‹ Traitement de la syphilisChapitre 56 sur 92 · I. Arch. f. Dermat. mid sypli., Heft a · texte numérisé non relu

I. Arch. f. Dermat. mid sypli., Heft a

à entrer en ligne de comple dans les éléments du procès que nous débattons. Mais ce n'est pas tout. Car il y a pis que cela, car il est des accidents bien autrement graves qui peuvent résulter des injections massives. Ce sont les suivants.

Je ne parlerai que pour mémoire de quelques accidents à' infarctus pulmonaires qu'on a cru pouvoir rapporter à un processus embolique à la suite d'injections ayant introduit dans une veine des poussières mercurielles^ Ce sont là, d'une part, des cas exceptionnels ; et, d'autre part, un danger de cet ordre pourra toujours être écarté par une bonne technique opératoire.

Mais ce qu'il n'est pas possible d'éviter avec les injections massives (au moins faites d'après le programme précédent) et ce qui s'est déjà produit plus d'une fois, c'est un ensemble de symptômes constituant un véritable empoisonnement mercuriel aigu . Ces symptômes, je n'ai pas à en tracer ici un tableau complet; je ne ferai que les énoncer sommairement. Ce sont :

D'une part, des troubles gastro-intestinaux : vomissements; — coliques vives; — selles liquides, diarrlîéiques, fétides, sanguinolentes, constituant ce qu'on a appelé la dysenterie mercurielle et rappelant tout à fait ce que Balzer, dans ses expé-

I. Lewin disait récemment, à la Société de médecine de Berlin, qu'on avait observé cinq fois des emhoUes pulmonaires et deux fois la mort subite à la suite d'injections d'huile grise. (V. Mercredi médical, 20 juillet 1892.)

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riences sur les animaux, a décrit sous le nom de colite hémorrhagique;

D'autre part, des symptômes rénaux : albuminurie plus ou moins intense et anurie.

Et, enfin, symptômes généraux graves : affaissement, collapsus, adynamie ; — chute de la température; — sueurs froides; — palpitations, défliillances, angoisses, etc.

Cet ensemble clinique a pris parfois des formes assez alarmantes pour qu'on se soit empressé d'évacuer le foyer toxique, c'est-à-dire le dépôt mercuriel d'où procédait l'empoisonnement. Plusieurs fois, de la sorte, on a pratiqué des aspirations dans la nodosité consécutive à l'injection, et même, l'aspiration restant insuffisante, on a largement incisé les téguments, la couche cellulo-adipeuse, l'aponévrose et le muscle, pour aller à la recherche du foyer, l'ouvrir, le racler, le dét«rger, etc., en un mot pour essayer d'éliminer tout le poison. Léser, entre autres, a dû fiiire deux fois cette opération.

C'est qu'en eflet, il y a plus que sujet à inquiétudes en pareille situation. Plusieurs fois on a vu la scène risquer de tourner au tragique; on l'a vue même se terminer par la mort, oui par la mort, entendez-le bien.

Kaposi, Hallopeau, Lukasiewicz et Lewin ont observé plusieurs cas de mort par injections d'huile grise.

Smirnoff, Runeberg, Kraus,Ducastel,ont observé des cas de mort par injections de calomel.

Vogeler dit avoir réuni dix cas de mort par injeclions mercurielies

Avec l'addiLion de deux autres qui sont à ma connaissance mais qui n'ont pas été publiés, cela constituerait un total actuel d'une douzaine de cas mortels dont serait responsable la pratique des injections massives.

Eh bien, devant de tels résultats, il serait superflu, je crois, d'insister. En toute évidence la perspective de sem])lables catastrophes suffit à juger la méthode, à la condamner, à l'exchire.

