‹ Traitement de la syphilisChapitre 63 sur 92 · FORMES PHARMACEUTIQUES · texte numérisé non relu

FORMES PHARMACEUTIQUES

Au surplus, elle n'a rien de fixe, bien entendu, et rien n'empêche d'y élever ou d'y abaisser la dose de l'opium proportionnellement au degré de la tolérance individuelle.

Et même, puisque l'opium ne joue en l'espèce aucun rôle curatif, quel avantage y aurait-il à l'associer indéfiniment au mercure pour toute la durée du traitement mercuriel? Qu'on le prescrive au début pour assurer la tolérance, rien de mieux. Mais, la tolérance assurée, il n'est plus qu'inutile, sinon nuisible même. Je le supprime pour ma part dès que je crois n'en avoir plus besoin, quitte à le reprendre si l'indication s'en impose à nouveau.

Simple détail de pratique, mais détail d'importance majeure. Quand vous prescrirez des pilules mercurielles, recommandez toujours à vos -malades de n'accepter de leur pharmacien que des pilules de consistance molle. Pourquoi? Parce que les pilules dures risquent de ne pas être absorbées, c'est-à-dire d'être rendues telles qu'on les a prises. De cela j'ai eu la preuve — et la preuve matérielle — plus d'une fois.

C'est qu'en effet dans certaines pharmacies ou plutôt dans certaines drogueries à bon marché, on fabrique à l'avance et par milliers des pilules de Dupuytren et des pilules de Ricord, qu'on laisse ensuite vieillir dans les bocaux en attendant la vente. Or, ces pilules, dès qu'elles sont un peu anciennes, durcissent singulièrement; à la longue

38ci TRAITEMENT DE LA. SYPHILIS.

elles deviennent cornées, dures comme du bois, comme des noyaux de cerises; l'ongle ne les entame plus, et elles rebondissent comme des grains métalliques quand on les jette sur le parquet. Elles seraient bonnes à constituer des projectiles. Jugez si, dans cet état, elles se prêtent à l'absorption!

Et il est si simple de conserver à ces pilules une mollesse convenable ! Il suffit pour cela que le pharmacien ait la précaution d'y ajouter une petite dose

de glycérine.

Que de fois n'ai-je pas vu, dans ma pratique de ville, les résultats d'un traitement mercuriel se modifier presque d'un jour à l'autre par le seul fait de la substitution de pilules convenables à des pilules peu dignes de ce nom! Voici, pour votre édification, le dernier cas de cet ordre qui s'est présenté à

moi

Un tout jeune homme (17 ans) vient me consulter pour une syphilide papuleuse confluente et quelques autres accidents secondaires. Je lui prescris une pilule de protoiodure à 5 centigrammes quotidiennement. — Quinze jours après, nul effet. Je double la dose en dépit de l'âge, tout prêt à battre en retraite au moindre incident. — Dix jours plus tard, encore nul effet, ni thérapeutique, m même physiologique. Je demande alors à examiner les pilules dont fait usage mon client, et je les trouve tellement dures qu'elles auraient pu sans grand désavantage être comparées à des plombs de chasse. Je prescris alors à nouveau les mêmes pilules.

QUAND nONNEU L15 MERCURE?

mais avec recommandation expresse de ne les accepter que si elles sont de consistance absolument molle. Dix jours après, rétrocession déjà notable, puis guérison rapide de l'exanthème.

XLin

Quand et dans quelles conditions administrer l'un ou l'autre de ces remèdes?

La coutume est de les faire prendre le soir, au coucher, quelques heures après le dernier repas, ou bien matin et soir, quand on les donne en deux doses. Mauvaise pratique, je crois. De par expérience, le mercure est bien mieux toléré par l'estomac quand il est ingéré avant les repas et immédiatement avant. Quelquefois même, alors qu'il y a un peu d'intolérance gastrique, on se trouve bien de le donner au cours du repas.

Pour ma part, voici ce à quoi j'ai abouti, après avoir essayé de tous les procédés : Quand le malade n'est qu'à la dose d'une pilule, je lui conseille de la prendre avant le repas principal, soit le diner du soir. — Quand il est à la dose de deux pilules par jour, je lui prescris'de les prendre à intervalles aussi distancés que possible, c'est-à-dire l'une avant le petit déjeuner du matin, et l'autre avant le dîner du soir.

Quelque minime que soit la dose prescrite, il y a souvent avantage à la fractionner, quand on a

afl^ire à des estomacs délicats. Telle femme, par exemple, qui ne supporte pas ou supporte mal une pilule de 5 centigrammes de protoiodure, pourra la tolérer parfaitement si on a soin de lui foire diviser cette pilule en deux .moitiés, dont l'une sera prise le matin et l'autre au dîner.

J'arrive enfin à la question la plus importante,

celle des closes.

Je commence par affirmer qu'en général le mercure n'est pas administré à sa dose vraie, à sa dose efficace. Le plus souvent on se tient au-dessous de cette dose. Positivement, on a peur de lui, et cela pour le malade sans doute, mais un peu aussi pour le médecin.

Comment savez-vous cela? me direz-vous. Je le sais de par les témoignages de mes malades, de par les ordonnances qu'ils m'apportent et que j'ai toujours la curiosité de lire, de par les conversations que j'ai eues avec quelques pharmaciens de mes amis, etc. Que d'exemples, sur ce point, n'aurais-je pas à vous citer, et des plus probants!

