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I. - En premier lieu, quels avantages revendique-t-elle

D'abord, tous ceux de la méthode hypodermique

en général. (Ceux-ci, je vous en ai parlé précédemment; inutile d'y revenir.)

Puis, en particulier, les quatre suivants :

1° Simplicité et commodité d'application, notamment rareté d'intervention du médecin;

1° Bon marché de la méthode ;

3° Possihilité extérioriser le traitement de la syphilis (pardon du barljarisme, mais il est administratif), c'est-à-dire faculté de traiter les syphilitiques en dehors de l'hôpital, sans avoir besoin de les y interner ;

4° Intensité et rapidité de résultats thérapeutiques.

Acceptons sans discussion les deux premiers points. En toute évidence, le traitement en question est le comble de la simplicité, et, de plus, il ne coûte presque rien.

Mais j'avoue être déjà peu séduit par le troisième. Extérioriser des malades syphilitiques, qui peuvent être affectés d'accidents contagieux, cela comporte un danger grave. Laisser au dehors les filles de Lourcine ou de nos salles avec des chancres ou des plaques muqueuses, n'est-ce pas courir grand risque qu'en dépit de leur petite bourse mercurielle rétro-trochantérienne elles ne manquent guère de transmettre la syphilis à leurs coïicitoyens? En fait de prophylaxie, m'est avis que rien ne vaudra jamais l'hospitalisation.

Le quatrième point, relatif aux effets thérapeutiques de la méthode, est naturellement le plus

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important de tous. C'est celui sur lequel s'est porté tout l'effort de la discussion entre partisans et adversaires des injections massives. Eli bien, qu'est-il ressorti en définitive des innombrables travaux qui ont été publiés sur la question au cours de ces dernières années? Ceci :

j" Que la méthode des injections insolubles est douée d'efïéls thérapeutiques puissants. Ces effets ont été maintes fois constatés par des observateurs éminents, dont l'opinion fait foi, tels que Scarenzio, Smirnoff, Balzer, Watraszewski, Szadek, Lang, Caillot, et tant d'autres. Ils sont indéniables, et personne du reste ne songe à les contester.

2° Que, de plus, ces effets se produisent souvent avec une rapidité remarquable, ce qui est un autre avantage dont certains cas de gravité urgente peuvent être appelés à bénéficier. (( Les éruptions spécifiques, a dit Balzer, cèdent très vite à la suite des injections massives; il suffit souvent de deux injections pour les voir pâlir et disparaître.... Dans un très grand nombre de cas nous les avons vues céder dès la seconde injection ; pour un plus petit nombre, une seule a suffi, etc »

Donc, l'influence curative de la méthode est, je le répète, indiscutable.

C'est fort bien. Mais reste maintenant à juger la question principale. Et, en effet, il ne s'agit pas seulement de savoir si les injections massives sont ou non susceptibles d'une action thérapeutique sur les accidents de la syphilis; il s'agit de déterminer

— tout est là en l'espèce — si celle mélliode fait mieux que lelle ou lelle autre, mieux que toutes les autres, eu uu mot si elle est ou non préférable aux autres modes de traitement en usage contre la maladie. C'est là le problème dont nous poursuivons toujours la solution, ne roul)lions pas.

Or, sur ce point spécial, les affirmations n'ont pas manqué de la part des promoteurs et des fervents de la méthode nouvelle. On s'est même — passezmoi l'expression triviale, mais de circonstance — littéralement emballé sur ladite méthode, dont on a dit monts et merveilles, dont on a exalté les mérites au degré d'une découverte incomparable. Jugez-en au surplus par les quelques échantillons suivants, que je citerai seulement pour que vous ne me taxiez pas d'exagération. « Cette méthode se place au-dessus de toutes les autres au point de ^^aie de la sécurité et de la précision.... » — « C'est une méthode beaucoup plus énergique que les frictions. »

— (( Quarante centigrammes de calomel suffisent au traitement d'une syphilis moyenne (!) ». — « Qualre injections suffisent à remplacer tout l'arsenal des pilules, frictions, liqueurs, suffisent à guérir les accidents en évolution et à prévenir toute récidive (!) »

— (( Il suffit de deux injections pour amener une guérison souvent complète et définitive (! ! !). » — « Deux à quatre injections suffisent pour venir à bout des manifestations les plus graves de la syphilis, n — Etc., etc —

Mais ces déclarations imprudentes, ces hyper-

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boles, dont il était facile a priori de juger la ternerite, rencontrèrent bientôt des contradicteurs nombreux. Lorsqu'à l'enthousiasme , à l'engouement irréfléchi des premiers temps, succéda l'observation calme et impartiale, il fallut en rabattre, et l'on aboutit à constater ces deux faits :