Ah ! si ladite méthode était unique en son genre, ou bien si elle réalisait ce dont aucune autre n'est capable, je m'y résignerais encore faute de mieux, en m'entourant, bien entendu, de toutes les précautions possibles-, et, raisonnant à son sujet comme à propos du chloroforme dont chacun connaît les dangers, je dirais : En dépit des dangers qu'elle comporte, force nous sera bien de nous y résoudre en certains cas extrêmes, piiisqu elle guérit^ tandis que les autres procédés ne guérissent pas. Mais, précisément, c'est que telle n'est pas la situation, loin de là ! Ce que fait cette méthode, d'autres peuvent le faire, et aussi bien, et à l'abri de tels dangers. Donc, nous ne sommes en rien autorisés (sauf indications spéciales et tout à fait exceptionnelles) à exposer nos malades à de telles éventualités.

I. Ziir. Behandlung der Syphilis mit subcutanen Calomel injectionea [Berliner Klin. Wocli.^ 1890). Aaal. dans \e& Annales de dcrmat. et de sjp/t., 1891, p. 267.

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Voilà 32 ans que je traite des syphilitiques, et, si j'ai pu n'en pas guérir un certain nombre, du moins n'ai-je pas sur la conscience la douleur d'en . avoir tué un seul par le fait de ma médication. Comment aurais-je donc le droit de souscrire à un traitement qui, dans l'espace de quelques années, a fait une douzaine de victimes?

D'ailleurs, ne vous semble-t-il pas, comme à moi, que la méthode se juge d'elle-même rien que par son principe, et cela à deux points de vue?

I. — Que fait-on, en somme, alors qu'on pratique mie injection massive? On introduit dans l'organisme une dose relativement considérable d'un sel mercuriel insoluble, sans avoir la possibilité ci en régler la solubilisation et i absorption.

Cette dose une fois injectée, que va-t-il se produire? Combien de mercure sera-t-il absorbé du coup, le premier jour par exemple? On n'en sait rien. — Combien en sera-t-il absorbé les jours suivants? On n'en sait rien. — L'absorption se fera-t-elle lentement, méthodiquement, par doses régulièrement fractionnées, comme on l'espère en principe? Ou bien s'exercera-t-elle rapidement, par gros acomptes initiaux, etc.? On n'en sait rien. — Ou bien encore, le mercure injecté ne pourrat-il pas s'entourer d'un infiltrat inflammatoire, s'enkyster, s'encapsuler, auquel cas il resterait inerte? — De tout cela, je le répète, nous n'avons rien à préjuger. Tout cela se passera au gré de

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condilions qui ne dépendent pas de nous et que nous ne saurions régler, modérer, gouverner. Tout . cela est livré au hasard, ou, comme on dit vulgairement, « au petit bonheur ».

Positivement — vous me passerez celte boutade fantaisiste — c'est comme si l'on disait à l'organisme : « Nous te confions aujourd'hui ta provision de mercure pour quinze jours. Règle là-dessus ta ration quotidienne. Ne va pas abuser de la situation en consommateur affamé, car il pourrait t'en arriver malheur, mais tire-toi de là comme tu pourras. »

En langage plus sérieux, mais équivalent, entreposer une forte dose de mercure dans les tissus vivants, c'est la livrer aux hasards de réactions chimiques inconnues, indéterminées, indéterminables, de réactions chimiques qui peuvent en activer comme en entraver l'absorption, qui peuvent varier suivant les régions, les individus, voire, sur le même individu, d'après des conditions de pur hasard. Deux témoignages à ce dernier propos.

D'abord, ce n'est pas toujours une première injection qui détermine des accidents graves; c'est parfois une seconde, alors que les effets de la première semblaient épuisés, périmés. Pourquoi cela? Mystère.

D'autre part, on a vu plusieurs fois des accidents subits se produire à la suite d'un heurt, d'une pression, d'un coup sur le foyer de l'injection, sans doute parce que ce léger traumatisme avait eu pour effet de rompre la poche mercurielle enkystée

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cl d'en disséminer le contenu. Une oi^servation de M. le D"' Augagnenr est très curieuse à cet égard. Un homme, qui avait reçu deux injections de mercure métallique, était sujet à des accès de stomatite ulcéreuse sous l'influence de chocs sur la fesse. Un jour, il tomba sur la fesse, et cette chute devint l'occasion d'une stomatite grave, grave même à ce point qu'on dut aller à la recherche du foyer pour l'évacuer et qu'on fut amené à enlever une bonne partie du grand fessier'.