C'est ainsi que nombre de malades soi-disant traités n'ont jamais été soumis en réalité qu'cà des médications insuffisantes, faibles, timides, inertes, forcément frappées d'impuissance, sans même par-

DOSES

1er (le ceux qui n'ont eu jamais qu'un simulacre de traitement.

Et je n'exagère pas. A preuve les quelques cas suivants.

Il y a quelques semaines, il m'est arrivé d'être consulté par un jeune homme de 28 ans, grand et solide gaillard, qui se croyait affecté d'une « maladie de peau ». Grand fut son étonnement lorsque je lui déclarai que cette maladie de peau n'était rien autre qu'une syphilide tuberculeuse, a C'est impossible, monsieur le docteur, me dit-il; j'ai bien eu la syphilis, c'est vrai; mais je dois en être guéri, j'en suis sûrement guéri, car j'ai été traité et bien traité; voyez mes ordonnances. »

Or, que résultait-il de ces oi'donnances? Qu'en effet il avait été traité, pendant huit à neuf mois, par le protoiodure, mais à quelles doses? Aux doses quotidiennes de 3 à 5 centigrammes; jamais plus ! Eh bien, est-ce que de telles doses constituaient un traitement pour un sujet de cet âge, de cette force, de cette taille, de ce poids? Qu'en pouvait-on attendre en tant qu'effet préventif, si ce li'est ce qui s'est produit? A parler net, donc, ce malade n'avait jamais été traité.

Eh bien, cette histoire, sachez-le, est celle de 1.) malades sur 20, approximativement. Oui, je n'hésite pas aie dire, i5 malades sur 20, dans la pratique de ville, ne reçoivent que des traitements de ce genre, à doses absolument timides et forcément inactives en tant que sauvegarde d'avenir.

FouHNinn. — Traitement de la Syphilis. a 5

TRAITRMENT DE I.\ SYPHILIS.

Et il y a plus. C'est que parfois le mercure n'est prescrit qu'à doses infimes, véritablement dérisoires, comme vous allez en juger.

Une de mes premières clientes dans la pratique médicale fut une dame espagnole affectée d'une énorme sypbilide serpigineuse dont le début remontait à trois ans. Or, vous ne devineriez jamais à quel traitement cette malade était soumise depuis ce temps. On lui donnait chaque jour un milligramme de sublimé, et jamais elle n'avait dépassé cette dose! Aussi bien, lorsque je lui proposai de lui administrer une dose vingt fois supérieure pour le moins, prit-elle peur — en raison sans doute de mes cheveux blonds.... à cette époque — et me pria-t-elle de mander M. Ricord en consultation, ce que j'acceptai de tout cœur, comme bien vous pensez. M. Ricord confirma ma prescription, et le résultat fut que cette dame guérit en quelques

semaines. ^ .

Troisième exemple. — L'année dernière,] ai reçu la visite d'un malade de province, âgé d'une quarantaine d'années, grand et vigoureux, qui venait me consulter au sujet d'une sypbilide ulcéreuse. D'après l'ordonnance qu'il me présenta, il était soumis depuis deux mois à un traitement par le sublimé, mais à quelle dose! « Vingt-cinq mdlicrammes de sublimé divisés en 4o pilules », dont il prenait une seule par jour; c'est-à-dire que sa ration quotidienne de sublimé était de six dixmilligrammes K,ooo6); c'est-à-dire qu'elle était

DOSES

environ cinquante fois inférieure à la dose qui aurait pu lui être utile!

Et voilà ce qu'on appelle parfois la « syphilis traitée », et ce qu'on ferait mieux, en vérité, d'appeler la syphilis abandonnée à l'expectation sous le masque d'un traitement inerte.

C'est de telles erreurs, Messieurs, qu'il convient de nous garder pour le plus grand bien de nos malades, en faisant pour le mercure ce qu'on fait pour tout remède, c'est-à-dire en le prescrivant à sa dose, à sa dose véritablement efficace, utile, nécessaire au double point de vue de l'action curative et préventive. Eh bien, cette dose, quelle est-elle donc?

Il est toujours bien délicat de répondre à une question de ce genre. Car, on l'a dit très justement, en fait de doses médicamenteuses, la seule bonne est celle qui guérit, quelle qu'elle soit d'ailleurs. Or, cette dose qui guérit est naturellement très variable, variable suivant les malades, variable suivant les symptômes, variable suivant des conditions multiples et complexes.

Toutefois, pour le mercure comme pour tout remède, il est ce qu'on peut appeler la dose moyenne, à savoir la dose qui, sans convenir à tout le monde, convient au plus grand nombre. Eh bien " parlons de celle-là d'abord, toutes réserves faites pour les amendements divers qu'il peut être indispensable de lui faire subir.

TnAITKMENT Dlî LA SYPHILIS.

I. En ce qui concerne le sublimé, la dose efficace moyenne peut être évaluée (approximativement) comme il suit :

Trois centigrammes (par jour) pour un homme adulte, de constitution moyenne-, •

Deux centigrammes (par jour) pour une femme dans les mêmes conditions-,

n Pour le protoiodure, cette même dose etlicace moyenne semble bien être (toujours approximativement) :

Pour un homme adulte, de lo à 1 2 centigrammes

(par jour); ,

Pour une femme, de 7 à 8 centigrammes (par

iour).

C'est à de telles doses, je crois, qu'il convient en Général de prescrire ces deux grands agents de a médication mercurielle pour en obtenir des résultats sérieux, et cela soit comme eCTets curatifs actuels, soit surtout (ce qui est plus essentiel encore), comme elfets préventifs, comme sauvegarde d avenir.

