OSES
jour dans la ration d'eau qu'il consomme quotidiennement à ses repas, et de se servir à table de ce mélange pour couper son vin. Il prendra ainsi son remède par petites fractions, mélangé à ses aliments, et, de par expérience, il aura toutes chances pour mieux le supporter ainsi que de n'importe quelle autre façon.
 quelles doses administrer l'iodure ? — On s'entend bien moins que pour le mercure sur cette question. Et, en effet, si vous interrogez la pratique courante, vous verrez ceci, à ne parler que des pratiques précisément inverses et extrêmes : certains médecins ne faire usage que de petites doses, et s'en louer; — d'autres, au contraire, ne procéder systématiquement que par fortes doses et s'en applaudir.
Entre ces opinions contradictoires, où se trouve la vérité ?
Il va sans dire, d'abord, qu'il ne saurait exister pour l'iodure, pas plus que pour n'importe quel remède, de doses fixes, absolues. Il est par trop manifeste que la dose utile, efficace, est éminemment sujette à varier, et cela suivant des conditions multiples d'âge; de sexe, de constitution, de tolérance individuelle, et surtout de situation pathologique. A ne citer qu'un exemple, un traitement
ioduré « par exlinclion », dirigé contre une syphilis actuellement muette, n'exigera qu'une dose très inférieure à celle par laquelle on s'efforcera de combattre une syphilis cérébrale à accidents graves qui menacent immédiatement la vie.
Mais, sous le bénéfice de ces réserves, il est pour l'iodure, comme pour le mercure, ce que nous avons appelé une dose efficace moyemie. Celle-ci, quelle est-elle?
Eh bien, tant au point de vue curatif que préventif, cette dose, d'après mes résultats personnels, me paraît pouvoir être approximativement évaluée comme il suit :
1° Pour un homme adulte et de constitution moyenne, de force moyenne : trois grammes par jour ;
2,° Pour une femme adulte, dans les mêmes conditions : deux grammes.
Je considère les doses inférieures à celles-ci comme insuffisantes, sinon absolument toujours, au moins dans la grande généralité des cas. Pour le moins j'affirme que des doses notablement inférieures, comme celles dont font usage nombre de praticiens (à savoir : 25, 5o, 70 centigrammes, ou même i gramme par jour) restent absolument audessous de l'action thérapeutique qu'on est en droit d'attendre de l'iodure. J'aurais à relater des centaines de cas où de telles doses sont restées impuissantes devant des manifestations spécifiques qui ont guéri sous rinfluence de doses supérieures; et, si je
lODUIUÎ DE POTASSIUSr.
DOSES
m'abstiens do tonte citation, c'est que le fait est vulgaire, non contestal)le et non contesté.
Quant aux doses supérieures à la moyenne (j-.pproximative) que je viens de fixer, je m'empresse de reconnaître qu'elles sont souvent utiles, voire formellement indiquées par certaines éventualités que j'aurai bientôt à préciser, mais qu'elles sont inutiles dans la plupart des cas, qu'elles sont inutiles dans ce qu'on peut appeler la catégorie des cas communs, des cas com^ants. Très certainement, le diapason d'activité thérapeutique, pour la pratique usuelle, oscille aux environs de deux, trois ou, au plus, quatre grammes d'iodure, comme dose quotidienne.
Des doses plus élevées, dites doses intensives, composent une médication d'un autre ordre. Dans celles-ci, on prescrit d'emblée l'iodure à 5 ou 6 grammes par jour, pour atteindre rapidement des doses Cjuotidiennes de lo à 12 grammes. Parfois même des indications ont paru assez urgentes pour légitimer d'emblée des doses de 10 grammes et au delà.
Nul doute qu'à ce taux on n'obtienne des effets plus intenses qu'aux doses dites moyennes. Cela est indéniable.
Donc, inutiles et excessives pour les cas d'ordre courant, pour les cas notamment où l'iodure n'est prescrit qu'à litre préventif, ces doses intensives trouvent leur indication dans l'ordre des éven-
FoUMNiEH. — Trallemeiit de la Syphilis. 28
inAITEMENT DB LA SYPHILIS.
lualiLës graves, des accidents graves de la syphilis, c'est-à-dire alors qu'il s'agit de frapper un grand coup en vue de conjurer un péril imminent, ou bien alors qu'il y a. lieu d'imprimer à la médication une énergie particulière contre des manifestations anciennes et rebelles.
