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5. Composition : Sirop dépuratif de Larrey (salsepareille, sureau, squine, gaïac, sassafras, séné, bourrache), 5oo gr. — bichlorure de mercure, hydrochlorate d'ammoniaque et extrait aqueux d'opium, 5a 25 centigrammes ; — liqueur d'Hoiïmann, 2 grammes.— Dose : ao à 60 grammes, quotidiennement.
syphililiques (i83i). Mais, ])icn cerlainement, c'est à Ricord qu'il a dû sa haute fortune.
Les pilules de Ricard^ connues du monde entier, ont la formule suivante :
Protoiodiire d'bydrargyre .... 3 "grammes
Extrait thébaïquc ï —
Tbridace 3
Conserve de roses 6
Pour soixante pilules.
Chacune de ces pilules contient donc cinq centigrammes de protoiodure.
Sublimé et protoiodure, voilà deux excellents remèdes à notre disposition. Lequel allons-nous choisir?
Eh bien, si vous m'en croyez, nous n'établirons pas de choix entre eux, car nous avons mieux à faire que cela. C'est de nous servir de l'un et de l'autre en n'obéissant qu'aux indications individuelles et particulières qui pourront, dans un cas donné, nous faire préférer l'un à l'autre.
J'entends souvent tel ou tel de mes confrères me dire : « Décidément, moi, je n'emploie plus que le protoiodure; c'est un bon remède », ou bien inversement : « Je ne puis abandonner le vieux sublimé, c'est un agent parfait ». Eh bien, ces préférences exclusives sont absolument contraires au véritable esprit médical, lequel ne peut avoir pour règle que d'adapter, d'approprier à un malade et cà une situation pathologique le remède qui, empi-
PROTOIODUnE ET SUBLIMÉ.
riquement, conviendra le mieux à l'un et à l'autre.
Inspirons-nous de cet esprit, et, au lieu de faire élection par principe, par prédilection à priori^ de l'un ou l'autre de ces deux agents, voyons quels ils sont, quels avantages et quels inconvénients chacun d'eux comporte, à quelles indications chacun d'eux semble plus spécialement répondre.
Pour procéder méthodiquement à ce parallèle, nous pouvons en ranger les éléments sous trois chefs, à savoir : action exercée sur la bouche; — action exercée sur le système gastro-intestinal; — effets curatifs.
I. — Au point de vue de l'action exercée sur la bouche (que nous appellerons abréviativement action ptyaliquê)^ une différence marquée sépare le protoiodure du sublimé.
Le protoiodure est un irritant pour la bouche, cela n'est pas à nier. Il est « ptyalique », comme on dit.
Le sublimé affecte bien moins les gencives. Vous trouverez même écrit qu'il « ne les affecte jamais », ce qui est une erreur. La vérité, c'est qu'à doses faibles ou moyennes il reste inoffensif pour la bouche; mais c'est aussi qu'à doses plus élevées il exerce sur elle l'action de tous les composés mercuriels. Seulement, comme on n'est pas obligé d'atteindre ces dernières, au moins le plus souvent, pour obtenir le résultat thérapeutique qu'on a en vue, il suit de là, au total, qu'à doses curatives le sublimé ne
TnAITKMENT DR LA SYPHILIS.
détermine que rarement des symptômes d'inflammation buccale. — Et vous concevez tout aussitôt quel parti nous pouvons tirer, en certaines circonstances, de cette immunité relative de la bouche vis-à-vis du sublimé.
Tout au contraire, je le répète et j'insiste sur ce point, le protoiodure est ce qu'on peut appeler un remède ptyalique. Cela, il faut bien le savoir et s'en souvenir toujours, afin de ne pas se laisser surprendre en pratique par les accidents buccaux qui peuvent résulter de ce remède.