Donc, au total, on ne sait pas, on ne peut savoir ce qu'on s'expose à produire alors qu'on injecte dans l'organisme une dose massive de mercure, ce qu'on appelle une dose de réserve, d'approvisionnement.

Approvisionner ainsi, soi-disant, lin malade pour un certain temps, c'est là une pratique aueiigle.

II. — En second lieu, c'est là une pratique qui, à l'inverse de tout autre mode de traitement, enlève au médecin la possibilité de régler la médication, de la suspendre quand besoin est, en un mot d'en être et d'en rester maître.

Avec toute méthode thérapeutique, avec les pilules, la liqueur de Van Swieten, les frictions, voire avec les injections solubles, on a la faculté de ne pas dépasser la dose qui paraît nuire à un moment donné. Les pilules, je suppose, font mal aujourd'hui; eh bien, je les supprime, et le dom-

r. Lyon médical, 1890, t. 63, p. 455.

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mage ne va pas plus loin. Dix-neuf fois sur vingt, on arrête ainsi les effets d'un traitement qui commence à devenir nuisible. Tandis qu'une fois la forte dose de mercure introduite dans le muscle de mon malade, je ne puis que contempler les accidents, s'il s'en produit. Les contenir, les refréner, impossible.

On nous dit bien à la vérité qu'une soupape de sûreté reste encore à notre disposition. C'est d'aller à la recherche du foyer mercuriel pour l'évacuer et d'enlever ainsi le corps même du délit. — Merci bien de la proposition ! Au nom de mes malades, je réponds qu'il ne leur plaît pas, qu'il ne saurait leur plaire de se faire ainsi entailler le grand fessier. Cette « soupape de sûreté )) n'est pas de leur goût, car c!estune opération véritable, souvent diflîcultueuse, une opération à faire avec le chloroforme, une opération qui, en dépit de l'antisepsie, peut avoir ses risques et qui, certes, a pour le moins le tort d'être fort inopportune, puisqu'on a moyen de ne pas y exposer les malades.

En résumé, méthode aveugle, parce qu'on ne sait pas ce qu'elle fournit à l'absorption; — méthode non dirigeable, parce que le médecin n'en tient pas la clef en main, parce qu'il n'a pas les moyens de la régler et de la maîtriser; — méthode exposant, comme conséquences, à des inconvénients, voire à des dangers sérieux; — tel est le traitement par injections massives.

INJECTIONS MERCUUIELLES INSOLUBLES.

C'est donc là, à tous égards, un traitement que nous nous garderons de proposer à nos malades.

Est-ce à dire cependant que cette méthode ne soit absolument bonne à rien, c{u'il n'y ait rien d'utile à en tirer, qu'il faille la proscrire, la reléguer hors du cadre thérapeutique? Non. Car, ne l'oublions pas, elle est susceptible d'effets puissants. Elle peut donc trouver ses indications. Je lui en vois deux immédiatement, à savoir : les cas où, tout autre traitement ayant échoué, elle constitue une ressource suprême; — et ceux où il conviendrait, comme dans un cas de syphilis cérébrale très grave, de frapper un grand coup à brève échéance. — Peut-être encore certaines manifestations malignes seraient-elles appelées à en bénéficier. L'expérience seule nous renseignera sur ces divers points.

Conservons-la donc à titre de méthode d exception.

Mais, en ce c{ui nous concerne pour l'instant (car n'oublions pas que nous sommes toujours à la recherche d'une méthode thérapeutique applicable au traitement de la syphilis en général), nous pouvons être absolus et dire en toute assurance : Non, la pratique des injections massives n'est pas ce qui convient. Pour toutes les raisons susdites, elle ne saurait être agréée en tant que méthode usuelle, courante, en tant que traitement de longue haleine à proposer à nos malades. A ce titre, ce serait la pire méthode à choisir.