Ce sont, comme exemples, les doses de cet ordre qu'il y aura lieu de prescrire soit dans les cas de gomme du voile palatin menaçant de s'ouvrir à brève échéance; — soit contre des accidents graves de syphilis cérébrale ou de syphilis médullaire; — soit contre des ulcérations phagédéniques à marche aiguë et menaçante; — soit encore contre des lésions anciennes, immobilisées, chroniquement réfractaires, etc.
Mais convient-il d'aller plus avant encore dans cette voie, au risque de se laisser entraîner à une thérapeutiqvie effrénée qui ne connaît plus de limites? Ces dernières années, on a fait — passezmoi l'expression — de véritables débauches d'iodure, en le prescrivant à des doses quotidiennes de 20 grammes, de 2,5 grammes, de 3o grammes, de 4o grammes, voire davantage encore, me suis-je laissé dire. Or, à quoi bon de telles intempérances?
Qu'on ait fait cela autrefois, à l'origine, et que même on ait dépassé ces doses (puisqu'un ancien médecin île l'hôpital du Midi, le vénérable docteur Puche, est alîé jusqu'à prescrire — je l'affirme de visu — 70 grammes d'iodure par jour), je le
lODUHE.
DOSES INTRIVSIVIÎS.
conçois. Cela avait alors sa raison, son objectif et sa jnslification, parce qu'on était alors à la période de recherches, d'études, de tâtonnements, et qu'on ne savait pas encore ce qu'on pouvait obtenir du remède administré à de telles doses. Mais aujourd'hui ces excès n'ont plus le même motif ni la même excuse. Aujourd'hui, l'expérience est faite, et l'on sait, à n'en pouvoir douter, que ces doses extrêmes dépassent absolument celles où le remède est efficace, celles où il fait ce qu'il peut faire, où il produit tout ce. qu'il peut produire. Eh bien, de même qu'il n'est pas besoin de dix bouteilles d'eau de Sedlitz pour purger un malade, de même il est superflu de prescrire 4o grammes d'iodure pour déterminer un effet que 5 à 6 grammes seraient suffisants à réaliser. Et alors, je le répète, à quoi bon ces doses monstrueuses, colossales, qui ne sont du reste- — remarquez-le bien — que des doses fantaisistes ?
Fantaisistes, ai-je dit, oui, et je légitime le mot. N'est-ce pas, en effet, fantaisie pure que de tripler, quadrupler, décupler la dose d'un remède, alors qu'aucune observation précise ne démontre une différence d'action thérapeutique entre telle ou telle de ces doses excessives? A-t-on jamais, même une seule fois, précisé une inégalité d'action entre 2o et 3o grammes d'iodure, entre 3o et /'jo, entre L\o et 5o? Non, que je sache du moins. Et alors, pourquoi prescrire 3o grammes plutôt que 20, et 4o plutôt que 3o? Fantaisie pure.
thaitement dk l\ sypuims.
On répond que ces fortes doses ne comporlent aucun danger, (qu'elles sont ])ien tolérées par l'eslomae, bien tolérées par l'organisme, etc. Je veux croire qu'il peut en être ainsi, puisque des confrères dignes de foi me l'affirment. Mais il n'est pas moins vrai que les doses en qu.estion, au dire d'autres médecins, sont souvent mal acceptées par l'estomac, produisent du dégoût, de l'inappétence, de la dyspepsie, dépriment le système nerveux, etc. lùi tout cas, la discussion est inutile à poursuivre sur ce point, car il est une autre raison plus que suffisante à elle seule pour condamner ces doses excessives, raison pratiquement péremptoire : c'est qu'elles sont inutiles.
Oui, inutiles. Car, au nom de l'expérience, on peut poser ceci en principe : Oe qu'une close de dix grammes diodure ne pi^oduit pas^ une dose supérieure ne le produit pas davantage.
