‹ Traitement de la syphilisChapitre 6 sur 92 · I. V . Leçons sur le c/ia/icre, écHt., p · texte numérisé non relu

I. V . Leçons sur le c/ia/icre, écHt., p

TRAITKMENT ABORTIF.

Alors qu'on se représentait la syphilis comme le produit d'un virus, c'est-à-dire de quelque chose de presque immatériel, d'impondérable, d'insaisissable, d'un virus « dont un atome est aussi délétère qu'une tonne )>, on s'expliquait difficilement que la destruction du chancre pût prévenir l'absorption d'un principe aussi subtil, pouvant se diffuser dans l'économie de la même façon et avec la même rapidité qu'une vapeur se diffuse dans les couches de l'atmosphère. Comment lutter de vitesse avec un pareil agent, dont la pénétration dans l'organisme devait être instantanée?

Tout au contraire, avec les doctrines microbiennes le principe de la syphilis s'est en quelque sorte matérialisé. Il est devenu microbe, et, conséquemment, le chancre est devenu le premier gîte, la première étape d'une famille microbienne. C'est du chancre, leur première colonie, qu'émigrent les microbes spécifiques pour se répandre ensuite, par une série de colonisations, dans l'économie tout entière. Mais, notez bien ceci, comme le microbe est un être vivant qui a besoin de proliférer pour coloniser, et comme il lui faut pour proliférer un temps appréciable, la diffusion de la syphilis ne saurait plus, avec lui, être soudaine, instantanée. Elle exige nécessairement un certain laps chronologique. Elle laisse donc place à la possibilité d'une intervention répressive.

Raisonnant sur cette donnée, on s'est dit : « En tDute évidence, le chancre est la première station,

le premier foyer du microlje pathogène de la syphilis. C'est le nid infectieux d'où va irradier l'infection générale. Eh Ijien, attaquons ce' foyer originel d'infection; attaquons-le à temps; supprimons-le le plus hâtivement et le plus complètement possible ; et peut-être réussirons-nous de la sorte à supprimer du coup la vérole, c'est-à-dire l'infection constitutionnelle. »

Puis, on a ajouté : « Que si même nous ne parvenions pas ainsi à tarir d'une façon complète la source de l'infection, tout au moins pourrions-nous, suivant toute probabilité, atténuer la maladie en diminuant matériellement le nombre des germes morbides dont elle doit dériver ».

Avec cette façon nouvelle d'envisager la nature intime et la pathogénie de la syphilis, il était tout naturel qu'on fût porté à accorder plus de confiance que jamais à la méthode dite abortive dans le traitement de la syphilis. Aussi bien, n'a-t-il jamais été fait plus de tentatives dans cette direction que depuis une douzaine d'années. On s'est attaché à cette idée. On a multiplié les procédés pour détruire le chancre, pour le supprimer d'une façon ou d'une autre, voire avec son satellite habituel, le bubon. C'est par centaines qu'il faut actuellement compter les observations de destruction ou d'excision du chancre qui ont été publiées ces derniers temps'.

- I . La bibliographie de celte quesùon — coiùme, du reste, de toutes celles qui vont suivre — est cunsUérable. Certes, la seule enumcration des ouvrages, mémoires, notes, discussions, qui ont trait à

MÉTHODKS ARORÏIVES.

De cela qu'est-il résulté? A-t-on ou non réalisé fie la sorte un progrès dans le traitement de la syphilis? C'est lace que j'ai le devoir de rechercher avec vous.

Les méthodes les plus diverses ont été proposées et expérimentées en vue soit de supprimer le chancre, soit d'empêcher la diffusion de son principe morbide dans l'économie.

En dépit de leur diversité, toutefois, ces méthodes peuvent être groupées sous deux chefs.

Dans les unes, on s'est eiïbrcé de cerner, d'investir le chancre, si je puis ainsi parler, de façon à prévenir ses effets de diffusion infectieuse. On s'est ingénié à fermer les issues par lesquelles on supposait que le virus ou le microbe pouvait se glisser pour envahir ultérieurement l'organisme. On a essayé de réaliser (passez-moi l'expression) le blocus du chancre.

Dans les autres, on s'est attaqué au chancre directement; on l'a supprimé, soit en le cautérisant, soit en l'excisant.

la thérapeutiqtie de la syphilis, formerail un gros volume. On comprendra qu'il m'est matériellement impossible de reproduire ici toutes les indications bihliographiques relatives au sujet de ces Leçons. Je serai donc forcé, bien à regret, de me restreindre à citer les travaux ou les plus importants ou les plus récents, ou ceux qui seront plus spécialement visés dans le texte.

Inulile de dire ce que vous avez déjà pressenti, à savoir que ce dernier chef contient les seules méthodes véritablement sérieuses, les Seules sur lesquelles il y ait à faire quelque fonds.

Cependant, ne serait-ce qu'à titre de curiosité, disons quelques mots des premières.

On a proposé, pour cerner le germe pathogène de la syphilis, pour l'enceindre, le confiner dans le chancre et l'empêcher d'aller plus avant, de faire la section des lymphatiques émanant de la région affectée par le chancre. C'est là. Messieurs, une simple conception de cabinet, qui n'aurait pu — et pour de bonnes raisons inutiles à dire — être réalisée sur le vivant, voire sur le cadavre.

