‹ Traitement de la syphilisChapitre 66 sur 92 · Loudou med. gaz., 1840, p · texte numérisé non relu

Loudou med. gaz., 1840, p

ACCIDENTS DE l'iODUHE.

C'est terrifiant. Quoi! A propos d'un remède d'usage courant, tel que l'iodure, nous voici amenés à parler de pareilles choses, d'œdème glotlique, de trachéotomie, de mort se produisant en quelques heures! Quoi! Voici, je suppose, un sujet bien portant h qui nous prescrivons l'iodure aujourd'hui, et il se pourra que, cette nuit, nous soyons exposés soit à lui pratiquer la trachéotomie, soit même à le regarder mourir sans pouvoir lui porter secours, si l'obstacle respiratoire siège au-dessous du larynx! Quelle responsabilité pour le médecin, et quelle responsabilité à propos d'un remède d'usage quotidien !

Rassurez-vous cependant, messieurs; car les cas de ce genre, s'il n'est pas à en récuser l'authenticité, n'en restent pas moins à l'état d'exceptions des plus rares. Ils sont bien plus exceptionnels certes, pour prendre une comparaison, que les accidents mortels du chloroforme. Voilà 32 ans que je prescris journellement l'iodure soit en ville, soit à l'hôpital; je l'ai donc prescrit k des milhers de malades, et je n'ai pas encore observé, pour mon compte personnel, un seul fait semblable à ceux dont je viens de vous parler. Affaire de chance et de hasard, sans nul doute, car rien ne me garantit que demain ma statistique, blanche aujourd'hui, ne sera pas assombrie par une catastrophe de ce genre. Cependant, par ce résultat de ma pratique jusqu'à l'heure où je vous parle, jugez de l'excessive rareté de ces cas désastreux.

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Certes, clone, il nous faut compter avec ces dernières éventualités; il nous faut les avoir toujours en vue quand nous prescrivons l'iodure et nous armer contre elles de certaines précautions dont j'aurai bientôt à vous entretenir. Mais il convient, au total, de ne les prendre que pour ce qu'elles sont. Et il serait insensé, en définitive, de renoncer aux bienfaits énormes, prodigieux, que réalise l'iodure par crainte des dangers tout à fait exceptionnels auxquels il peut exposer.

La raison de ces accidents et de ces véritables dangers de l'iodure serait certes bien curieuse et essentielle à connaître. La possédons-nous? Non. Ce n'est pas faute de l'avoir cherchée, mais elle s'est dérobée jusqu'ici à toutes les investigations. Voyons cependant le peu que nous savons sur ce chapitre d'étiologie.

I. — On a dit d'abord : « Ce n'est pas l'iodure qu'il faut accuser de tels accidents, mais bien l'iodure impur, mal préparé, contenant des iodates. «

Il paraît en eflet que l'iodure commercial ne brille pas toujours par sa pureté. « Ce n'est pas moi, me disait un jour un très éminent chimiste à qui j'avais l'honneur de donner mes soins, qui prendrai jamais l'iodure qu'on débite dans le commerce, car je sais ce qu'il vaut pour en avoir ana-

ACCIDENTS DE l'iODURE.

lysé bien des ëehanlillons. Quand vous me prescrivez de l'iodure, je le fabrique moi-même, ou bien je purifie celui que j'achète chez un droguiste. »

Eh bien, il est possible que certains des accidents de l'iodure aient pu quelquefois relever de ses défectuosités de fabrication, de ses impuretés, notamment des iodates qu'il peut contenir et qui, dit-on, sont toxiques. Mais ce n'est pas là, à coup sûr, la raison de tous ses accidents et de ses accidents usuels; car plus d'une fois, et tout récemment encore ici-même, j'ai foit analyser par des chimistes compétents des solutions iodurées ou des sirops iodurés qui avaient déterminé tels ou tels symptômes nocifs, et jamais on n'y a découvert d'impuretés, de substances étrangères, ni même d'iodates. Il faut donc chercher ailleurs que dans la composition chimique la raison des accidents en question.

II. — Cette raison, on a cru la trouver dans un état morbide des reins, dans une insuffisance cV élimination rénale dérivant d'une affection rénale antérieure, a C'est le rein qui est coupable en pareil cas a-t-on dit.

En effet, on a observé quelquefois des accidents de cet ordre en relation avec des états morbides des reins, comme, par exemple, dans un cas des plus curieux relaté par Morrow*.

