INJECTIONS DE SÉUUM ANIMAL
2° Parce qu'avec cette méthode on a la faculté à' élever les doses du traitement mixte à un niveau d'intensité thérapeutique bien supérieur à celui que permet d'atteindre l'autre méthode. Avec le sirop de Gibert on est bien vite arrêté à des doses mercurielles et iodurées tout au plus moyennes; — tandis qu'avec l'autre méthode (et tout particuhèrement avec le procédé des frictions combinées à l'iodure) on peut réaliser un traitement bien autrement énergique, permettant de bénéficier de la somme intégrale des effets thérapeutiques que l'un et l'autre remède sont susceptibles de fournir.
LTII
Je ne terminerai pas ce qui a trait aux diverses médications instituées contre la syphilis sans vous parler en quelques mots de certains essais récents tentés dans une autre voie.
A voir le spectacle étonnant des espèces animales si invariablement réfrac taires à la syphilis, tout le monde est conduit naturellement à se demander s'il n'y aurait pas moyen d'utiliser pour l'homme cette étrange immunité. Mais comment, par quel artifice expérimental ? En toute vraisemblance , cette mystérieuse immunité des animaux doit résider dans quelque qualité matérielle, chimique
OU autre, de leurs humeurs. N'y aurait-il donc pas moyen de la conférer à l'homme en lui inoculant quelque chose de l'animal, quelque molécule vivante de l'être animal, telle que le sang, le sérum ? Fol espoir, peut-être, illusion chimérique; mais illusion si séduisante, si rationnelle même, au moins théoriquement, qu'on a peine à s'en séparer et que même après échec on y revient invinciblement.
Eh bien, cette idée, pour laquelle certes je suis loni de réclamer la priorité, j'ai tenté récemment de lui donner une application pratique; et vous avez pu voir, vous pouvez A^oir encore dans nos salles plusieurs malades syphilitiques sur lesquels j'ai expérimenté l'injection de sérum animal (sérum de chien ou sérum de cheval) suivant la méthode et grâce à l'obligeance de mon éminent collègue et ami le Richet ^ .
Ces expériences, à coup sûr, sont encore trop peu nombreuses et de date trop récente pour qu'il soit possible d'en rien inférer. Toutefois, dès à présent, elles ont produit quelques résultats intéressants qu'il y a lieu de mentionner.
!• — Les injections de sérum animal ont-elles une action antisyphilitique? Je me garderais bien de l'affirmer, et je commencerai même par dire que je n'en sais rien encore. Mais qu'elles soient douées d'une action quelconque sur les malades
I. Voy.Simonet de Laborie, Le sérum de chien, ses propriétés thérapeutiques. Th. Paris, 1891.
INJECTIONS DE SÉnUM ANIMAL.
syphilitiques et indirectement sur la syphilis, c'est là ce que dès ce moment je crois peu discutable.
Il est certain qu'à un litve quelconque et par un processus que j'ignore elles ont eu jusqu'ici une action favorable sur plusieurs de nos malades.
Rappelez-vous, comme exemple, cette femme de la salle Henri IV qui nous est arrivée ici le 1 3 avril dernier avec un affreux phagédénisme du visage, conséquence d'une syphilis maligne toujours en éveil depuis quatre ans. Sous l'influence d'injections de sérum et d'un simple pansement, cette lésion s'est cicatrisée en moins d'un mois, en même temps que se produisait une curieuse modification de l'état général (relèvement des forces, amélioration de la santé, augmentation du poids, etc.).
Un autre malade du service, en proie depuis trois ans à d'incessants assauts d'une syphilis maligne qui lui a criblé le corps d'énormes ulcérations, a été soumis de même, à propos d'une récidive de semblables lésions, aux injections de sérum animal. Tout d'abord l'effet a été excellent, et toutes les ulcérations ont marché d'un pas rapide vers la cicatrisation. Puis s'est produite une poussée nouvelle de lésions gommeuses, qui nous a effrayés et conduits à reprendre l'iodure de potassium. Toujours est-il que, sous l'influence de ces injections et d'une faible dose d'iodure (dose bien inférieure à celle qui, même avec addition du mercure, avait été nécessaire pour venir à bout des poussées an té-
rieures), ces accidents nouveaux sont entrés en résolution. Le malade est actuellement guéri'.
