MÉTHODE PAR INGESTION
J'arrive enfin à la méthode qui consiste à faire ingérer le mercure par l'estomac et qui est dite méthode par ingestion^ ou bien encore méthode buccale, méthode stomacale.
Celle-ci, je puis l'appeler par avance la grande, la véritable méthode de traitement de la syphilis. En tout cas, c'est la méthode usuelle, courante, celle qui, de vieille date, a ralhé — et continuera à l'allier, soyez-en sûrs — les suffrages de la grande majorité des praticiens.
Tout d'abord, pourquoi la préférence généralement accordée à cette méthode? Est-ce en raison d'une de ces supériorités thérapeutiques qui s'im-
MÉTHOnK PAR INGESTION.
posent sans souffrir de parallèle? Non. Est-ce parce que ladite méthode se montre exempte des inconvénients et des dangers inhérents à d'autres systèmes? Non. Est-ce parce qu'elle constitue un procédé facile, commode et sûr à la fois, pratique en un mot? Oui.
Des inconvénients, des dangers même, certes elle en comporte. Vous savez comme moi qu'elle expose à tous les accidents de la mercurialisation, qu'elle est susceptible en particulier d'irriter les gencives, d'offenser le système digestif, de troubler la nutrition, etc. Mais ce que vous savez aussi, c'est qu'il y a moyen de parer à ces dangers et de les conjurer, sinon toujours, au moins pour l'énorme majorité des cas. Et comment? tout simplement, par une direction médicale attentive, vigilante, qui aboutit à faire bénéficier le malade des avantages de la médication en le tenant à l'abri des préjudices qu'il en pourrait encourir. D'ailleurs, jugez-en par ce que vous voyez ici. Est-ce que, parmi les innombrables malades traités de la sorte dans nos services, il en est beaucoup qui soient alfectés de stomatite, qui perdent l'appétit, qui maigrissent, qui sou firent et se plaignent de leur traitement? Quelques-uns de temps à autre en éprouvent bien certains dommages, mais dommages réparables, éphémères et sans importance, pour peu qu'on intervienne à temps. Au total, la tolérance du traitement s'établit presque toujours; ce n'est là qu'af-
faire de surveillance, de mesure et de sagesse thérapeutique.
Et, d'autre part, ce qui compense plus que largement ces quelques griefs imputables à la méthode par mgestion, c'est que cette méthode est exempte de certains inconvénients, de certains dangers inhérents à d'autres procédés, ou tout au moins qu'elle ne les comporte pas au môme degré. Ainsi, elle expose bien moins à la stomatite que ne le font les frictions; et, de plus, ainsi que nous l'avons établi précédemment, la stomatite à laquelle elle aboutit parfois est bien moins aiguë, moins rapide, moins générale d'emblée, et, au total, infiniment moins redoutable que celle des frictions. De même, . comparée à la méthode des injections, elle épargne aux malades les douleurs et les accidents locaux presque inséparables de cette dernière.
Mais inutile, au surplus, d'insister davantage, car ce n'est pas sur des considérations de cet ordre que s est établie et affirmée la préférence des médecins pour la méthode par ingestion. La raison de cette préférence est tout autre, et la voici : c'est que cette méthode est pratique, pratique au sens précis et complet du mot, c'est-à-dire facile, commode^ non moins que sûre comme résultats.
Et, en elFet, quoi de plus simple que ceci : avaler chaque jour une ou deux pilules, une ou deux cuillerées d'une solution, d'un sirop, d'une préparation mercurielle quelconque? Cela n'est ni une gène, ni un embarras; cela se fait en un instant;
MÉTHODE PAU liSGESTION.
cela n'exige ni assistance, ni appareil, ni quoi que ce soit.
Comparez cette idéale simplicité à la pratique des frictions ou à celle des injections. Avec la première, assujettissement biquotidien à la friction du soir et au déaraissaee du matin. Avec la seconde, visite quotidienne chez un médecin. Que de temps perdu ! Quel ennui, quelle importunité !
Supposons l'un de nous affecté de syphilis et a3-ant le choix entre ces trois méthodes. A laquelle (sauf indication particulière) donnerait-il la préférence? Quant à moi, je déclare que je n'aurais pas l'ombre d'une hésitation, et que je considérerais la méthode stomacale comme une atténuation à l'ennui de mon traitement, comme une véritable grâce en ma disgrâce. Je me dirais : « Eh bien, avec cette méthode, il sera bien possible que j'éprouve de temps à autre une certaine fluxion gingivale ou de légers accidents intestinaux qui me forceront à interrompre le traitement pour quelques jours ; mais voilà tout. Du moins, avec cette méthode, n'aurai-je à m'occuper de mon traitement C[u'une minute par jour, et ne serai-je pas distrait de mes occupations. Tandis qu'avec les frictions j'aurais le cauchemar A^espérin et matinal d'un graissage et d'un dégraissage qui me demanderaient une bonne heure par jour; — tandis qu'avec les injections je subirais l'importunité quotidienne de me déranger et d'aller déranger un de mes collègues pour le prier de me faire ma piqûre; sans compter qu'un
beau jour je pourrais bien être alité parla douleur ou les suites d'une piqûre. Donc, puisque j'ai la liberté du eboix, je fais cboix de la méthode stomacale qui est un allégement à mon épreuve. »
Ainsi raisonnerais-je pour mon propre compte ; — et vous tous, Messieurs, sans nul doute, avec moi. Ainsi, de même, convient-il de raisonner pour nos malades, en faisant élection pour eux du mode de traitement le plus compatible avec leurs occupations, leurs convenances, leurs obligations sociales et professionnelles, c'est-à-dire du traitement le plus simple, le plus commode, et surtout (c'est là son avantage capital en l'espèce) le plus pratique.
En tout état de cause il importe, pour faire accepter des malades un traitement quelconque, de choisir le procédé thérapeutique qui leur sera le moins incommode, le moins gênant, le moins importun. Mais c'est pour la syphilis plus que pour toute autre maladie que ce précepte est de circonstance et qu'il s'impose comme règle. Car ne perdez jamais de vue ces deux considérations : r que la syphilis est une maladie qui exige, pour guérir, un long, un très long traitement; — et 2" qu'elle doit être traitée non pas seulement au cours de ses stades d'activité patente, mais aussi dans leurs intervalles et bien au delà, alors qu'elle n'existe plus qu'à l'état de diathèse latente.
Or, comment espérer qu'un malade consentira à se traiter aussi longtemps et surtout à se traiter