V. Annales de médecine, ao mai
ACCIDENTS DE l'iODUIIK.
duelle, et qu'il ne faut pas la chercher en dehors de lui.
Et, en effet, le caractère idiosyncrasique de ces accidents ressort en l'espèce de toute une série de considérations que voici :
i" C'est, d'abord, qu'ils ne se manifestent pas chez tous les sujets soumis à l'iodure, mais sur un certain nombre seulement; — 2° c'est que les individus « susceptibles à l'iodure » y restent susceptibles d'une façon continue, permanente. Donnez à dix reprises de l'iodure à un sujet qui en a éprouvé une fois des effets toxiques, dix fois il en éprouvera des effets toxiques ; — 3" c'est, enfin, que tout sujet influencé par l'iodure d'une certaine façon sera toujours ou presque toujours influencé par ce remède de la même façon. Exemples : Tel sujet a présenté du purpura à propos d'un premier traitement ioduré ; dix fois il présentera du purpura à propos de dix autres cures iodurées. — Tel autre, que l'iodure a affecté d'un exanthème bulleux, sera infailliblement repris du même exanthème bulleux à chaque nouvelle administration de l'iodure. — Un de mes malades, pour la plus petite dose d'iodure qu'il absorbe, offre le curieux phénomène d'une turgescence œdémateuse de la lèvre supérieure, sans rien d'autre. — Pellizzari a vu l'administration de l'iodure déterminer sur un de ses malades une éruption fébrile si bizarre et si importante qu'il fut sur le point de Ja considérer comme « un farcin ». Or, cinq fois de suiUt^ le
TnAITEMKNï DU LA SYPHILIS.
même remède développa chez ce sujet des accidents identiques.
Chaque individu, vous le vovez, traduit donc à sa façon, suivant un mode qui lui est propre, les effets toxiques de l'iodure.
Tout cela ne démontre-l-il pas que les accidents iodiques, quels qu'ils soient, dérivent d'une disposition individuelle'^ Au total, conséquemment, on est éprouvé par l'iodure pour cette raison qu'on porte en soi une disposition à « intolérer » l'iodure et à traduire cette intolérance de telle ou telle façon. Mais, quant à définir, à caractériser cette disposition après l'avoir reconnue, cela n'est plus en notre puissance. Arrivés là, le terrain nous manque, et force est de nous arrêter.
Au surplus, cette disposition mystérieuse n'a rien qui soit spécial à l'iodure. Elle n'est tout au contraire que l'analogue de ces idiosynerasies multiples et variées que tant et tant d'individus portent en eux vis-à-vis d'un remède, d'un aliment, d'un stimulant quelconque, et qui, pour rester inexpliquées, n'en sont pas moins d'une authenticité clinique indéniable*.
I. Comme moyens de prévenir ou de combattre les accidents que peut déterminer l'iodure, on a jjroposé soit de le donner dans du lait et dans une grande quantité de lait, soit d'administrer concurremment avec lui divers remèdes considérés comme neutralisants, comme antidotes de ses effets toxiques, à savoir : le bromure de potassium, la belladone, le bicarbonate de soude, la morphine, le salol, le sulfanilate de soude, etc — L'expérience n'a
gut-re confirmé jusqu'ici les quelques résultats énoncés à ce propos. — Ce qui paraît mieux établi, d'après d'intéressantes observations
lODURR. MODES d'aDMINISTRATION.
Modes d' administration. — L'iodure de potassium a été administré de trois façons : par la bouche ; — en lavements ; — en injections souscutanées.
Disons tout de suite, pour n'avoir plus à y revenir, que le procédé par infections sous-cutanées ne saurait entrer en ligne de compte qu'au titre de méthode d'exception, répondant à des indications
d'Aubert (de Lyon), c'est l'influence exercée par la belladone sur les accidents naso-pharyugiens de l'iodure. D'ajjrès ce médecin distingué, la belladone atténuerait, voire annihilerait l'intolérancenaso-pharyngienne que certains malades j^i'esentent à un haut degré pour l'iodure. Des malades, qui ne pouvaient absolument pas supporter l'iodure en raison d'accidents de cet ordre, l'ont bien toléré dès qu'on les a soumis simultanément à l'usage de la belladone (cinq à dix centigrammes d'extrait de belladone quotidiennement). Et même, ajoute Aubert, « dans l'une de mes observations, j'ai pu, après quelques jours, suspendre l'emploi de la belladone (tout en continuant l'iodure) sans voir survenir l'intolérance. » [Lyon médical, i883.)