Voilà pour la dose moyenne. - Mais la dose moyenne n'est pas toujours, nous le savons de reste, la dose efficace. Celle-ci est bien autrement complexe en tant qu'éléments propres a la modifier, et peut même varier dans des proportions vraiment considérables. Ce serait par trop m écarter de mon sujet que d'étudier ici les conditions multiples qui réagissent sur elle en un sens ou un autre.

DOSE DU SVMPTÔMK.

Laissez-moi seulement, à titre de spécimens, vous en signaler deux principales, relevant l'une de la qualité du symptôme à combattre, et l'autre de la qualité de la personne, du malade à traiter.

Il y a, en effet, ce que vous me permettrez d'appeler la dose du symptôme et la dose du malade. Je m'explique.

I- — Dose du symptôme. — Toutes les manifestations de la syphilis ne sont pas également influencées par une même dose de mercure ou d'un composé mercuriel quelconque. Il en est qu'une dose minime suffît à juger, à effacer tout aussitôt. Il en est qui, pour disparaître, exigent déjà une dose notablement supérieure. Il en est qui ne rétrocèdent que devant des doses infiniment plus fortes.

Prenons deux cas extrêmes, pour que l'opposition soit plus frappante. La roséole se dissipe facilement sous l'influence du protoiodure, à la dose quotidienne, par exemple, d'une pilule de Ricord. Et, niversement, administrer (comme je l'ai vu faire plus d'une fois) une pilule de Ricord par jour contre des accidents de syphilis cérébrale équivaut à une expectation déguisée; mercurialiser k cette dose un malade affecté d'accidents cérébraux, c'est, à parler net, le laisser sans traitement.

Il y a plus. Des lésions d'un même système organique, soit du système cutané pris comme exemple, ne sont pas toutes également justiciables d'une même dose mercurielle.

Amsi, c'est un fait d'expérience que des syphi-

TnAlTEMKNT DR LA. SYPHILIS.

licles disséminées, généralisées, ûèdent à des doses mercnrielles qui restent absolument insuffisantes devant des syphilides circonscrites, cantonnées sur un point, « régionales », comme nous les appelons.

De même, certaines déterminations cutanées se montrent tout particulièrement rebelles. Comme type du genre je citerai certaines formes de dermatose palmaire qui, sous le nom très impropre de psoriasis palmaire, font souvent invasion à une étape tardive de la diatbèse, c'est-à-dire à 8, lo, 12 ans de date au delà du début de l'infection. Ce sont là, de l'aveu de tous, des formes extrêmement tenaces, tout à fait réfractaires, qui ne disparaissent qu'au prix d'une intervention exceptionnellement énergique du traitement mercuriel.

Et de même pour tant d'autres exemples que j'aurais à produire. En sorte, vous le voyez, que certaines manifestations de la sypbilis ont leurs doses à elles, leurs doses spéciales. Il y a donc, en posologie spécifique, la dose du symptôme.

n. Dose du malade. — C'est un fait commun à tous les médicaments de ne pas agir également à doses égales sur tous les sujets. Le mercure ne se dérobe pas à cette règle. Mais besoin est de spécifier, dans le cas particulier, qu'il peut y avoir d'un sujet à un autre, relativement à la dose mercurielle eflicace, des écarts vraiment inattendus, considérables, impossil)les à prévoir et que l'expérience seule vient révéler.

Ainsi, très positivement, il est des sujets sur les-

quels agissent seules des doses raercurielles que ne tolérerait pas la grande généralité de nos malades. Exemple du genre, que je recommande à votre attention.

Je donne mes soins, depuis quelques années, à une jeune femme pour une seule et même espèce d'accidents spécifiques, à savoir une syphilide papulo-tuberculeuse du menton et des lèvres, à recrudescences ou récidives presque incessantes. J'ai longtemps lutté et avec un insuccès absolu contre cette syphilide, jusqu'à ce que, empiriquement", j'aie fini par découvrir la dose médicamenteuse qui convient à cette malade. Or, cette dose, c'est 5 à 6 centigrammes de sublimé quotidiennement. Audessous, effet nul; à ce taux, guérison. Et cette dose, absolument considérable, est plus considérable encore relativement, car — notez bien ceci — la malade en question est une jeune femme, plutôt petite que grande, plutôt faible que forte, délicate, lymphatique, maigre, etc. Que d'hommes vigoureux ne toléreraient pas six pilules cleBupuytre/i par j'our^ et cela pour plusieurs semaines ! Eh Inen, cette dose exceptionnelle, la jx.tite malade en question la tolère, et la tolère sans accidents, sans irritation gingivale, sans diarrhée, sans troubles gastriques. Pourquoi? Parce que c'est là sa dose personnelle, sa dose à elle^ c'est-à-dire, au total, la dose qui lui convient. Cela, elle le sait, elle s'en rend compte. Si bien qu'il y a quelques mois, ayant été reprise en Angleterre d'un nouvel assaut

de sa sypbilide, elle s'est administré de sa propre inspiration le môme traitement, à la même dose, et elle a guéri.

Cette dose individuelle, cette dose du malade^ ne saurait, bien entendu, être préjugée. Elle ne ressort jamais que de l'empirisme; elle n'est jamais non plus déterminable, quant à son degré propre, que par les résultats de l'observation.

lODURE DE POTASSIUM.

Des deux grands remèdes dont nous sommes armés contre la sypbilis, l'un nous est connu par ce qui précède. Le second s'impose actuellement à notre étude.