Sans nul doute, le protoiodure est moins ptyalique que le calomel et surtout que le calomel à doses réfractées ; il est moins ptyalique aussi que les frictions mercurielles et d'une façon bien moins dangereuse, comme nous l'avons établi précédemment. Mais il l'est à sa façon, dans sa mesure; et c'est là le grief principal qui peut lui être opposé, car, à tous autres égards, il constitue vraiment un excellent remède.
Au surplus, précisons. La précision est de rigueur avec un remède comme celui-ci, d'usage courant, journalier.
A quelle dose est-il ptyalique?
Tout d'abord, mettons hors de cause ce qu'on appelle les idiosyncrasies. Ainsi, il est certains sujets dont la bouche ne tolère pas le protoiodure à doses curatives; c'est là une exception des plus rares, mais c'est là un fait bien £i;^ithentique. Et, inversement, il en est d'autres qui le tolèrent je
pnoTOiODunE iît sublimé.
dirai presque à toutes doses. J'ai vu nomlire de malades n'avoir en rien la bouche offensée par des doses quotidiennes de j5, 20 et 25 centigrammes. Dernièrement, un de mes anciens élèves, maintenant praticien distingué, le D"^ Barthélémy, me disait qu'un de ses malades avait supporté des doses quotidiennes de i5 centigrammes pour la première semaine, de 3o centigrammes pour la seconde, de 45 centigrammes pour la troisième,, et cela sans accidents buccaux. Une toute jeune femme (dont je vous ai déjà parlé) a pris en un seul jour 34 pilules de Ricord, et en a été quitte pour une simple fluxion gingivale , sans stomatite véritable. — Mais ce ne sont là que des exceptions, des curiosités; n'en parlons pas, et occupons-nous seulement des faits d'ordre commun.
I. — Relativement au degré de tolérance buccale pour le protoiodure, notons d'abord un point majeur, à savoir : qu'il existe, à cet égard, une grande inégalité d'un sexe à l'autre.
Incontestablement, la bouche de la femme supporte bien moins le protoiodure que la bouche de l'homme. Et cela est d'autant plus inattendu que, d'une part, la femme a généralement la bouche mieux tenue que l'homme, la bouche en meilleur état comme gencives, comme dents, et c|ue, d'autre part, elle est presque toujours exempte d'une cause intense d'irritation buccale extrêmement commune chez l'homme (usage et surtout abus du tabac).
TRAITEMENT DE l.A SYPHILIS.
II. — \in second lieu, quel est, dans l'un et l'autre sexe, le taux usuel de tolérance buccale pour le protoiodure?
A. — l^our l'homme, on peut dire ceci :
1° Une dose quotidienne de cinq centigrammes reste, sauf exceptions très rares, absolument inoffensive pour la bouche.
2° Très communément aussi, une dose quotidienne de 7 à 8 centigrammes n'exerce aucune action nocive.
3° Huit ou neuf fois sur dix, une dose de lo centigrammes (deux pilules de Ricord) est tolérée sans dommage, à la condition d'un bon état préalable de la bouche, d'une hygiène buccale bien entendue au cours du traitement, et de quelques interruptions momentanées, alors que les gencives semblent en imminence de fluxion.
4° Il n'est pas rare que, pour un certain temps (une quinzaine, par exemple), des doses supérieures (i2, i5 centigrammes, voire 20 centigrammes en quelques cas) soient acceptées sans réaction buccale.
Si bien, au total, qu'o/i peut considérer une dose quotidienne de 10 centigrammes de protoiodure comme la dose moyenne de tolérance buccale chez Thomme^ réserves toujours faites pour les susceptibilités individuelles.
B. — Chez la femme, la tolérance buccale est notablement inférieure. Ainsi, pour elle :
[° Une dose quotidienne de 5 centigrammes
pnoTOiODuniî iît sublimé.
reste le plus souvent sans influence sur les gencives. Cela est, dirai-je, d'évidence journalière. Car, journellement, vous me voyez ici inaugurer le traitement à cette dose (une pilule de Ricord), et cette dose, pour la très grande majorité des cas, ne réagit pas sur la bouche.