Et de même pour quelques autres cas.
Donc, en toute évidence, les injections de sérum ne sont pas sans influence sur nos malades. Elles exercent certes un efFet favorable sur leurs lésions. Il y a, comme on dit familièrement, « quelque chose à en tirer ». Mais quelle est la mesure de leur action, et de quel ordre est cette action, c'est là seulement ce que pourront établir des observations ultérieures.
II. — Un second point résulte de nos expériences et d'autres de même ordre instituées sur des sujets affectés de lupus. C'est que les injections de sérum animal paraissent douées d'une action tonique sur l'organisme. Elles relèvent les forces ; elles amendent les constitutions affaiijlies, débilitées, appauvries ; elles favorisent la nutrition; elles engraissent. Sur tous nos malades (syphilitiques ou kipiques) nous avons presque invariablement noté une augmenta-
I. Voy. H. Feulard, Sur la valeur thérapeutique des injections de sérum de cliien., Bullcùu de la Société française de dermat. et de syph., 1891, p. 33i.
T.ommasoli (Gaz. degli ospitali., 1892), qui a expérimenté avec du sérum d'agneau et du sang de bœuf, dit avoir obtenu de bons résultats de ce mode de traitement. « En buit cas il a vu des sypbilodermics graves disparaître avec une rapidité plus grande qu'avec n'importe quel traitement sous l'influence d'injections de quelques centimètres cubes de sang d'agneau. » — En revanche, Kollmann [Deutsche medic. JFocli., 1892), expérimentant dans les mêmes conditions, n'a tiré aucun profit de ce mode de traitement, qui a laissé la syphilis poursuivre son évolution normale comme si l'on n'eût rien fait.
INJECTIONS DE SÉnUM ANIMAL.
lion notable du poids du corps, augmentation s'ëlevant, en l'espace de quelques semaines, de deux à trois mois, à 2, 3, 4 kilogr., voire 6 kilogr. et demi sur le dernier malade auquel je viens de faire allusion .
Est-ce donc par ces effets de réconfortation générale que les injections de sérum agiraient (indirectement, alors) sur la syphilis? Est-ce en modifiant « le terrain » qu'elles permettraient la guérison plus facile des lésions syphilitiques? Cela est fort possible, probable même, dirai-je. Mais cela encore reste à établir.
Qu'importe, au surplus? Qu'elles soient favorables d'une façon ou d'une autre, soit par une action microbicide, soit par une simple influence de tonicité rendue à l'organisme, ce résultat n'en est pas moins précieux pour les malades et utilisable pour la thérapeutique. D'autant que, comme effets locaux, ces injections nous ont toujours paru inoffensives. Elles sont indolentes, dépourvues d'action inflammatoire, et, au total, bien tolérées'.
Que conclure de ce qui précède? Rien autre, quant à présent, que ceci, à savoir : que, dans un certain nombre de cas, la plupart graves, ces injec-
I. Toutefois, d'après M. le Morel-Lavallee, ces injections pourraient ne pas être toujours inoffensives. En deux cas, il a cru devoir leur rapporter quelques incidents morbides, notaml ment, dans l'un d'eux, la production d'une « urticaire massive, géante, au niveau du point injecté, urticaire qui dura une dizaine de jours et laissa des ecchymoses » (Bulletin de la Soc. franc de dermat. et de syph., 1891, p. 33ç)). — V. de même Tommasoli (mémoire précité).
FouHNiEH. — Traitement de la Syphilis, 3o
TIIAITEMENT I)K I.\ SYPHILIS.
lions ont paru exercer sur la santé générale des malades et sur leurs lésions spécificjues une influence favorable ; — et que, conséquemmeni, il > a lieu de les soumettre à une expérimentation nouvelle pour établir : i" si elles sont réellement efficaces, et 2°, au cas où elles seraient reconnues telles, comment, par quel processus elles peuvent influencer la syplnlis.