1° Que la méthode des injections massives soit à l'oxyde jaune, soit à l'huile grise, soit même au calomel, est bien loin de posséder toujours l'intensité, l'énergie curàtive qu'on lui avait trop facilement accordée, et que, comme toute autre, elle a ses défaillances, ses échecs, ses cas réfractaires. M.Diday, par exemple, l'a vue échouer « contre des éruptions papuleuses de première poussée ». — M. Besnier en restreint l'action aux syphilides superficielles, et dit que (( les syphilides secondaires néoplasiques (telles que syphilide lenticulaire ou lichénoïde) lui résistent obstinément ». — Neumann déclare que, dans les cas graves, il lui a fallu pratiquer jusqu'à t3 injections, et même que certains cas bénins en ont parfois nécessité le même nombre. Il conclut que la méthode des injections de calomel n'offre aucun avantage sur les autres modes de traitement et même qu'elle est inférieure aux frictions. — Finger, expérimentant sur 39 malades, a obtenu les résultats suivants : 28 fois, curation rapide d'accidents de forme secondaire'^ — 8 fois, récidives après quelques mois; — 8 fois, insuccès. Donc, au total, échec de la méthode dans les 2/5 des cas. — Etc., etc.

2° Et surtout l'expérience a appris ceci : que,

conlrairemenl à son amliitieux programme, la méthode est bien loin de [prévenir les récidives. A la suite des injeclions de toutes sortes on a observé des récidives, voire des récidives rapides, voire des récidives sérieuses (telles que syphilides tuberculeuses, tuberculo-ulcéreuses, rupiformes, accidents de syphilis cérébrale, etc.).

Bref, à l'usage, on a acquis la démonstration que la nouvelle méthode ne vaut guère mieux que les anciennes, et même, au dire de quelques observateurs, c|u'elle vaut beaucoup moins.

Que conclure, au total? En l'espèce, la note juste, exacte, a été donnée par un observateur émérite, impartial, patient, qui a fait une étude longue et approfondie des injections mercurielles, M. Balzer. Cet éminent collègue a dit ceci : « ...La méthode des injections massives n'a pas, ne saurait avoir la supériorité extraordinaire qu'on lui a prêtée, car le mercure est toujours le mercure Elle constitue un simple procédé de mercurialisation, qui produit ce que peut produire le mercure, et rien de plus. » La vérité, je crois, est dans ces termes.

A ce compte, la méthode des injections insolubles serait appelée à prendre place dans la thérapeutique de la syphilis au même titre que tout autre mode de traitement.

IL — Mais voici venir maintenant un autre ordre de considérations qui va complètement changer la

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question de face, à savoir celui des inconvénients et des dangers inhérents à la méthode.

Ces inconvénients, ces dangers, vous allez juger s'ils sont de nature à mériter toute notre attention.

Parlerai-je d'abord de la stomatite? Je passerais volontiers sur ce point (car c'est là un danger banal, commun à tous les modes d'administration du mercure), si quelques imprudents n'avaient tenté d'en exonérer la méthode. Or, à l'usage, on s'est bien vite aperçu de ce que valait une telle assertion. Non seulement les injections massives retentissent sur la bouche , mais elles peuvent y déterminer des accidents intenses, sérieux, graves. On a maintes fois observé de leur fait des stomatites importantes. A ne citer qu'un seul témoignage, Schopf dit avoir observé, à la suite d'injections de calomel, des stomatites d'une violence telle qu'on n'en rencontre presque jamais de semblables même avec les friclions, dont on connaît cependant l'influence ptyalique. — Et comment, d'ailleurs, pourrait-il en être autrement, alors qu'on livre une forte dose de mercure aux éventualités d'une absorption d'activité inconnue, mais pouvant être rapide et intense?

Il y a plus : c'est qu'avec cette méthode des injections massives, on a déterminé plus d'une fois des stomatites suraiguës, extraordinairement inflammatoires, devenant phlegmon euses, gangreneuses, horribles. A preuve un cas cité par Hallopeau, cas dans lequel une injection (à la vérité, un peu forte) d'huile grise fut suivie d'une stomatite effroyable.

qui se compliqiui de glossile, de plilegmon delà joue et de symptômes géuéraux graves. Telle était la tuméfaction de la langue que, pendant toute une nuit, on fut sur le point, la malade étant en état de suffocation imminente, de pratiquer la trachéotomie. Et, finalement, la scène se termina par la mort.

Mais, si la stomatite n'est pas imputable directement à la méthode, voici, en revanche, d'autres accidents dont la responsabilité lui incombe en propre. A savoir :

I. — D'abord, des phénomènes douloureux. — Il n'est pas à le nier, la méthode des injections massives est douloureuse, et douloureuse non pas seulement quant à la transfixion de la peau (qui né fait pas question), mais quant aux sensations consécutives, ultérieures.

J'accorde que souvent, le plus souvent, ces douleurs consécutives sont légères, voire minimes, et C|u'elles se dissipent en général assez rapidement, surtout alors (soit dit au passage) qu'on fait usage de l'huile grise, préparation plus douce et mieux tolérée. Mais il est incontestable qu'en certains cas les injections développent des douleurs moyennes, véritablement pénibles; — que, plus rarement, elles sont suivies de douleurs intenses, pouvant gêner la marche pour plusieurs jours; — qu'exceptionnellement, enfin, on les a vues exciter des douleurs né vralgi formes, irradiant dans tout un membre, et susceptibles d'une durée assez longue.