Mais ai-je à signaler quels inconvénients pourrait comporter (à moins d'être exclusivement temporaire) l'adjonction au traitement ioduré d'un remède tel que la belladone, remède toxique, dangereux, capricieux, inégalement toléré, etc. ?
On a dit encore : « Quand une dose d'iodure détermine des accidents, doublez-la, triplez-la, quintuplez-la, et le remède deviendra inofTensif, sera bien toléré d. Soit, pour les cas oîi les accidents qui résultent de l'iodure sont sans importance et sans danger! Mais quel médecin prendrait la responsabilité de ladite méthode alors que l'action de l'iodure se traduit par des phénomènes graves, tels qu'une imminence d'œdème glottique? Et, à moins d'un succès éclatant, comment serait jugée une telle conduite?
parliculières el des plus rares. 11 est si simple de donner l'iodure par la bouche et, d'autre part, ce remède est si bien toléré en général par l'estomac, que ce serait vraiment une dérision de l'administrer par la méthode incommode et pénible des injections hypodermiques. D'autant que les injections d'iodure sont souvent douloureuses, peuvent déterminer des eschares', et devraient être multipliées à profusion pour atteindre le taux usuel des doses d'effet utile. — Je ne vois qu'un seul ordre de situations où ce procédé soit appelé à trouver place, à savoir les cas de syphilis cérébrale avec perte de connaissance et relâchement des sphincters ^ Impossible alors d'administrer l'iodure par la bouche (et encore resterait la ressource de la sonde œsophagienne), non plus que par le rectum. Reste seule
1. V. à ce sujet un travail de M. le D' Gilles de la Tourette (^Sur les injections sous-cutanées d^iodure de potassium , Progrès médical, i883). — V. aussi : E, Besnier, Sur les injections sous-cutanées d'iodure de potassium. Progrès médic, i883. — « J'ai pu, dit mon éminent collègue, dans un cas d'inlolérance de l'iodure de potassium, chez une malade à qui un demi-gramme de ce remède, pris par la voie digcslive, produisait une urticaire extrêmement prurigineuse, injecter la même dose de médicament au centre de gommes syphilitiques sans donner lieu au même phénomène. Il y a donc là une voie nouvelle ouverte à la thérapeutique et à l'expérimcntaliou, dont l'intérêt serait grand, même au point de vue pratique ».
2. Comme exemple : M. le Gilles de la Tourette et moi avons été réduits à un traitement de cet ordre sur un malade de la ville qui, affecté d'une syphilis céréhrale des plus graves (à laquelle du reste il a rapidement succombé), ne pouvait plus rien avaler et ne retenait plus les lavements.
lODURIÎ
MODES d'aDMINISTHATION.
la voie hypodermique qui, à défaut d'autres, peut être utilisée.
De même, bien que beaucoup plus pratique, le procédé par lavements sera réservé à certains cas spéciaux d'intolérance gastrique. On rencontre en effet quelques malades qui ne peuvent absolument pas tolérer l'iodure par l'estomac.
Quand on aura recours à ce procédé, on prendra soin d'évacuer l'intestin au préalable par un lavement simple; puis on administrera le lavement ioduré sous la forme suivante : 2 à 4 grammes d'iodure en solution dans 200 à 25o grammes d'eau. — On facilitera la tolérance, au besoin, par l'addition de quelques gouttes de laudanum.
Mais, en dehors de toute indication spéciale, c'est à la méthode gastrique que tout naturellement on donnera la préférence. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, pour le moins, l'iodure s'administre de la sorte. — Sous quelle forme?
I. — Un fait ressort de l'expérience : c'est que l'iodure est d'autant mieux toléré par l'estomac qu'on le lui offre en solution plus étendue.