De par ce qui précède nous connaissons les divers agents thérapeutiques dont nous sommes armés contre la sypliilis et leur appropriation plus particulière à telle ou telle étape de la maladie, à tel ou tel ordre d'accidents.
Mais ce n'est là encore que la partie la moins importante de notre sujet. Car des questions plus graves, plus difficiles et surtout plus controversées, vont s'imposer à nous actuellement.
Ces armes que nous avons en main, comment nous en servir? D'une façon plus explicite, ces remèdes dont nous disposons, comment les mettre en œuvre d'une façon utile et suffisante? Comment doit être compris d'ensemble le traitement de la syphilis? Quelle direction générale lui imprimer? Quand inaugurer ce traitement? Et au delà, de
QUAJs'D INAUGUHKR LI5 TRAITEMENT?
quelle façon le poursuivre? Puis, finalement, quelle durée lui assigner?
Ces divers problèmes vont nous occuper.
Premier point : Â quelle époque convient-il de commencer le traitement de la syphilis?
Cette question, d'après moi, ne comporte d'autre réponse que celle-ci : // convient de commencer le traitement d'une syphilis dès qu'on a dûment constaté cette syphilis.
A priori le bon sens autorise presque à préjuger que plus tôt le traitement sera institué, plus il aura de chances pour exercer sur la diathèse l'influence atténuante, corrective et préventive que nous en attendons.
Eh bien, cette induction rationnelle est confirmée par l'expérience. Bien des fois, en effet, j'ai eu à constater et tout le monde a eu à constater les deux faits que voici :
1° Les syphilis originairement traitées se montrent en général (et toutes réserves faites pour quelques cas exceptionnels) facilement accessibles au traitement, bénignes conime symptômes actuels., et peu redoutables comme manifestations éloignées.
1" Et, tout au contraire, les syphilis tardivement traitées sont en général bien plus rebelles aux agents thérapeutiques^ plus chargées d'accidents^ plus fécondes en rechutes., au total moins curables et plus dangereuses.
Oui, je le répète, avec un Irailement inauguré dès les premiers temps de l'infection, on a toutes chances pour éviter au malade la plupart, voire la presque totalité des accidents importuns, sérieux ou graves de la diathèse. Tandis que, si l'on n'est appelé que plus tard à intervenir ou si, de parti pris, intentionnellement, on n'intervient que d'une façon tardive, on trouve la maladie moins docile aux agents thérapeutiques, plus réfractaire, plus rehelle. Les traitements qui essaient de faire trop tard ce qu'il eût fallu faire plus tôt, les traitements de rattrapage^ comme nous les quahfions familièrement entre nous, n'aboutissent que difficilement à maîtriser l'impulsion acquise de la maladie. Il semble que cette maladie longtemps respectée ait jeté ses racines plus profondément dans l'économie, ou, pour parler le langage du jour, y ait multiplié ses colonies microbiques. Il semble qu'en arrivant trop tard on ait affaire à plus forte partie, comme si l'on se heurtait à un ennemi auquel on a laissé le temps de s'affermir dans ses positions.
Mes impressions et mes souvenirs de praticien ne me permettent aucun doute à cet égard. On vient à bout facilement, dix-neuf fois sur vingt pour le moins, d'une syphilis qu'on attaque ah ovo \ — et, tout au contraire, il ftiut se débattre d'une façon bien autrement longue et pénible avec une syphilis à laquelle une longue expectation a permis de prendre pied, de s'ancrer, si je puis ainsi dire, dans
QUAND INAUGUREll LTÎ TltAlTKMENÏ r
l'organisme. Au premier cas, il est de nombreuses chances pom^ qu'on aboutisse (ce qui est l'essentiel, en l'espèce) à sauvegarder l'avenir; dans le second, les risques de récidives ou prochaines ou éloignées sont bien plus à craindre.
Aussi le vieil adage Prîncîpiis obsta trouve-t-il ici son application. Et je crois vous donner un utile conseil en vous disant ceci : Si vous en avez le choix, attaquez la vérole plus tut que plus tard.