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Sibiiat a cité deux oliservations où des douleurs de ce genre persistaient encore, peu inlenses il esl vrai, un an après l'injection'.

En second lieu, la méthode comporte un

inconvénient qui en est inséparable. C'est la formalion d'un nodits au foyer de l'injection, sous forme de petite tumeur sous-cutanée ou intra-musculaire. Ce nodus (que je n'ai plus à vous décrire après ce qui précède) est inévitable^ et cela parce qu'il est une conséquence naturelle, forcée, de l'action chimique du mercure sur les tissus et des oblitérations vasculaires symptomatiques de l'inflammation déterminée par la substance même de l'injection (Balzer). — Donc, c'est à prendre ou à laisser; pas d'injection sans nodus, pas moyen de se soustraire au nodus.

A vrai dire, ces nodi sont très variables d'un sujet à un autre : souvent petits, voire assez mi-

I. A titre de cas exceptionnel, je citerai le fait d'une jeune femme chez laquelle deux injections d'huile grise à faible dose déterminèrent l'une et l'autre des crises douloureuses d'une extra- 'ordinaire acuité.

La première, pratiquée avec les plus grands soins et l'antisepsie ia plus rigoureuse par mon ami le docteur Le Pileur, détermina presque séance tenante une crise névralgique atroce dans la fesse et le membre inférieur correspondant. Celte crise dura toute une nuit, pendant laquelle la malade (à la vérité, très nerveuse de nature) fut en proie à une angoisse douloureuse continue, avep exacerbations intermittentes où la souffrance atteignait un apogée non descriptible.

Courageusement, la malade se soumit, ime quinzaine plus tard, à une seconde injection, qui détermina exactement la même scène.

Les deux injections cependant avaient été faites très profondément et en plein tissu musculaire.

nimes parfois pour n'être accessil)les qu'à une exploraLion attentive; — mais quelquefois plus volumineux, comparables alors à une olive, à une eliàtaigne, à une prune; — rarement plus considérables. On en a vu cependant qu'on a assimilés comme proportions à un œuf de poule ou même à une « mandarine ». Dans un cas où l'on fut forcé d'évacuer un de ces nodules par incision et raclage, il resta à la suite de l'opération une cavité « où l'on aurait logé une pomme ».

III. — Si le fait usuel est que ces nodi aboutissent spontanément à résolution, il n'est pas moins possible qu'ils se transforment en abcès.

On a beaucoup discuté sur le degré de fréquence de ces abcès consécutifs aux injections massives. Les uns les présentent comme un résultat qui, sans être commun, ne laisserait pas cependant de se produire de temps à autre; d'autres les disent tout à fait rares, exceptionnels.

La vérité, c'est qu'ils ne sont plus ce qu'ils étaient autrefois. Grâce à toute cette série de perfectionnements dont je vous ai parlé relativement à la technique opératoire, ils sont devenus de plus en plus rares, ils ne constituent plus que ce qu'on peut appeler l'exception.

Mais la vérité, aussi, c'est que, même de nos jours, ils se produisent encore entre toutes les mains et avec tous les procédés. On ne peut s'en tenir sûrement à l'abri. Et cela pour une raison très simple : c'est qu'ils ne résultent pas (nécessairement

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du moins) d'une foute opératoire, d'une défaillance antiseptique. Et, en effet, les abcès qui se produisent en pareille occurrence ne sont pas, ainsi que Balzer l'a très bien établi, des abcès ordinaires, mais bien des abcè^ tout spéciaux, des abcès aseptiques, sans microbes, à pseudo-pus cliocolat, pauvre en leucocytes, etc. Ce sont moins des abcès que des foyers de nécrose liquéfiée. Donc, impossible, même de par l'antisepsie la plus méticuleuse, de conjurer cette éventualité.

C'est là ce qu'a également établi Mazza par une série de curieuses expériences. Injectant à des chiens tantôt du calomel stérilisé et tantôt un mélange de calomel et de staphylocoques en activité, il a toujours obtenu, dans l'un et l'autre cas, des « formations purulentes » Donc, les staphylocoques ne sont en rien indispensables à la production de l'abcès.

Au total, l'abcès ou le pseudo-abcès (c'est tout un pour le clinicien) qui résulte de l'injection mercurielle dérive d'une nécrose déterminée in situ par le composé mercuriel, et d'une nécrose inévitable., puisqu'elle est la conséquence même de la pénétration dans les tissus de cette substance étrangère. C'est là ce dont il importe, pour juger la méthode, d'être bien convaincu.

IV. — Voilà pour les inconvénients locaux de la méthode, et vous voyez qu'ils sont bien de nature

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