Celui-ci, vous l'avez nommé à l'avance, c'est

l'iODURE DE POTASSIUM.

Deux noms doivent être placés en vedette de ce paragraphe et salués avec reconnaissance :

Celui de Wallace (de Dublin), qui le premier expérimenta l'iodure de potassium contre la syphilis et en signala l'action énergique contre cette maladie. C'est en i836 (date à ne pas oublier) qu'il publia dans la Lancette anglaise ses premiers résultats sur l'application de ce nouvel agent.

Et celui de Ricord, qui s'empara de ce remède, l'étudia plus à fond, et eut le mérite d'en recon-

IODUHE DE POTASSIUM.

naître l'appropriation plus particulière à une catégorie spéciale d'accidenls syphilitiques, ceux de la pi'îriode tertiaire. C'est Ricord, on peut le dire, qui, par ses expériences, par son enseignement, par son autorité, a vulgarisé, popularisé ce remède parmi nous.

Depuis lors, l'iodure est resté dans la thérapeutique de la syphilis, et il y est resté à l'état d'agent incontesté. Plus heureux, cent fois plus heureux que le mercure, il n'a pas eu à connaître ces contradictions multiples, ces oppositions formidahles, ces haines féroces, qu'a subies ce dernier.

Quel est-il ? Chacun le connaît. C'est un sel solide., blanc, cristallisant en gros cubes, inodore, à saveur piquante et désagréable. Il est très soluble dans l'eau, moins soluble dans l'alcool.

Il est merveilleusement fait pour l'absorption et la dispersion dans l'organisme. Et, en effet, ingéré par la bouche, il apparaît rapidement dans l'urine, au bout de vingt minutes environ.

Relativement à la rapidité avec laquelle il est absorbé, puis éliminé de l'organisme, de très curieuses expériences ont été pratiquées sur un sujet affecté d'exstrophie vésicale*. Sur l'individu en question les uretères venaient s'ouvrira l'extérieur, environ trois pouces au-dessus du pubis; en sorte qu'on avait toute facilité pour recueillir l'urine au moment

I. Mcdico-chlrin-gical Transactions^ Londres, 1867, t. xxxii.

rHAITEMENT DU LA SYPHILIS.

môme où elle se présentait par gouttelettes à l'orifice iiretérique. Or, en recueillant l'urine de la sorte, on y a constaté la présence de l'iodure aux échéances que voici :

Après ingestion par l'estomac. i5 i5 minutes.

Après simple dépôt sur la langue. . . i/( m. et demie. Après injection dans le tissu cellulaii e. . 20 m. et demie. Après injection dans le rectum ^3 minutes.

Ajoutez que, d'autre part, l'imprégnation de l'économie par l'iodure ne tarde pas à devenir générale. On a constaté chimiquement la présence de ce sel dans toutes les sécrétions, notamment dans la salive, la bile, les larmes, le lait, voire jusque dans l'urine d'enfants allaités par des nourrices soumises au traitement ioduré.

L'iodure, vous le voyez, a donc toutes les qualités d'un remède facilement absorbable et rapidement diffusible.

A parler immédiatement de ce qui nous intéresse le plus, de ce que nous avons surtout intérêt à savoir, l'iodure est un remède doué d'une action antisyphilitique des plus puissantes.

Sans la moindre exagération on peut dire que c'est un remède merveilleux, réalisant presque des miracles.

Et, en effet, administré contre un certain ordre d'accidents syphilitiques, à savoir les accidents d'ordre tertiaire, il les amende, les atténue, les résout presque toujours avec une intensité d'action

lODURIÎ DU l'OTASSIU.M.

tliérapeuUque et une rapidité vraiment extraordinaires.

C'est merveille, par exemple, de le voir soulager presque instantanément, puis dissiper à brève échéance certains phénomènes douloureux, tels que les névralgies spécifiques ou les douleurs parfois si aiguës, si atroces, de certaines exostoses. — J'ai dans mes notes l'histoire d'un malade qui, affecté d'une exostose tibiale effroyablement douloureuse, n'avait pas dormi depuis quinze nuits. Le premier jour où on lui administra l'iodure, il eut quelque repos; il dormit absolument bien la seconde nuit.

C'est merveille encore de le voir exercer son action résolutive et curative sur les lésions eommeuses de la période tertiaire, sur les syphilomes gommeux de la peau ou des muqueuses, notamment sur les syphilomes du voile palatin et de l'arrièregorge.

C'est merveille de le voir, résoudre les exostoses, les hyperostoses, les lésions tertiaires de la langue, les lésions tertiaires des muscles, les infiltrations viscérales, etc.

C'est à lui cjue sont dues tant et tant de ces guérisons extraordinaires, confinant presque au prodige, dont témoignent une foule d'observations insérées dans nos annales ou que conservent en souvenir les praticiens pour les servir à l'ébahissement de leurs confrères; — observations, par exemple, relatives soit à des phagédénismes qui

scmblaienl devoir s'éterniser, puis qui ont guéri comme par enchantement dès qu'on les a soumis à cet héroïque remède; — soit à d'affreux hipus ou soi-disant lupus, cédant en quelques semaines à l'iodure; — soit à des cas plus incroyables encore de malades plongés dans le coma, semblant toucher à la mort, et revenant, de par l'iodure, à la connaissance et à la vie ; — soit même à des guérisons de sujets cachectiques, de pseudo-phthisiques, semblant avoir déjà un pied dans la tombe, et, pour ainsi dire, ressuscités par l'iodure, etc.