Mais telle n'est pas encore, bien sûrement, l'ex-

I. V. Journal de méd. et de chir. pratiques, 1886, t. 57, p. 228.

/{ao thaitement diî la svi'hilis.

plicalion ù donner aux phénomènes d'intoxication iodiqne. Car ces phénomènes se produisent très usuellement chez des sujets en bonne santé, ayant des reins irréprochables, jouissant d'une perméabilité absolue du filtre rénal.

ni. — Serait-ce affaire de closes'^ Les accidents iodiques résulteraient-ils soit d'une « accumulation médicamenteuse » se produisant à la longue, soit de trop fortes doses administrées d'emblée?

Pour cela, non ! Et voici pourquoi. C'est, d'abord, que le plus souvent ils surgissent du premier coup, quelques heures après l'ingestion des premières doses, voire parfois de la première dose, comme dans le cas précité de Ricord. C'est, en second lieu, que, le plus souvent aussi, on les a vus se produire à propos de doses tout au plus moyennes, voire de doses faibles, parfois presque minimes.

Ce dernier point, même, est des plus curieux et mérite une mention toute particulière. Des milliers d'observations démontreraient au besoin que de faibles doses d'ioclure ont souvent déterminé des phénomènes importants d'intoxication. Couramment on voit des malades n'avoir pas plus tôt absorlDé un demi-gramme, un gramme, un gramme et demi d'iodure, qu'ils se sentent pris de coryza, de gonflement des paupières, de céphalalgie violente, quelquefois de grippe iodique, ou même d'accidents bien plus graves.

Ce serait certes une exagération de dire ce qu'on a dit quelquefois, à savoir : i" que les fortes doses ne

ACCIDENTS DK l'ioDURE.

produisent pas les accidents que produisent les petites et que l'iodure « devrait plutôt se donner par tonneaux que par grammes » ; — 2" que, plus on abaisse les doses du remède, plus on s'expose à développer ses effets nocifs. Mais ce qu'on peut dire, ce que je ne crains pas d'affirmer pour ma part, c'est, d'une part, qu'il suffit de petites, de très petites doses, pour déterminer tous les accidents que nous avons décrits ; — et, d'autre part, que les accidents les plus graves de l'iodisme ont le plus souvent succédé à des doses basses, très basses, d'iodure. Exemples :

Dans un cas de INfélaton, œdème glottique ayant succédé à une dose quotidienne d'un gramme-^ — dans un cas de Weist, même accident produit par une seule dose de cinquante centigrammes-, — dans un cas de Guillemet, même accident à la suite d'une seule dose de quinze à vingt centigrammes.

Dans trois cas où la trachéotomie a dû être pratiquée, les doses productrices des accidents étaient de :

environ 5o centigrammes dans le cas de Ricord ;

trente grains (par jour) dans le cas de Fenwick ; 25 centigrammes à i gramme dans le cas de Hucliard.

On a vu, d'autre part, des éruptions buîleuses succéder à des doses de trente-sept centigrammes (Lindslay), voire de dix centigrammes (Besnier).

TRAITKMIÎNT DK LA SYPHILIS.

Enfin, ce fut une dose de treize centigrammes qui, administrée à un enfant syphilitique de cinq mois, détermina un purpura considérable, suivi de mort en 68 heures (Mackensie).

Tout cela est péremptoire. Donc, ce n'est ni l'accumulation progressive du remède, ni l'excès d'une dose initiale d'où dérive l'intoxication iodique'.

IV. — Mais, en fin de compte, si ce n'est rien de tout cela, qu'est-ce donc? Impossible, quant à présent, de répondre à cette question.

Tout ce qu'il nous est permis de dire, c'est que, bien certainement, la raison qui produit ces accidents est à' ovàve 2^^f^sonnel au sujet sur lequel ils se produisent, c'est qu'elle lui est propre, indivi-

I. Dans im iutéressaut travail sur les accidents de l'iodisme, le D'' P. Tissier aboutit à une conclusion identique. « Ce n'est pas, dit-il, l'usage prolonge de l'iodure, ce ne sont pas les hautes doses d'iodure qui provoquent les accidents laryngés de l'iodisme, tout au contraire. Ces accidents sont des symptômes précoces de l'intoxicalion, pouvant apparaître dès les premiers jours, les premières heures même, et après l'administration de doses relativement petites. Le tableau suivant, emprunte à Grœnouw, montre bien le fait.

APPARITION DE l'oEDÎîME GLOTTIQUE :

Fournier. . . i" jour pour une dose de o^^^o d'iodure.

Grœnouw . . i"' jour — o^^So

Fournier. . . i°'' jour — o«'',5o

Fournier. . , 1°'' jour — ^ gr- »

Fœrster ... a" jour — 2 gr. »

Malakowski . -i" jour 2 gr. »

Fenwick ... 2° jour — 3i^%6o

Grœnouw . . 6° jour — i3gr. »

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