Cela, je l'affirme, et je l'affirme aussi bien de par ce que j'ai vu que de par les témoignages de nombre de mes collègues. Bien des fois, en face de cas rebelles et dûment réfractaires, je me suis laissé tenter, moi aussi, par l'espoir d'obtenir mieux de doses supérieures, de doses massives. Bien des fois, déçu avec lo grammes d'iodure, j'en ai prescrit 12, i5, j8, 20 (sans avoir dépassé ce dernier chiflre, je l'avoue). Eh bien, je n'ai pas été moins déçu avec ces dernières doses qu'avec la première. En sorte que je suis revenu de ces doses folles, extravagantes, et que, pour ma pratique, je
DIRECTION DL! THAITEAIEINT lODUliÉ.
ne dépiiss(> plus en moyenne la dose sanisammenL (( intensive w de 10 grammes, bien convaincu que je ne gagnerais rien à l'excéder.
Direction du traitement iodiiré. — Deux questions se présentent ici à résoudre.
I. — La première et la plus délicate est la suivante : A quelle dose inaugarerle traitement ioduré sur un malade dont la tolérance vis-à-vis de ce remède est encore inconnue ?
On serait tenté de croire à priori que l'accoutumance à l'iodure doit être obtenue par une graduation ascendante des doses, et qu'il convient conséquemment de commencer le traitement par de petites doses qu'on élèvera ensuite progressivement. Eh bien, ce procédé rationnel est condamné par l'expérience. Car (nous l'avons vu précédemment) ce sont le plus souvent de petites doses^ voire des doses minimes, qui ont été suivies de graves accidents d'intoxication. En l'espèce, les petites doses paraissent donc particulièrement nocives. Je ne dis pas qu'elles le soient seules, à l'exclusion des autres, mais je dis qu'elles le sont ou tout au moins qu'elles l'ont été plus que d'autres jusqu'à ce jour. Pour ma part, je crois qu'il est plus prudent, en vue de se soustraire aux regrettables éventualités de l'iodisme, de commencer le traitement par des
doses moyennes que par les doses infimes de 20, 5o, 60 centigrammes. Je me demande même si je ne dois pas l'heureuse chance de n'avoir pas encore été éprouvé dans ma pratique par de graves accidents iodiques à ce fait que toujours et par principe je me suis tenu en garde contre les petites doses.
Précisons, — Empiriquement, voici ce qui m'a réussi comme dose initiale de la médication :
Pour un homme adulte, deux grammes par jour;
Pour une femme, un gramme à un gramme et demi.
Je n'abaisse jamais (pour un homme) au-dessous de deux grammes la dose initiale. — Le plus souvent, en ville, je procède de la façon suivante : le soir même de la première visite, un gramme; — le lendemain, deux grammes; — quelques jours après, deux à trois grammes (sauf en cas de coryza trop importun).
En outre, sauf indication particulière, j'use d'une précaution dont je ne saurais encore préciser la valeur, mais que je signalerai cependant parce que juscju'à ce jour elle a paru me réussir. Avant de commencer le traitement ioduré, je tâte la susceptibilité du malade à l'iodure en lui prescrivant pour vm certain temps le sirop de Gibert, préparation iodomercurielle qui produit bien quelques-uns des eflets de l'iodure, mais qui, règle générale, ne produit pas de phénomènes graves d'intoxication. Si le malade est touché par ce sirop, je me méfie et me tiens sur mes gardes; au cas contraire, j'ai ou
DIHECTION DU TRAITEMENT IODURÉ.
je crois avoir une certaine garantie de nature à m'enhardir. — J'appelle sur ce point le contrôle de mes confrères.
n. — Seconde question : A quelles doses ultérieiu^es poursuivre le traitement?
Une fois la tolérance assurée, on a les coudées franches; l'éventualité des grands accidents d'invasion soudaine est évanouie, et l'on a toute liberté pour élever les doses en proportion de l'indication à remplir.
Or, cette ascension des doses au cours d'un traitement ioduré me parait obligatoire. Bien souvent, en effet, j'ai constaté que l'action curative de l'iodure s'émousse rapidement et se ralentit. L'économie semble a se faire » à l'iodure et n'en plus éprouver qu'une influence qui A^a s'amoindrissant avec la durée d'administration. Pour maintenir au même taux l'action du remède, il faut en élever les doses progressivement.
Je crois, en un mot, qu'un traitement d'une seule teneur, continué uniformément à la même dose, est infiniment moins actif qu'un traitement à doses ascendantes^ c'est-à-dire qit'un traitement qui, inauguré par exemple à 2 grammes comme dose quotidienne, sera élevé quelques jours après à 3 grammes, puis, un peu plus tard, à 4 grammes, voire davantage au besoin. — Je suis d'accord, au surplus, sur ce point avec la grande majorité de mes confrères.