Que de faits de cet ordre n'aurais-je pas à produire! Entre mille, laissez-moi vous citer le suivant.

En 1873 entrait à Lourcine une jeune femme affectée de l'effroyable phagédénisme du pied que vous voyez reproduit sur cette pièce'. En outre, cette femme était pâle, affaiblie, émaciée, prostrée; bref, elle offrait l'habitus d'un dépérissement avancé, voisin du marasme. Et, comme, d'autre part, elle portait à l'un des sommets thoraciques une grande caverne, je la considérai tout à la fois comme une syphilitique et comme une phthisique dont les jours étaient comptés. Personne, je l'affirme, ne lui eût donné plus de quelques semaines à vivre. Par acquit de conscience, bien plutôt qu'avec l'espérance du moindre résultat thérapeutique, je lui prescrivis l'iodure, aidé de quelques frictions mercurielles. Or, quelle ne fut pas ma stupéfaction

I. Pièce n° iSx; Musée de Saint-Louis, Collection particulière de l'auteur.

lODURK UE POTASSIUM.

de voir tout à coup cette femme renaître, se ranimer, se modifier, se transformer, se métamorphoser littéralement, reprendre appétit, manger, engraisser, tandis que, parallèlement, ses deux lésions du poumon et du pied évoluaient d'une façon rapide vers la guérison! Bientôt il devint évident que je m'étais trompé, absolument trompé sur l'une de ces lésions, et que la prétendue phthisie tuberculeuse n'était rien autre qu'une phthisie syphilitique. Bref, quatre mois plus tard, cette moribonde était devenue une femme grosse et grasse, absolument bien portante, ayant repris ses forces et sa santé d'autrefois; et finalement, au lieu de quitter l'hôpital, suivant nos prévisions premières, par la petite porte de l'amphithéâtre, elle en sortit par la grande, en état florissant '.

Eh bien, ce n'est pas tout. Car l'iodure fait encore mieux que cela ; il fait quelque chose de plus extraordinaire pour nous médecins, quelque chose que ne réalise aucun autre remède, à savoir : Il résout, il fond des tumeurs. Il résout, il fond des testicules gros comme le poing et durs comme du bois. Il résout, il fond des tumeurs de tout siège, dans le tissu cellulaire aussi bien que dans les parenchymes viscéraux, et des tumeurs de tout volume, depuis celui d'une noisette jusqu'à celui

I. J'ai relaie tout au long devant l'Académie l'histoire de ce cas extraordinaire. — V. Phagédénisma tertiaire du pied; phthisie syphilitique simulant la phthisie commune; traitement spécifique; guérison. Union médicale, 1878.

d'une orange, d'une lèle de fœtus, et au delà'!

Et cette incroyable, cette merveilleuse action curative, notez bien ceci, messieurs, il ne la doit qu'à lui seul. C'est en tant qu'iodure qu'il agit de la sorte, et non pas — comme on l'a prétendu — grâce à l'assistance du (( mercure exhumé ». Je m'explique et profite de l'occasion qui m'est offerte pour faire justice à ce propos d'une hérésie. On a dit : « Oui, sans doute, l'iodure agit merveilleusement sur les accidents tertiaires, mais ce n'est pas en tant qu'iodure, ce n'est pas par ses forces propres. Il agit en reprenant le mercure préalablement déposé dans les tissus, en le dissolvant et en le rendant à la circulation. Ce qu'il semble faire, c'est le mercure devenu libre, le mercure exhumé^ qui le fait en réalité ». Eh bien, cette singulière doctrine ne tient pas devant l'observation clinique, et cela pour la très simple raison que l'iodure exerce la plénitude de son action antisyphilitique alors même qu'il n'a pas été précédé d'un traitement mercuriel. C'est par milliers que l'on compterait les cas où il a guéri des accidents spécifiques graves sur des sujets qui n'avaient jamais absorbé un atome de mercure.

I. Je pourrais ajouter : « Et l'iodure fait cela à toiita période de la syphilis, jusqu'à des termes éloignes, très éloignés du début de la maladie ». Comme exemple, je rappellerai un l'ait que j'ai publié jadis, relatif à une énorme gomme snrvenne chiquante-cinq ans A^pi-bs le début de l'infection, et guérie par l'iodure on six semaines! (Société méd. deshôp., Union médicale, 1870).

lODUHE DE POTASSIUSl.

C'est donc, de par lui seul, un antisypliililique puissant.

Ajoutez, d'autre part, qu'il produit ces résultats curatifs sans offense pour l'état général. Il respecte la santé. A cela près de quelques. troubles dont nous parlerons dans un instant, il est généralement bien toléré par l'économie. Il excite même l'appétit et active la nutrition.

On peut donc à double titre, au point de vue de son action spéciale sur la maladie comme de son action sur l'organisme, le dire un remède parfait. Vous voyez que je ne lui ménage pas les éloges, et j'ai besoin de vous le faire remarquer pour que vous ne m'accusiez pas tout à l'heure de partialité, voire d'hostilité contre lui.

C'est qu'en effet il est un revers à la médaille. Ce grand remède n'est pas sans comporter des désagréments, des inconvénients, voire des dangers. Il en comporte même tant et de telle nature que ce n'est pas trop de ses éclatants états de service pour contre-balancer les griefs qu'on a pu formuler contre lui.

De quoi donc .peut-il être coupable? Cela, je dois vous en parler en détail, et pour deux raisons: d'abord, parce qu'il convient de connaître à fond ce que peut produire un remède d'usage aussi commun, et, en second lieu, parce que certains symptômes qui en dérivent exposent à des erreurs diagnostiques des plus inattendues et des plus re-

gretlal)les, comme vous pourrez en juger l)ienlùt.