Excluons donc à double titre le mode d'administration par pilules, capsules, dragées, pastilles, cachets, etc. D'une part, comme il faut avaler une foule de ces pilules ou dragées pour absorber la dose utile qui se compte généralement par grammes, ce procédé n'est ni commode ni surtout recommandable aux clients peu fortunés. Et, d'autre part, il expose souvent à des irritations
Stomacales parce qu'il met directement la muqueuse de l'estomac en contact avec l'iodure pur, non dissous.
Reste le mode le plus simple, le plus naturel, et de beaucoup le meilleur à coup sûr, celui qui consiste à donner l'iodure en solution ou en sirop. C'est d'ailleurs celui qui est presque universellement adopté.
Quand on procède ainsi, il est pratique et utile de se servir de solutions ou de sirops titrés environ à un gramme par cuillerée à bouche. De la sorte, on se rend facilement et immédiatement compte de la dose à prescrire aussi bien que de la dose que le malade vous dit tolérer. C'est pourquoi les deux formules suivantes sont devenues d'usage courqnt :
Solution :
"if Eau distillée Soc grammes.
lodure de potassium 3o —
Siro]! :
jf Sirop (^ad libitum) 5oo grammes.
lodure de potassium aS —
La solution précédente (à un gramme par cuillerée) ne doit jamais être donnée pure, car elle pourrait encore être irritante pour l'estomac. Il convient de l'étendre d'eau, et cela dans la proportion d'un demi-verre environ par cuillerée à bouche. — Inutile d'ailleurs d'ajouter qu'en vue
10DUHE.
MODIÎS d'administration.
de masquer la saveur du remède, l'eau pure pourra être remplacée par un liquide quelconque, dont on laissera le choix à la convenance et au soût des malades : eau sucrée, eau édulcorée avec un sirop agréable (sirop de groseille, de cerise, de menthe, de grenadine, etc.); — eau légèrement aiguisée de curaçao ou d'anisette (cette dernière liqueur, tout particulièrement, dissimule assez bien la saveur iodique); — lait; — lait additionné de quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger; — et, mieux encore, bière. Nombre de mes malades m'ont dit, après essais multiples, préférer la bière à tout autre liquide.
De même, si l'on prescrit l'iodure sous forme de sirop, chaque cuillerée devra être prise dans un demi-verre d'eau.
On fera choix, pour ce dernier mode d'administration, d'un sirop agréable, non désagréable tout au moins, et, si possible, jouissant de quelques propriétés ou toniques ou peptiques. A ce titre, le sirop d'écorces d'oranges amères a réuni les préférences de nombre de praticiens. — Au reste, il va sans dire que tout agent qui pourra diminuer le dégoût qu'éprouvent certains malades pour l'iodure ou favoriser la tolérance gastrique sera le bienvenu. Maintes fois il m'est arrivé (surtout quand j'avais affaire à des femmes du monde nerveuses, éréthiques, dégoûtées de tout par avance, trouvant tout détestable et nauséeux), d'être forcé de varier les formules à l'infini avant
d'aboutir à une jDréparation à peu près agréée. Ce qui réussit le mieux — ou le moins mal — en pareil cas, c'est de donner l'iodure dans du vin d'Alicante ou du vin de quinquina, dans du sirop de café, ou bien dans un sirop additionné d'une certaine quantité d'une liqueur agréable, telle que le curaçao ou l'anisette. Une formule qui plaît assez à cette catégorie de malades intolérants et surtout aux femmes est la suivante :
^ Sirop simple 35o grammes.
Anisette de Bordeaux i5o —
lodure de potassium 25 —
II. — Quelle que soit la dose d'iodure administrée, il y a toujours avantage à la fractionner en plusieurs doses partielles, qui seront prises en deux ou trois fois par jour.
III. — D'autre part, il n'importe pas moins que l'iodure soit donné avant ou même, au besoin, pendant les repas. Pris à jeun ou quelques heures après les repas, alors que l'estomac est vide, il (( irrite », comme disent les malades, et provoque souvent des phénomènes d'intolérance. Il est infiniment mieux accepté, au contraire, lorsqu'il est ingéré avant et iniinédiatenient avant les repas.
Si, donné de cette façon, il provoque encore quelque révolte de la part de l'estomac, le mieux est de procéder comme il suit : recommander au malade de verser la dose d'iodure à absorber par
lODUnE DR POTASSIUM.