D'autres ont pensé à fermer les issues soit au virus, soit au microbe, à l'aide de frictions niercurielles pratiquées entre le chancre et les ganglions. — On a même parlé de « bloquer le chancre » par des injections mercurielles, en vue de saturer de contre-poison la route que doit suivre le poison pour arriver aux glandes lymphatiques correspondant au chancre.

D'autres ont eu l'idée de s'adresser aux ganglions, pour barrer la route en ce point au virus ou au microbe pathogène. Et, dans ce but, ils ont proposé:

Soit de ponctionner les ganglions, en les injectant d'une substance antivirulente ou microbicide, telle que la teinture d'iode ou une solution mcrcurielle ;

MÉTHODES ABOUTIVES.

Soit môme d'ouvrir et d'évicler les ganglions;

Soit encore d'extraire les ganglions.

Ne perdons pas notre temps à discuter des opérations chimériques, telles que la ponction, l'injection, l'évidement des ganglions, etc., et ne faisons cjue parler de X extirpation des ganglions qui, seule, serait rationnellement acceptable.

Celle-ci d'ailleurs mérite notre attention à un autre point de vue, car elle constitue un procédé complémentaire d'une autre méthode (l'excision du chancre) qui devra nous occuper bientôt.

Eh bien ! dirai-je, quand on a proposé l'extirpation des ganglions en tant que méthode abortive de l'infection syphilitique, a-t-on suffisamment réfléchi aux difficultés pratiques d'une telle opération? Voyez plutôt.

Prenons pour base de discussion un chancre de la verge, ce qui d'ailleurs est le cas infiniment le plus commun. Ce sont, en pareille occurrence, les ganglions inguinaux qu'il s'agira d'extirper.

Or, d'abord, il faudra les extirper tous. Car, en l'espèce comme à propos de toute affection maligne, le principe du tout ou rien s'impose. Le but à atteindre est de couper les voies au microbe; il faut les lui couper toutes ou n'en couper aucune.

Cela accepté comme point de départ, je consulte l'anatomie, et je vois que les ganghons inguinaux sont singulièrement noml)reux. M. Sappey, le grand anatomiste du système lymphatique, nous apprend qu'il n'existe pas moins de i8 à 20 ganglions ingui-

Fuu:iNiEU. — Trailement de la sjp/itlis. /j

DO

THAITEMENT DIÎ LA SYPHILIS.

naux, dont quelques-uns, dil-il, sont très petits, (par conséquent d'autant plus difficiles à découvrir dans une opération). Je sais bien que tous ces ganglions ne répondent pas aux organes génitaux; mais allez donc, dans une opération, faire la distinction de ceux qui y répondent et de ceux qui n'y répondent pas! — Somme toute, ce qu'on nous propose, ce n'est rien moins qu'une dissection, une préparation anatoraique des ganglions ingumaux, comme sur le cadavre. Or, ceux d'entre vous qui ont fait une préparation de ce genre à l'amplntliéàtre voudront bien se souvenir du temps qu'ils V ont mis et des peines que cela leur a coûtées.

Puis, ce n'est pas tout. D'autre part, la clinique intervient pour me rappeler que très généralement le chancre syphilitique a un double bubon, à savoir un bubon dans chaque aine. Donc, pour couper toutes les voies au microbe, il faudra extirper les ganglions des deux aines. Double labeur!

Ajoutez que l'opération a pour siège une région périlleuse par excellence, en raison du voisinage de gros vaisseaux, en raison aussi du groupement de la plupart des ganglions au niveau de l'embouchure de la saphène dans la veine crurale. Je veux bien que ces dangers n'eiFraient pas nos habiles chirurgiens, mais ils ne sont pas faits pour rassurer un simple médecin.

Enfin, on passerait encore condamnation sur tous ces embarras, toutes ces difficultés, si le résultat à attendre de l'opération présentait des garan-

MÉTHODES ADORTIVES.

lies sérieuses. Mais, en fermant la voie lymphatique, sommes-nous bien sûrs d'avoir fermé toutes les voies que peut suivre le microlje? Qui nous dit que le microbe ne peut suivre la voie des capillaires et des veines? Et, dans ce cas, à quoi bon lui barrer une roule si nous en laissons une autre ouverte? La méthode reste donc incertaine, hypothétique dans son principe même. Conséquemment, quel médecin consentira à risquer une opération de cet ordre en vue d'un résultat aussi aléatoire?

hiutile vraiment d'insister sur ce premier groupe (le méthodes qui n'ont jamais fait leurs preuves, qui ne sont encore que de pures conceptions théoriques, et dont, très certainement, la pratique n'y rien à attendre.

En second lieu se présentent à notre examen les méthodes abortives qui s'adressent directement au chancre. Celles-ci, à priori tout au moins, semblent bien autrement sérieuses.

Toutes visent un but commun : supprimer h chancre, le supprimer en tant que réceptacle du virus ou du microbe, en tant que foyer d'infection destiné à lancer dans l'organisme ses embolies infectieuses, en tant que « seminariuin iiifectionis comme disait Augier Ferrier.

Mais, en pratique, elles diffèrent comme proc('dés propres à détruire le chancre.

Trois procédés ont été mis en usage :

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