Très multiples et très variés sont les accidents qui peuvent résulter de l'iodure, les accidents « iodo-potassiques )), comme on les appelle quelquefois.

Force est donc de les classer suivant une certaine méthode pour un exposé didactique. Généralement on les décrit par appareils, par systèmes. Je préfère suivre un plan tout autre, en les catégorisant par fréquence relative; ce qui aura l'avantage, me semble-t-il, de les mettre en scène à leur point, si je puis ainsi parler, c'est-à-dire suivant leur ordre d'intérêt clinique.

En procédant de la sorte, on aboutit tout naturellement à les distribuer en trois groupes : les uns d'ordre très commun, très habituel, courant; — les seconds déjà beaucoup plus rares; — les troisièmes tout à fait exceptionnels et véritablement idiosyncrasiques.

I. — Ceux qui composent le premier groupe ne sauraient être taxés du terme d'accidents ; mieux vaut les appeler les désagrémeiits de l'iodure.

Ils sont au nombre de trois : la saveur iodurique ; — le coryza; — et l'acné.

i" La saveur iodurique n'est qu'un petit ennui. Elle consiste en ceci : une sorte de a mauvais goût » que les malades soumis à l'iodure conservent assidûment dans la bouche. C'est, disent-ils, une saveur « comme salée » ou bien « comme métallique ».

lODUUE DE POTASSIUM.

Elle est siuMout accentuée le malin, au réveil. — Les femmes sont particulièrement sensibles à ce désagrément, d'autant qu'elles se figurent, et à tort, que la saveur qui les importune est perceptible pour autrui sous forme de a mauvaise haleine ».

2° Le coryza est le symptôme le plus habituel qui résulte de l'ingestion de l'iodure. Il est même habituel à ce point qu'on pourrait presque le qualifier de constant. Bien peu de sujets y échappent. C'est là un fait banal, connu de tous, voire des gens du monde qui vous diront « qu'on ne peut prendre d'iodure sans être enrhumé du cerveau )).

Ce coryza, en effet, n'est rien autre qu'un rhume de cerveau vulgaire. Comme celui-ci, il se caractérise par de l'enchifrènement avec sensation d'obstruction nasale, du flux nasal, des éternuemenls, un malaise local avec irradiations douloureuses vers les sinus frontaux, du mal de tête, etc.

Il est plus ou moins accentué suivant les sujets : très léger chez les privilégiés ; — moyen sur la plupart; — intense sur quelques-uns, au point que certains malades, les premiers jours du traitement, ne cessent de se moucher et d'éternuer, et que le flux nasal est suffisant à mouiller plusieurs mouchoirs dans la journée.

- Ce flux nasal n'est pas identique à celui du coryza vulgaire. Il est bien plus séreux, moins catarrhopurulenf. Dans les premiers temps surtout, il n'est constitué que par une sorte de pituite grisâtre, très fluide, non liée, mouillant le mouchoir sans le lâcher

FouRNiER. — Traitement de la Syp/ii/is. . aO

en javine, el s'échappanL quelquefois subitement du nez en gouttelettes aqueuses que le malade n'a pas le temps de retenir.

Il est variable comme durée. Quelquefois il disparaît ou s'apaise tout au moins en quelques jours. D'autres fois il persiste tout le temps que le malade continue l'iodure, mais en s'atténuant, en perdant l'éréthisme aigu des premiers jours.

Dans ses formes légères, ce n'est qu'un désagrément. Dans ses formes plus intenses, c'est une nicommodité réelle, exactement comparable à ce qu'est un fort rhume de cerveau.

3° — Conséquence également très habituelle

de l'iodure.

Ce qu'on appelle l'acné iodique consiste en lésions éruptives qui rappellent exactement comme physionomie l'acné pustuleuse vulgaire, sous forme de petits boutons rouges à sommet pustuleux.

Chacun de ces boutons est constitué par une papule rouge, -inflammatoire, ronde de contour, f\iisant une légère saillie, et surmontée à son centre d'une pustulette jaunâtre ou jaune, qui crève et s'encroûte.

Ce bouton acnéiforme est variable comme miportance : le plus souvent petit, tout au plus légèrement supérieur comme volume à une tête d'épuigle- assez souvent aussi, un peu plus gros et comparable à une moitié de pois; - q^relquefois plus volumineux, plus renflé, et analogue alors a un petit furoncle.

ACNÉ lODIQUE.

Ce que produit l'iodure, ce n'est pas, comme on le dit, une éruption d'acné, mais seulement un nombre restreint de boutons acnéiques. On en trouve, par exemple, trois, quatre, six à un moment donné, rarement davantage. Mais le désagrément, c'est que cette germination d'acné s'entretient, se renouvelle. Chacun de ces boutons, après une durée de quelques jours, se dessèche, se flétrit et dispar<aît. Mais d'autres surgissent, puis d'autres encore, et ainsi de suite. — Il est vrai qu'en général ils deviennent moins abondants à mesure que le traitement se prolonge.

Mais, d'autre part, ce qui contribue à les rendre importuns par excellence, c'est leur prédilection pour le visage. C'est au visage qu'ils se portent le plus souvent, à savoir sur le nez, le front, lesjoues. Plus rarement ils affectent le cou, le tronc, les membres.

