de la syphilis, en détruisant d'une façon quelconque son réceptacle initial, son nid d'invasion?
De cela les témoignages historiques seraient nomhreux à citer.
Déjà, par exemple, vers t5i4, Jean de Yigo écrivait ceci, textuellement : (c II fout se hâter de détruire sans retard les boutons ulcérés qui se produisent le plus habituellement à la verge par suite de la contagion (nous dirions <( les chancres » aujourd'hui) et de les détruire par quelque remède violent, capable de les tuer sur place, d'en éteindre la malignité, et d'enraver la diffusion imminente de leur venin dans toutes les parties de l'organisme . )>
De même, J.-L. Petit raconte qu'il tenait de son maître Corbis le précepte, (( en cas de chancres récents sur un prépuce trop long ou avec phimosis, de couper tout le bout du prépuce; ce qui, dit-il, évitait de passer le malade par les grands remèdes, puisque le virus n'avait pas encore infecté la masse cki sang" )) ,
Pour Hunter, le chancre était une maladie locale. a II y a peu de danger d'infection pour l'économie, disait-il, si le chancre a été détruit presque aussitôt après son apparition et à une époque où l'on peut raisonnablement supposer que l'absorption n'a pas eu le temps de se faire". »
I. Jean de Vigo, Le mal fr'riçnis, i5t/(. Trad. el comment, par A. Fournicr (Collection clioisid des anciens srphiliogrnpiies) . •X. Traité des maladies cliirtn-gicales^ '77Îi t- ^I) P- 452. 3. Traité de la sy/iliilis ; Du cltancrc^ cli. m.
TItAITKMIÎNT DR LA SYPHILIS
C'est exactement le môme ordre d'idées qu'exprimait Ricord lorsqu'il disait, en i856 : « Le ehancre, quelle qu'en soit la nature, n'est jamais en naissant qu'une lésion locale. Alors même qu'il doit infecter, son nifluence est primitivement bornée à la région qu'il affecte. L'infection générale n'est pas un résultat immédiat et instantané; c'est un accident consécutif au développement du chancre et qui demande un certain temps pour se produire. Eh bien ! que ne profitez-vous de l'intervalle qui sépare l'apparition du chancre du moment où naît l'infection pour éteindre le foyer d'où elle va surgir?..... Jugez quel bénéfice vous pouvez attendre de la destruction du chancre, lorsque, détruisant un chancre qui va s'indurer, vous tarissez du même coup la source d'une infection constitutionnelle'! »
Toutefois, les résultats de la pratique avaient tant et tant de fois déçu les belles espérances de la théorie, c'est-à-dire on avait tant et tant de fois détruit et anéanti le chancre sans conjurer pour cela l'infection constitutionnelle, que la méthode du traitement al)ortif avait fini par être délaissée, voire par tomber dans l'oubli, lorsque l'entrée en scène des doctrines microbiennes est venue lui donner, au cours de ces dernières années, un regain d'actualité et de faveur.
La raison de ce revirement est des plus simples, comme vous allez le comprendre.