Ainsi, comme exemple, pour un liaitement ioduré d'un mois, je prescris généralemenl une dose de 2 grammes pour la première semaine, de 3 grammes pour la quinzaine qui suit, et de /j grammes pour les derniers jours du mois.
Mercure et iodure, voilà les deux armes dont nous disposons contre la syphilis. Cles deux armes nous sont actuellement connues par l'étude que nous venons d'en faire; nous en savons l'action, la portée, le maniement, les avantages, les inconvénients. Reste à nous en servir.
Or, comment nous en servir et surtout nous en servir utilement? Telle est la question ou plutôt tel est l'ordre de questions nouvelles qui s'imposent à nous actuellement.
Tout d'abord, est-il indifférent que, des deux grands remèdes dont l'action antisyphilitique est consacrée par l'expérience, nous choisissions l'un ou l'autre ad libitum^ au gré de préférences non motivées, au gré par exemple des préférences ou des antipathies de nos malades?
Non certes, et pour cause.
Que le mercure puisse suffire au traitement de la syphilis, c'est-à-dire guérir les accidents actuels et sauvegarder l'avenir, cela n'est pas douteux. Cela, nous le savons par expérience séculaire. Nos aïeux
l'iODURE PHUT-IL SUPPLÉER LE JIERCURE ?
n'avaient pas l'iodure et cependant ils guérissaienL la syphilis. Ils la gLiéiùssaienl plus péniblement que nous et surtout moins rapidement dans ses manifestations tertiaires, mais enfin ils en venaient à bout. Les exemples non plus ne manqueraient pas de nos jours pour attester le même fait. Car il n'est pas rare, parmi nous, que certains malades, pour une raison ou pour une autre, ne soient traités que par le mercure, et cependant ils guérissent. A titre de spécimen, je pourrais citer l'histoire d'une vingtaine pour le moins de mes malades à qui il m'a été impossible, littéralement impossible, de faire tolérer l'iodure, et chez lesquels la syphilis, exclusivement traitée par le mercure, est restée inofPensive de vieille date jusqu'à ce jour.
Conclusion : C iodiire n est pas indispensable au traitement de la syphilis.
Mais, autre question : Le mercure peut-il être suppléé par l'iodure dans le traitement de la syphilis? C'est-à-dire : l'iodure suffit-il seul au traitement de cette maladie?
On l'a cru, on l'a dit, et cela surtout à l'époque où l'iodure a commencé à s'attester par les merveilleux résultats qui lui sont familiers. Mais aujourd'hui, à part quelques oppositions isolées, la question est jugée en sens précisément contraire.
Pour moi, après avoir essayé autrefois et pour un temps du traitement exclusif par l'iodure, ma conviction est faite et bien faite à son endroit. Je
m'accuse et me repens de ce péché de jeunesse, car l'expérience m'a appris à considérer le traitement en question comme insuffisant et périlleux à divers titres. Je le tiens, à parler net, pour un mauvais traitement.
Mais je vous dois sur une question aussi importante les raisons de mon jugement. Ces raisons, les voici sommairement.
Je condamne le traitement exclusif par l'iodure pour trois motifs :
i" Parce qu'il est vraiment peu actif, voire presque inerte parfois, contre les manifestations de l'étape secondaire;
2° Parce que, laissant subsister pour un temps plus ou moins long les accidents de celte période, il comporte des conséquences sociales des plus graves, dérivant de la contagiosité de ces accidents;
3° Parce qu'il n'éteint pas la disposition syphilitique, parce qu'il laisse subsister la tendance au tertiarisme, en un mot parce qu'il ne constitue pas une sauvegarde d'avenir.