Avait-on compromis la fortune des injections insolubles par des exagérations de doses, c'est-à-dire par ces doses véritablement « massives » auxquelles on avait eu recours? Ainsi l'ont pensé sans doute certains de nos confrères, qui ont essayé, ces dernières années, d'utiliser d'autre facondes composés insolubles du mercure.

Les uns, fidèles au principe de la méthode « d'approvisionnement ou de réserve », ont prescrit des injections insolubles à doses moins élevées et à intervalles moins distants (tous les 7 jours, tous les 5 jours, tous les 3 jours, etc.). C'était encore là, en principe, la méthode de Scarenzio, mais ce n'était plus que l'ombre de cette méthode comme application'.

Les autres, dans une direction d'esprit toute

I. On a expérimenté de la sorte et de celte façon atténuée le calomel, l'oxyde jaune, l'huile grise et, plus particulièrement, le salicylate, le benzoate, le thymol-acétate de mercure, etc.

M. le D' Barthélémy (note inédite, qu'il a eu l'obligeance de me communiquer) a mis en usage dans son service de Saint-Lazare les injections de thymol-acétate, préparées de la façon suivante : un gramme de ce sel trituré à sec et incorporé à lo grammes d'huile d'olive pure, stérilisée à 120°. — « La dose de celte préparation correspond donc à 10 centigrammes de sel mercuriel par seringue de Pravaz. — On injecte seulement une demi-seringue {cinq centigrammes), et cela tous les huit jours. La dose de 10 centigrammes n'est qu'une dose d'exception, car elle est susceptible d'offenser la bouche. — Avec une antisepsie rigoureuse, les injections de ce sel sont généralement bien tolérées, non douloureuses

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difïereiite, ont expérimenté les composés insolubles à la façon des composés solubles, en les donnant sous forme d'injections à petites doses, répétées quotidiennement.

Qu'est-il résulté de ces nouveaux essais?

C'est d'abord (ceci était facile à prévoir) qu'à ces doses atténuées les composés insolubles sontinfniiment mieux tolérés qu'à doses élevées et surtout à doses massives ; — qu'ils restent indemnes de dangers locaux ; — qu'ils ne déterminent pas ces réactions violentes sur la bouche, sur l'intestin, sur tout l'organisme, qu'on a maintes fois observées comme conséquences de la méthode « de réserve », de si déplorable renom.

En second lieu, c'est que ces composés insolubles réalisent des effets thérapeutiques non douteux, parfois même remarquables, sur les accidents actuels de la diathèse. — Comment, d'ailleurs,

ou faiblement douloureuses. Jusqu'à ce jour je ne les ai pas vues déterminer d'abcès, mais elles produisent assez souvent des indurations dans le muscle fessier, indurations variables du volume d'une cerise à celui d'un œuf de pigeon. Il est rare que ces nodi soient assez douloureux pour empêcher la marche. Dans la plupart des cas les malades peu-vent, en dépit de ces infiltrations, continuer à marcher, à se promener, à remplir leurs occupations habituelles. — Comme degré d'intensité thérapeutique, cette injection hebdomadaire de 5 centigrammes de thymol-acétate m'a paru correspondre à ce que pourrait produire une dose quotidienne de 6 à 7 centigrammes de protoiodure.... Je crois ce sel particulièrement actif contre les manifestations de la période secondaire ; toutefois je l'ai déjà mis en usage deux fois et avec succès contre des syphilides tertiaires de forme phagédénique (phagédénisme de la lèvre inférieure ; phagédénisme de la lèvre supérieure et de l'aile droite du nez).... Au total, je crois cette médication efficace et pratique. «

pourrait-il en être autrement, puisque (je répèle incessamment la même chose, mais j'y suis bien forcé) c'est toujours le mercure que, sous une forme ou sous une autre, à telle dose ou à telle aulre, on introduit dans l'organisme?

Mais quelle action d'ensemble et d'avenir ce mode de traitement exerce-t-il sur la maladie? Cela, nous l'ignorons encore et ne sommes en droit d'en rien préjuger. La méthode est trop jeune pour avoir fait ses preuves.

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