2° Mais déjà, en l'espèce, les exceptions à ce qu'on peut appeler la règle ou le fait courant, deviennent moins rares que chez l'homme. Ainsi, de temps à autre, entendons-nous quelques-unes de nos malades, même pour cette dose minime de 5 centigrammes, se plaindre de la bouche. Et alors, nous constatons sur elles, non pas une stomatite (le mot serait excessif), mais une certaine tension, une fluxion légère du bord gingival, quelquefois avec ébauche de décollement rétro-molaire. — Il n'est pas rare non plus que, dans les cas de cet ordre, nous ne constations rien d'objectivement appréciable, et c'est même là un point sur lequel, incidemment, je dois appeler votre attention. Chez certaines femmes, l'influence mercurielle ne se traduit sur la bouche que par un état névralgique^ une sorte à' éréthisme douloureux du système dentaire, sans lésions manifestes. J'ai sous les yeux depuis quelques mois un exemple du genre. Une de mes clientes de la ville éprouve, pour une simple dose quotidienne de 5 centigrammes de protoiodure, une véritable odontalgie presque généralisée, une irritation, ce un agacement de toutes les dents », comme elle le dit. Fort inquiète de ce
symplôme, car elle est très coquette de ses dents qui sont du reste des plus belles, elle est venue, plus de vingt fois me faire examiner sa bouche qu'invariablement j'ai trouvée dans un état d'intégrité absolue.
Ce n'est pas tout. Il n'est pas très rare de voir cette dose de 5 centigrammes déterminer chez la femme, non pas à coup sûr des stomatites généralisées, mais des stomatites circonscrites, partielles, d'intensité ou légère ou presque moyenne. Veuillez, comme spécimens, vous rappeler deux cas de cet ordre qui se sont présentés à nous ces derniers mois. Deux jeunes femmes (que nous traitions à la consultation — soit dit à notre décharge — et qui conséquemment n'étaient pas surveillées quant à leur état buccal) nous sont arrivées ici avec des stomatites vraies, et cela pour des doses quotidiennes de 5 centigrammes de protoiodure. A la vérité, l'une et l'autre étaient petites, chétives, maigres et de faible poids, ce qui n'est peut-être pas sans importance en l'espèce, puisque, d'après les physiologistes, la considération de poids, la considération de kilogrammes d'être vivant doit entrer en ligne de compte pour l'appropriation d'une dose à l'individu. — Des faits de ce genre, en tout cas, sont éminemment instructifs, car ils démontrent qu'il est toujours essentiel de surveiller la bouche des malades, quelle que soit la dose de mercure administrée.
3" La tolérance moyenne de la bouche pour le
PROTOIODURE ET SUBLIMÉ.
protoiodiire s'arrête, chez lu femme, aux environs de 7 à 8 centigrammes.
4° Au delà de cette dose, l'intolérance devient le fait habituel. 11 est peu de femmes dont la bouche supporte sans irritation une dose de ro centigrammes (deux pilules de Ricord). Presque toujours à celte dose la stomatite est imminente, et elle ne manque guère de se produire si l'on insiste sur le traitement.
xi coup sûr, nous parvenons bien quelquefois, quand besoin est, à faire accepter cette dose, voire à la dépasser; mais comment? D'abord à force d'hygiène et de surveillance buccale; — puis et surtout en ne maintenant le traitement à ce taux élevé que pour un temps, quelques jours par exemple; — ou bien en procédant par séries alternes de stades de traitement et de stades de repos: — enfin, bien entendu, en suspendant la médication dès la moindre alerte.
Résumons-nous en disant :
1° Tolérance buccale pour le mercure bien moindre chez la femme que chez l'homme.
2° Tolérance moyenne pour le protoiodure pouvant être évaluée, comme doses quotidiennes :
Chez l'homme, à 10 centigrammes.
Chez la femme, à 7 ou 8 centigrammes.