Quelques développements sur ces trois propositions.
i. — Relativement à la première, tout le monde est à peu près d'accord, à quelques exceptions près. De l'aveu général, l'iodure, si merveilleusement actif contre les accidents tertiaires, n'exerce qu'une iuQuence médiocre, relativement minime, sur les accidents de forme secondaire (réserve faite pour quelques-uns dont nous parlerons dans un instant).
l/lODURE PIÎUT-IL SUPPLÉER LE MERCURE? 44^
Savez-vous, en eflet, ce qu'on ol)serve alors qu'on administre l'iodure à l'époque du chancre ou en pleine étape secondaire? Ceci :
D'une part, les poussées secondaires se produisent et se reproduisent à peu près comme si l'on ne faisait rien. J'ai vu maintes fois, sur des malades traités de la sorte, des manifestations de forme secondaire (syphilides cutanées, plaques muqueuses, alopécie, iritis, adénopathies, phénomènes nerveux, etc.) pulluler et repulluler, parfois même d'une façon subintrante. Si bien que j'ai dû, pour ma part, renoncer à ce traitement. Si bien que, de guerre lasse, des malades prévenus contre le mercure et s'étant refusés tout d'abord à accepter tout autre traitement que l'iodure, sont venus réclamer de moi (( quelque chose d'autre, serait-ce le mercure », pour être enfin débarrassés de leurs accidents. Et, en effet, je ne réussissais à les en délivrer que par le mercure.
D'autre part, certains accidents secondaires (de l'ordre de ceux qui ne s'effacent spoiite suâ que d'une façon très lente) se montrent absolument réfractaires à l'iodure et lui résistent opiniâtrément, à quelque dose d'ailleurs qu'on élève ce remède. Deux exemples, pris au hasard :
Sur un de mes malades, l'iodure, bien que donné à hautes doses, a laissé subsister seize mois un psoriasis palmaire et quelques syphilides papulo-squameuses régionales, tandis que le mercure a effacé ces accidents en quelques semaines.
TIlArrEMIÎNT DE LA SYPHILIS.
Sur un autre malade, une lésion exactement semblable a persisté sans modification pendant dix-sept mois, en dépit de fortes doses d'iodure, et n'a commencé à se modifier que sous l'influence de frictions mercurielles in silu.
II. — Ma seconde raison n'est qu'un corollaire de la précédente, mais vous allez voir quelle importance spéciale s'y rattache.
N'exerçant qu'une influence répressive des plus médiocres sur la disposition secondaire, l'iodure laisse subsister et laisse se reproduire les manifestations par lesquelles elle a coutume de se traduire.
Or, quelles sont ces manifestations? Précisément celles qui offrent le plus de dangers au point de vue de la contagion; précisément celles qui servent d'origine la plus habituelle à la transmission de la sjphilis, celies qui constituent la source la plus féconde des contaminations, celles qui, par excellence, alimentent et perpétuent la vérole, à savoir les syphilides muqueuses, les plaques muqueuses.
Eh bien, le premier devoir du médecin et de l'hygiéniste n'est-il pas de condamner, de réprouver un traitement qui aboutit à des conséquences de cet ordre? C'est pour cela qu'à mes yeux, je le répète, le traitement exclusif de la syphilis par l'iodure constitue un véritable danger social^ en ne réprimant pas la pullulation des accidents les mieux faits pour propager et disséminer la A'érole.
m. — Enfin, je condamne ce traitement parce que, bien sûrement, il n'exerce pas sur la maladie
lODURE DANS LA PÉRIODE SECONDAIRE.
une action assez intense, assez profonde, ponr tarir la source des accidents spécifiques, et, parce qu'il ne constitue pas au môme degré que le mercure es qu'on peut appeler une médication préventive.
Je tiens pour démontré qu'administré seul, à l'exclusion du mercure, l'iodure laisse fréquemment la voie ouverte aux accidents du tertiarisme. Souvent, en effet, très souvent, j'ai vu les malades traités de la sorte aboutir à des manifestations tertiaires, et cela pour une proportion certainement bien supérieure à ce qu'on observe usuellement à la suite du traitement mercuriel.
Je trouve ceci, par exemple, en compulsant mes notes de ces dernières années. Sur 1 1 malades exclusivement traités par l'iodure, 7 ont été déjà affectés d'accidents tertiaires, et d'accidents de formes particulièrement graves, à savoir :
Syphilides tertiaires 2 cas.
Syphilide phagédénique . ..... i cas.
Syphilis cérébrale 3 cas.
Syphilis médullaire i cas.
Voilà pourquoi, à triple égard, le traitement exclusif par l'iodure me paraît condamné par l'expérience.
