Pilules de bi-iodure ioduré de Gibert
^ Bi-iodure de mercure lo centigr.
lodure de potassium 5 grammes.
Gomme arabique pulvéï-isée. . 5o centigr.
Miel q. s.
Pour une masse bien homogène que l'on divisera en 20 pilules. Deux de ces pilules représentent les doses médicamenteuses contenues dans aS grammes de sirop de Gibert. (Boucbardat.)
SIROP DE GIHERT.
La plus usitée, de beaucoup, c'est le sirop de Gibert (dit encore sirop de bi-iodure ioduré), dont voici la formule :
"if Sirop simple 5oo grammes.
Bi-iodure d'hydrargyre ... 20 centigr.
lodure de potassium 10 grammes.
La cuillerée à boucbe de ce sirop contient liuit milligrammes de bi-iodure et quarante centigrammes d'iodure de potassium.
Ce sirop a fait une brillante fortune. En France, tout au moins, il est d'usage très commun.
Et cependant que de griefs à relever contre lui !
D'abord, saveur ahominahle ^ qui répugne à nombre de malades, aux femmes spécialement. Que de fois n'ai-jepas entendu des clients de la ville me dire : (( Surtout, docteur, pas de sirop de Gibert, n'est-ce pas? Tout ce que vous voudrez, mais pas cela! Car il m'est impossible de supporter cette infernale drogue. »
En second lieu, c'est une préparation mal tolérée en nombre de cas. Elle offense l'estomac. Elle est même vomie quelquefois.
Reproche plus grave : c'est une préparation médiocrement active au total. Active, elle l'est certes ; et comment ne le serait-elle pas, alors qu'elle contient réunis les deux plus grands remèdes dont nous disposions? Mais elle ne l'est que faiblement et insuffisamment aux doses que l'estomac tolère (c'est-à-dire deux cuillerées, au
TnAITEMENT DE LA SYPHILIS.
plus trois cuillerées par jour). AssurémeiU, elle ne contient que trop peu d'iodure (moins d'un demi-gramme par cuillerée). De sorte qu'en donnant i à 3 cuillerées de ce sirop par jour, on n'aboutit même pas à donner un gramme ou un gramme et demi d'iodure, doses manifestement très niférieures à la moyenne nécessaire, indispensable, dans un cas quelque peu sérieux.
Si bien que, très usuellement, on aboutit par nécessité évidente à corriger la formule de Gibert en y augmentant dans une notable proportion la dose d'iodure, en l'élevant par exemple à 20 ou 25 grammes.
Des griefs de même ordre, mais plus accentués encore, seraient à spécifier contre les pilules ou les dragées dites de Gibert, si déjà elles n'étaient presque tombées dans l'oubli.
Au total, les divers remèdes où se trouvent associés le mercure et l'iodm^e sont bien susceptibles à coup sûr de rendre quelques services, mais ne sauraient être recommandés pour la pratique courante du traitement mixte. Pris comme exemple, le trop fameux sirop de Gibert n'est qu'un antisypbilitique faible^ non moins d'ailleurs qu'un remède éminemment désagréable et souvent intoléré. Il peut bien suffire à la curation de certains cas ou légers ou moyens; mais il est tout à fait disproportionné à des cas quelque peu graves, et surtout à des cas véritablement sérieux. Attaquer une sypbilis cérébrale (comme je ne l'ai vu faire
TIIAITEMENT MIXTE.
que trop souvent) par des doses quotidiennes de deux à trois cuillerées de sirop de Gibert, c'est courir inévitablement au-devant d'un désastre, par insuffisance de médication répressive.
Tout au contraire, bien autrement pratiques et commodes de maniement, bien autrement actives et sûres sont les métbodes qui consistent à administrer le mercure et l'iodure séparément.
Avec celles-ci on procède de la façon suivante : d'une part, on donne l'iodure, en solution ou en sirop ; — et, d'autre part, on administre le traitement mercuriel sous la forme qui paraît le mieux répondre aux indications du cas particulier, c'està-dire soit par ingestion, soit par frictions, soit par injections.
Les deux modes les plus usités (ceux que je préfère, quant à moi) consistent en ceci :
1° Association de l'iodure et du sublimé (ce dernier sous forme de pilules de Dupuytren).
On prescrit, par exemple, deux ou trois pilules de Dupuytren, et trois à quatre grammes d'iodure, comme doses quotidiennes.
Et alors, ou bien on fait prendre simultanément les deux: remèdes, à savoir : une pilule et une cuillerée de la préparation iodurée avant cbacun des repas; — ou bien on les alterne, à savoir : pilules avant le déjeuner du matin et le dîner du soir ; iodure à midi et au coucher. — Cela, suivant les malades et la tolérance de l'estomac.
THAITEMENT DJÎ h\ SYPHILIS.
2" Association de Viodure et des frictions.
Excellenle pratique, qui réalise l'avantage de ménager l'estomac; — seule pratique utilisable en nombre de cas.
Rien de plus simple, d'ailleurs : iodure avant les repas; — et frictions le soir, au coucher.
Cette dernière méthode est en pleine faveur aujourd'hui, et à juste titre. Elle permet de soumettre les malades à un traitement des plus énergiques, voire à un traitement Intensif, sans fotiguer les organes digestifs et sans éveiller de phénomènes d'intolérance. C'est à elle que, de l'assentiment presque unanime, il convient de confier le traitement des cas graves, des « grands cas )), comme l'on dit, de la syphilis viscérale en particulier.
Resumons-nous en disant :
Des deux méthodes qui réalisent le traitement mixte, celle qui administre séparément le mercure et l'iodure est certainement préférable à celle où les deux remèdes sont réunis, combinés en une préparation pharmaceutique ; — et cela pour deux raisons :
1° Parce qu'avec la première on a la liberté de graduer /es doses de chacun des remèdes, par exemple d'élever celles de l'un et de diminuer celles de l'autre suivant les indications, suivant la tolérance, etc. ; — parce qu'elle permet, en un mot, d'adapter l'un et l'autre remède à toutes les exigences du cas particulier.