Au surplus, notez-le bien, messieurs, la question de savoir s'il convient ou non de traiter la vérole illico., dès qu'on l'a constatée, n'a jamais été discutée qu'à propos d'un seul de ses accidents, à savoir son accident initial, le chancre. Jamais il n'est venu à l'esprit d'un médecin, en face d'un symptôme secondaire ou tertiaire, de se demander s'il était opportun d'instituer séance tenante un traitement antisyphilitique ou bien s'il n'était pas préférable de différer ce traitement. En face d'une plaque muqueuse ou d'une gomme, personne n'hésite à formuler du coup une prescription contre la cause originelle, contre le principe morbide de cette plaque muqueuse ou de cette gomme. Mais, s'il s'agit d'un chancre, c'est tout autre affaire. Avec le chancre, les doutes surgissent et les divergences commencent. Les uns font pour le chancre ce qu'ils font pour tout autre accident spécifique, c'est-àdire prescrivent immédiatement une médication générale; mais d'autres, résolument, se refusent à
faire inlervenir d'emblée iin Irailemenl de cet ordre; ils préfèrent altendre.
Et de longues, d'interminables discussions se sont engagées sur les avantages et les inconvénients de ces deux pratiques.
Eh bien, à notre tour, abordons ce problème — puisque problème il y a — en le posant comme il doit être posé, c'est-à-dire comme il se présente en pratique.
Voici un chancre. Or, de deux choses l'une : ou bi en ce chancre est très sûrement, incontestablement, un chancre syphilitique ; — ou bien un doute, si minime soit-il, peut subsister sur la nature syphilitique de cet accident.
Dans l'une et l'autre de ces alternatives, quelle conduite s'impose au médecin? C'est bien là, n'est-il pas vrai? — et en dehors de toute ambiguïté — la question à résoudre; c'est bien là le problème pratique sur lequel nous voulons être édifiés.
Discutons donc sur cette base.
I. — Première alternative : Le chancre est cei^taiii en tant que chancre syphilitique. Il est indéniable, je suppose, et cela de par ses caractères objectifs, de par son induration, de par son adénopathie bien formulée, voire encore, si vous l'exigez, de par les signes tirés de l'incubation, de l'autoinoculation, de la source contagieuse, etc. Bref, à n'en pouvoir douter, nous sommes en face d'un chancre syphilitique; c'est entendu.
Eh bien, étant donné un chancre de cet ordre,
QUAIS'O INAUr.UUEU LE TR AÎTEMEINÏ ?
doit-on commencer immédialemenl le Iraitemenl antisyphilitique; — ou bien doit-on différer ce traitement, et le différer, par exemple, jusqu'à l'invasion des accidents secondaires, comme le veulent quelques médecins ?
Cette question a été très vivement agitée. Les uns se sont prononcés pour l'intervention immédiate. Pour d'autres, au contraire, l'intervention immédiate, dès l'époque du chancre, serait a superflue , car elle n'a pas pour résultat de prévenir les accidents secondaires, ni même de les atténuer. Certains même l'ont réputée « dangereuse » , et cela en ce qu'elle troublerait une prétendue évolution (( régulière )) des accidents, voire en ce qu'elle serait susceptible (( de déterminer l'invasion de phénomènes secondaires graves, tels que des pé riostites, ou même de symptômes tertiaires importants * )) .
I. On a fait à ce qu'on appelle le irailement /^/c'cfite ou immédiai de la syphilis toute une série d'objections qui se ramènent aux quatre chefs suivants :
1° « Ce nest pas un traitement abortif ; il laisse (les accidents se produire à sa suite ». — Rien de plus vrai. Mais le traitement précoce n'a nullement la prétention d'être un traitement ahortif. Nous pensons seulement que c'est un traitement meilleur que d'autres en ce qu'il intervient plus tôt. Cette objection passe donc à côté de nous sans nous atteindre.
2° « C^est un traitement perlurlmleur, qui apporte l' irrégularité dans l'évolution normale de la syphilis. » — Cela serait, d'abord, qu'il resterait à établir que cette prétendue « irrégularité » est vraiment préjudiciable aux malades. Mais cela est-il? Qu'est-ce que l'évoîution « normale » de la syphilis ? Qui donc pourrait la spécifier, en tracer le programme? Assigner à la syphilis une évolution quelconque (à cela près des grandes lignes que chacun connaît),
EnLre ces deux opinions le bon sens et l'expérience se sont prononcés.