Au surplus, nous avons mieux à faire que de discuter la question de savoir si nous pouvons nous priver des services du mercure ou de l'iodure ; c'est
TIIAITEMEKT DIÎ LA SYPHILIS.
de rechercher ce que nous avons à attendre de l'un et de l'autre au mieux des intérêts de nos malades et d'employer nos efforts à bénéficier des edéts propres à chacun d'eux.
Or, à ce dernier point de vue, l'expérience a consacré un foit qui n'est plus discuté ni discutable aujourd'hui, à savoir : l'appropriation plus particulière du mercure au traitement des symptômes d'ordre secondaire, et de l'iodure à celui des affections d'ordre tertiaire.
En autres termes, on est d'accord pour considérer le mercure comme « le spécifique de la période secondaire «, et l'iodure comme « le spécifique de la période tertiaire ».
Des milliers d'observations, en effet, nous ont montré et nous montrent ceci chaque jour : d'une part, le mercure exerçant une influence curative des plus intenses sur l'ordre des manifestations par lesquelles se traduit la maladie dans ses deux ou trois premières années; — et, d'autre part, l'iodure exerçant une influence encore plus active et plus rapide sur l'ordre des accidents qui composent les étapes tardives de la diathèse.
Aussi bien ne viendrait-il à. l'esprit de personne d'intervertir les rôles en l'espèce, c'est-à-dire de traiter les accidents secondaires par l'iodure et les tertiaires par le mercure. Voici, je suppose, une roséole, une syphilide papuleuse, des plaques muqueuses, etc.; cent médecins sur cent prescriront le mercure contre ce genre de manifestations. Et
lODURE DANS LA PÉRIODE SECONDAIRE.
voici, d'autre part, une gomme palatine qui memice de perforer le voile; cent médecins sur cent l'attaqueront avec l'iodure. Ce serait une grosse faute, en effet, ce serait donner à cette gomme le temps de crever le voile, cjue de la comloattre par la médication mercurielle.
Toutefois, cette appropriation de chacun de ces deux remèdes à une catégorie spéciale d'accidents, est-elle exclusive, absolue? Est-ce que le mercure n'a d'action que sur les accidents de forme secondaire, et l'iodure sur ceux de forme tertiaire? Non certes. Gardons-nous de cette dichotomie brutale qui volontiers scinderait la vérole en deux moitiés dont l'une serait justiciable du mercure et l'autre de l'iodure. Qu'une telle doctrine repose sur un fond de vérité, sur un ensemble de résultats thérapeutiques non contestables, nous venons de le dire. Mais hâtons-nous d'ajouter qu'ici comme ailleurs la règle comporte des exceptions. Or, en l'espèce ces exceptions sont à la fois nombreuses et majeures d'importance. Précisons au surplus et ne craignons pas les détails, car nous sommes en plein domaine pratique.
Certes, l'iodure n'est doué que d'une action médiocre, en général, contre les accidents de la période secondaire, notamment contre les formes éruptives de cette période. Eh bien, par un singulier et inexplicable contraste, il exerce une influence
(les plus accenluées sur certaines manifestations de cette môme étape morl^ide. A ce point de vue citons comme exemples :
i" La céphalée secondaire ^ qu'il soulage et dissipe rapidement. Quand vous aurez à combattre un (( mal de tete » vespérin ou nocturne de l'étape secondaire, ne négligez jamais d'associer "au mercure une petite dose d'iodure (environ un gramme par jour), car vos malades en retireront le plus utile profit. (Petite dose, ai-je dit, parce qu'il suffit d'un peu d'iodure en pareil cas, tandis que tout au contraire des doses bien plus élevées sont rigoureusement indispensables contre les divers ordres de céphalée tertiaire.)
2° Les névralgies secondaires^ les douleurs névralgiformes à localisation vague, qui sont si communes (chez la femme spécialement) dans les premiers mois de l'infection.
3° Les manifestations secondaires du système locomoteur, à savoir : pôriostites^ ostéalgies^ arthralgies^ niyosalgies^ etc.
J'ajouterai que l'iodure a encore sa place marquée, au cours de la période secondaire, dans les deux ordres de cas suivants :
1° Dans les cas de syphilis maligne précoce^ où prédominent les processus d'infiltration gommeuse et d'ulcération. — C'est tout simple, puisque la syphilis maligne précoce n'est, à tout prendre, qu'une syphilis tertiaire succédant au chancre sans transition, sans période secondaire.