MÉTHODE PAU INGESTION
alors qu'il se croira guéri, si vous lui infligez un traitement difficile, importun, vexatoire, dont il aura hâte d'être délivré ? Vous n'obtiendrez, vous ne parviendrez à obtenir de lui la docilité et la persévérance nécessaires à sa guérison que si vous réalisez à son usage un programme précisément inverse, c'est-à-dire si vous lui proposez un traitement facile, commode, simple, tolérable.
Aussi bien, voyez de quel côté s'est tournée la faveur publique. Prenez au hasard cent malades syphilitiques déjà traités, et demandez-leur comment ils ont été traités. Je gage bien que, sur ce nombre, vous en trouverez quatre-vingt-quinze pour qui l'on aura fait choix de la méthode par ingestion. Cela est significatif.
N'allez pas toutefois exagérer ma pensée. Ne croyez pas que je vienne vous dire : a C'est la méthode par ingestion qui mérite vos préférences, et, conséquemment, c'est elle que toujours, dans tous les cas, dans toutes les situations que peut réahser la syphilis, vous aurez à prescrire ».
Bien loin de là ! Rappelez- vous tout au contraire ce que je n'ai cessé de vous répéter, à savoir : qu'il n'y a rien, qu'il ne saurait y avoir rien d'absolu dans le choix d'une méthode thérapeutique, et que toujours ce choix doit être subordonné aux indications individuelles, indications relevant du malade et de la maladie, indications naturellement des plus variables.
Et, pour mieux vous couvaînere encore que ma prétention n'est pas de vous inféoder à la méthode en question, je tiens dès ce moment à spécifier qu'elle souffre, comme toute autre, des contre-indications. Ainsi, comme exemples, il y aura lieu de lui substituer tout autre procédé thérapeutique dans les diverses éventualités suivantes, qui ne laissent pas d'être communes en pratique :
i" Alors qu'on aura affiire à un sujet affecté d'un état morbide préalable des voies digeslives (gastralgie, dyspepsie, gastrite, dilatation d'estomac, entérite, etc.) ou présentant une intolérance idiosyncrasique de ce système par rapport au mercure ;
2° Alors qu'on aura affaire à un malade en état de débilitation cachectique, ne se rattachant plus à la vie que par un reste de puissance digestive. Et, en effet, ne serait-ce pas un non-sens que d'introduire du mercure dans un estomac qui ne tolère plus qu'à grand' peine quelques aliments légers et choisis?
3" Dans tous les cas où il y aura indication a laisser libres les voies digestives en faveur d'autres remèdes jugés opportuns;
4° Et, de même encore, dans tous les cas où un danger pressant, urgent, rend nécessaire une mercurialisation rapide, presque instantanée.
Mais, à cela près de ces indications et de quelques autres que j'aurai à vous signaler en temps et lieu, c'est la méthode par ingestion qui, vraiment et sans contradiction possible, s'impose au choix