D'abord, au nom du simple l3on sens, n'esl-il pas évident que, si le mercure constitue le remède par excellence de la syphilis, il y a tout intérêt à le mettre en œuvre le plus tôt possible-, et à profiter
c'est parler au nom de lois ei d'éventualités pathologiques dont nous n'avons pas le secret.
S" a Ce traitement est clai>f;creiix en ce qiCil prépare pour l'av enir des accidents gran's, notamment des destructions d'organes et des manifestations importantes vers le système nerveux. » — Allégation imprudente, hypothétique, aussi peu motivée que possihle, aussi contraire au simple bon sens qu'à l'observation clinique. A qui pourra-t-on faire croire, par exemi)le, qu'une gomme palatine ou une syphilis cérébrale soit la conséquence d'un traitement inauguré en avance de quelques semaines ! A qui pourra-t-on faire croire que cette gomme ou cette sjqjhilis cérébrale ne se serait pas produite SI, au heu de commencer le traitement dans les premiers temps du chancre, on ne l'avait institué que trois, quatre ou cinq semaines plus tard! Cela n'a rien de sérieux, et l'objection est de celles, vraiment, dont on a le droit d'être étonné.
4° « Cest un traitement qui affaiblit par avance les effets thérapeutiques du mercure, de sorte que., au moment oii apparaissent les accidents, on a usé la meilleure arme pour les combattre. » — A cela notre réponse sera aussi simple que formelle. Ce qui affaiblit la puissance du mercure, ce n'est pas le fait de le donner ou trop tôt ou trop tard, c'est le fait d'en donner trop longtemps ou de le donner d'une façon continue, sans stades de désaccoutumancc.
Au total, aucune de ces objections (à mes yeux, tout au moins) n'a la plus petite valeur.
Et, d'ailleurs, la question mérite-t-elle l'importance qu'on semble lui avoir accordée? Nullement, à mon sens. Sur quoi, au total, porte le débat? Sur quelques semaines d'avance ou de relard dans l'inauguration du traitement mercuriel. Est-ce que, vraiment, un mtérêt de premier ordre peut se rattacher à une différence aussi minime, alors qu'il- s'agit d'une maladie chronique telle que la syphilis? D'autant qu'en pratique cette différence s'atténue encore, voire s'efface presque, en raison de ce fait que la plupart des malades ne se présentent à nous qu'à une époque déjà plus ou moin? distante de l'origine même de leur chancre.
QUAND INAUGURER LE TRAITEMENT
de son action bienfaisante dès le premier instant où l'infection est avérée? Comment n'y aurait-il pas avantage, quand il s'agit d'entrer en lutte contre une maladie, à l'attaquer et à la surprendre dès une époque voisine de son éclosion ? N'est-il pas plus rationnel de travailler à prévenir des symptômes morbides que d'attendre leur invasion pour
les combattre*?
Et, d'autre part, l'expérience clinique a démontré ceci :
i" Qu'en l'absence d'un traitement immédiat, inauguré dès l'époque du chancre, les premières poussées secondaires peuvent «tre, sinon graves, du moins intenses, confluentes, pénibles, douloureuses ;
2° Qu'avec le traitement immédiat, au contraire, ces premières poussées sont très généralement légères, bénignes, superficielles, tolérables. Très positivement et au-dessus de toute contestation possible, le traitement immédiat réalise ce résultat LVatténuer la période secondaire, et de l'atténuer
I. ((....11 est évident que, du moment où nous sommes convaincus d'être en présence d'un véritable chancre et que nous sommes, par conséquent, dans l'impossibilité d'empêcher l'infection générale de l'organisme, il ne peut exister aucune raison suffisante pour nous empêcher de réagir contre cette infection.... Rien n'explique la conduite des médecins qui ne veulent commencer le traitement spécifique qu'à la période où apparaissent déjà des symptômes nombreux dits secondaires (roséole, angine, plaques muqueuses, etc.)... Il est difficile de comprendre pourquoi, en présence d'un incendie, on doit d'abord laisser le feu s'allumer, pour ne s'occuper de son extinction que lorsqu'il aura déjà atteint une certaine intensité. » (Smirnofl".)