Ces deux sjanptômes usuels de l'iodure, acné et coryza, sont essentiellement sujets à récidives. Ils se reproduisent fatalement au cours de plusieurs cures iodurées, soit chronologiquement voisines, soit espacées. Si bien que les malades qui ont fait un apprentissage du remède savent parfaitement ce à quoi ils doivent s'attendre dès qu'ils reprennent l'iodure. Ils s'annoncent, ils vous annoncent ce qui va leur arriver. « C'est de l'iodure que vous m'ordonnez encore, me disait ces temps derniers un de mes malades; eh bien, je vais avoir une johe figure dans quelques jours, avec un nez bourgeonnant et

coulant ! « Facile propliélie, qui, en effet, s'est réalisée de tous points.

II. — Le second groupe comprend des accidents d'ordre plus rare, mais qui ne laissent pas de se rencontrer de temps à autre.

Celui-ci est beaucoup plus complexe que le premier. Qu'y trouvons-nous?

D'abord, les deux accidents que nous venons d'étudier en dernier lieu, mais exagérés, amplifiés, à savoir :

1° Un coryza vraiment formidable, avec flux nasal surabondant, incessant, coulant goutte a gOLitte -, — tuméfiction nasale ; — rougeur et endolorissement des narines; — éternuements à toute ininute; — bouffissure rosée et presque rouge des paupières ; — céphalalgie violente, etc., etc.

Ce coryza est tel en quelques circonstances qu'il devient un supplice et que les malades éprouvés de la sorte une fois ou deux se refusent à jamais reprendre de l'iodure. J'ai dans mes intimes un sujet tellement sensible à ce remède que, dès la première cuillerée, il est alfecté d'un coryza de cet ordre, et cela en quelques heures. Trois fois il a tenté l'épreuve, et trois fois la même scène s'est identiquement reproduite. Aussi « pour rien au monde il ne consentirait plus à avaler une goutte de cet abominable remède » .

2° De même il est des cas où, au heu de quelques boutons clairsemés, il se produit une véritable

GItlIM'K

rODIQUIÎ

éruption acnéiqiie, à papulo-pusLules multiples, volLimincuses, pisiformes, inflammatoires, furoncnloïdes, etc. , qui déshonorent le visage. Inutile de dire si les malades dont la face bourgeonne de la sorte s'empressent de délaisser un traitement qui les défigure, les affiche, les « compromet ».

3° Vient en troisième lieu ce que nous appelons la grippe iodique. C'est un ensemble d'accidents fluxionnaires se produisant d'une façon suraiguë et rappelant très positivement l'invasion grippale.

La scène est vraiment extraordinaire, et il faut que je vous l'expose en détail, car il est important que vous la connaissiez pour vous tenir en garde contre les erreurs diagnostiques auxquelles elle peut donner lieu.

Vous avez, je suppose, prescrit de l'iodure à un de vos clients aujourd'hui même. Eh bien, cette nuit ou demain matin, il se peut qu'on vienne vous mander en toute hâte, et vous trouverez votre m-ilade dans un état affreux, à savoir : couché, anxieux, agité, en proie à une angoisse véri table, se plaignant d'un mal de tête des plus violents, respirant avec difficulté, et surtout méconnaissable de physionomie, c'est-à-dire avec un visage bouffi, rouge, vultueux, des paupières œdémateuses, le nez gonflé et quasi-érysipélateux, etc.

11 m'est bien arrivé une dizaine de fois dans ma vie de praticien d'être réveillé la nuit pour des cas de cet ordre. On venait me chercher en me disant :

« Accourez vite, nous ne savons pas ce qu'a votre client. Hier il était très bien portant, il a dîné comme de coutume; et voilà que, cette nuit, il a été pris d'un mal étrange; il ne respire plus, il est tout rouge, tout gonflé; nous croyons qu'il a un érysipèle, etc. ». Qu'était cela?Tout simplement une grippe iodique, succédant à une première prise d'iodure de potassium.

Mais détaillons la scène, analysons-la dans ses multiples et divers symptômes.

Ce qu'on constate au premier coup d'œil est ceci : Bouffissure œdémateuse et rosée du visage ; — paupières gonflées, œdémateuses, avec sufTusion rosée ; quelquefois même (mais rarement) occlusion complète des yeux par œdème palpébral ; — conjonctive rosée, sub-œdémateuse ; — nez rouge, tuméfié en masse; — narines érytliémateuses.

Si bien qu'au premier aspect on a l'impression (momentanée pour le moins) soit d'un érysipèle, soit d'un début d'eczéma aigu ou d'une urticaire œdémateuse. — Mais poursuivons.

D'autre part, tous symptômes d'un coryza suraigu : obstruction nasale, flux nasal abondant, éternuements, larmoiement, etc.).

Puis, troubles généraux : état fébrile, avec malaise intense; agitation continue; insomnie; et surtout céphalalgie atroce, avec sensation de plénitude crânienne, d'élancements, de dilacéralion. Le malade vous dit que (( sa tête va éclater, que son crâne va se fendre », etc.

GlUPPK lOfDIQUE.

Quelquefois encore s'ajoiUent au lal^leau les phénomènes suivants :

Mal aise, plutôt que douleur, vers la gorge qui est rouge, tuméfiée, avec ou sans œdème de la luette ; — raucité de la voix, due sans doute à uneconeestion semblable du larynx; — dyspnée, anxiété respiratoire, résultant aussi en toute vraisemblance d'une congestion analogue des bronches.

Telle est la scène, rappelant assez bien, comme vous le voyez, l'invasion grippale, et la rappelant à double titre : i" par la nature des déterminations locales : coryza, larmoiement, mal de gorge, enrouement, dyspnée; — i° par les symptômes généraux : fièvre, abattement, malaise extraordinaire, céphalalgie intense, anxiété nerveuse, agitation, etc. De là le nom de grippe iodique donné à cet ensemble de phénomènes.

Comme évolution, deux , points à noter : d'une part, ces divers symptômes se manifestent d'une façon presque soudaine, pour atteindre leur apogée en quelques heures; — d'autre part, ils n'ont qu'une courte durée, à la façon de la plupart des intoxications aiguës, de l'ivresse par exemple. C'est un feu de paille qui, d'emblée, fait grand éclat, mais pour tomber et s'éteindre à courte échéance. Dès le lendemain, en effet, tout cet ensemble morbide presque alarmant s'est considérablement amendé ; le troisième ou le quatrième jour, tout est fini.

C'est donc là (sauf addition possible, mais très rare, de certaines complications laryngo-pulmo-

TnAITEMENT DR LA SYPHILIS.

naires dont nous aurons à parler bientôt) un état pathologique sans gravité, sous l'apparence de symptômes graves. Mais toujours est-il que ces symptômes constituent une passe vraiment cruelle pour le patient et alarmante pour son. entourage.

Quand le médecin a la clef d'une telle situation, nul embarras. Il sait qu'il a donné de l'iodure la veille à son malade ; il voit que les phénomènes ont surgi quelques heures après les premières prises du remède ; c'est chose des plus simples que de rallier l'elFet à la cause. Mais, supposez un médecin appelé inopinément près d'un malade qu'il ne connaît pas, qui ne lui dit pas avoir pris d'iodure, ou même qui le niera au besoin; quel sera, quel pourra être son diagnostic sur cet ensemble étrange de symptômes morbides? Or, de telles surprises ne sont pas rares en pratique de ville, et cela pour la bonne raison que les gens du monde n'ont guère l'habitude de se faire traiter de leur syphilis par leur médecin ordinaire, et que, précisément, c'est le médecin ordinaire, le médecin de famille, qui est mandé pour les accidents en question. Aussi bien la grippe iodique a-t-elle donné lieu en maintes circonstances aux erreurs (si tant est qu'on puisse qualifier cela d'erreurs) les plus diverses et les plus singulières. J'ai toute une série de cas dans mes notes où elle a été taxée, au moins momentanément, d'érysipèle, d'urticaire, d'eczéma, de rougeole, d'amygdalite infectieuse, de grippe, d'accès d'asthme, etc., etc.

GRIPPE lODIQUE.

Des accidents qui composent le groupe que nous étudions actuellement, celui dont nous venons de parler est à coup sûr le plus important et le plus utile à connaître pour la pratique. Cependant quelques autres méritent encore une mention particulière. Citons surtout les suivants :

4° Douleurs ne'vralgiformes. — Il n'est pas rare que l'iodure détermine des pseudo-névralgies sous forme de sensations douloureuses vagues, rarement assujetties au siège et au trajet d'un nerf, telles que : douleurs « dans la tête », dans les orbites et surtout « dans les mâchoires ». Certains malades se plaignent avec insistance de douleurs de divers genres « dans les mâchoires », comme ils disent, dès qu'ils font usage de l'iodure. Que sont ces douleurs maxillaires? Impossible de les localiser.

De temps à autre, encore, on rencontre des sujets, des femmes notamment, chez qui l'iodure détermine des doiilevrs dentaires ou plutôt une sorte d'état liyperesthésique du système dentaire. En pareil cas j'ai souvent examiné et fait examiner les dents par d'habiles dentistes; peine perdue, car on n'y trouve rien de morbide, rien de nalure à expliquer ces singulières douleurs. Et cependant cet état d'éréthisme douloureux est assez accentué parfois pour que les malades doivent renoncer au traitement. J'ai dans ma clientèle une jeune femme qui n'a jamais pu supporter l'iodure pour ce seul motif.

5° Sialorrhée. — L'iodure excite quelquefois un

TRAITEMlîlVT DK LA SYPHILIS.

certain degré de salivation. Cette salivation, certes, ne ressemble en rien à celle du mercure ; elle n'en a ni l'abondance, ni l'odeur, ni les phénomènes inflammatoires. C'est une sialorrhée à froid, si je puis ainsi dire, avec intégrité absolue de la bouche. C'est de plus une sialorrhée légère, voire minime le plus souvent. — Je la comparerais volontiers à la sialorrhée de la grossesse.

6° Conjoiictwite oculaire^ dite encore sclérite iodique. — Elle consiste simplement en une rougeur plus ou moins accentuée de la conjonctive bull)aire. — Très accentuée (ce qui est rare), elle peut aboutir à constituer un chémosis œdémateux.

y" Enfui, l'iodure détermine chez quelques sujets une éruption pétéchiale que j'ai décrite sous le nom de purpura iodique\

Nul doute à conserver sur la relation pathogénique de cette éruption avec l'iodure. Et, en effet, certains sujets sont affectés de ce purpura quand ils prennent de l'iodure, et n'en sont affectés que dans ces conditions, exclusivement. J'en ai vu qui ont été pris de purpura jusqu'à 4, 6, 8 et lo fois à propos d'un noml)re équivalent de traitements iodurés.

Ce purpura iodique a un véritable siège de prédilection, à savoir la face antérieure des jambes. Bien plus rarement il affecte le tronc.

En général, il est assez discret. — Il se compose

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