TIIAITEMENT DK LA SYPHILIS.
comme nombre, comme intensité, comme rmalitc de manifestations. Très positivement, une période secondaire qui succède à une médication commencée avec le chancre se montre généralement pauvre en accidents, et les quelques accidents dont elle se compose alors offrent presque .toujours un cachet nu^écusable de bénignité. C'est dans les cas de ce genre qu'on observe des syphilides incroyablement discrètes et manifestement avortées, eu égard au petit nombre de leurs éléments éruptifs; a savoh^ par exemple, des roséoles constituées par une vmgtaine de petites taches disséminées, ou des syphdides papuleuses consistant en une douzaine, une demi-douzaine de papules, etc. Est-ce là une roséole, est-ce là une syphilide papuleuse d'observation courante, alors que la maladie a été abandonnée à son évolution propre?
On a même vu (le fait est très rare, mais authentique) le traitement spécifique, inauguré avec le chancre et méthodiquement poursuivi au delà, supprimer la période secondaire, la supprimer à ce point qu'elle ne se traduit par aucun accident.
Enfin, au point de vue pratique, n'est-ce pas rendre service aux malades, n'est-ce pas aller audevant de leurs plus chers désirs, que de leur éviter par un traitement précoce certains accidents ou pénibles ou « affichants » de la période secondaire? Si on peut le faire — et on le peut — pourquoi ne pas le faire*?
I. Je no n.is que repelor ici ce que Ricord a dit cl iiicn dit de •
QUAND INAUGURER LE TRAITEMENT
Donc la question est jugée. Elle l'est du moins pour moi; car, après avoir entendu un vénéré maître de l'École du Midi, CuUerier, faire l'éloge de la méthode qui consiste à proroger l'administration du mercure après l'invasion de la roséole, j'ai lâlé de cette méthode autrefois, je l'ai mise en œuvre très scrupuleusement; eh hien, il m'a fallu y renoncer.
Je voudrais donc vous éviter et éviter à vos malades l'apprentissage que j'en ai fait. Et c'est dans cette intention que je terminerai ce paragraphe en vous disant : Si vous m'en croyez, vous commencerez le traitement de la syphilis dès le chancre, et vous le commencerez le plus tôt possihle ; car, suivant la formule de mon éminent collègue et ami J. Hutchinson, « il est impossible de le commencer trop tôt ».
Seulement, cela posé, je m'empresserai d'ajouter
vieille date : « ....J'avoue que je ne comprends pas, pour ma part, les avantages que peut présenter la pratique qui consiste a attendre, pour administrer le mercure, le développement de manifestations coustitulionnellcs. Si la diatbèse existe dès le début du chancre, pourquoi ne pas la combattre tout d'abord? Si elle doit fatalement, et dans un terme prochain, révéler son existence par une série de symptômes plus ou moins pénibles et douloureux, pourquoi ne pas essayer de mettre un frein à ces manifestations? Vaut-il mieux attendre qu'une lésion se produise pour la guérir que la prévenir dans son développement? Je serais curieux de savoir, en vérité, si les malades se trouvent satisfaits de celte cxpectatio'n et s'ils applaudissent bien sincèrement à cette sage lenteur, alors qu'ils commencent soit à sentir l'aiguillon nocturne de la syphilis, soit à voir leur peau se couvrir de macules, leur front ceindre la couronne de Vénus, ou leur crâne se dégarnir de cheveux. » [Li cons sur le chancre.)
aussilôl et pour cause : Ce Iraitemenl, ne le commencez jamais qu'à bon escient, à savoir sur la base dun diagnostic certain, positif, irrécusable; car au cas contraire, vous commettriez une faute réelle, une faute grave, comme nous allons l'établ.r en discutant la seconde des deux..alternatives que nous avons à envisager,
II. — Seconde alternative : Le chancre reste douteux comme caractère.
Je vous suppose en face d'une lésion qu'après examen mniutieux vous avez abouti à considérer comme un chancre et comme un chancre syphilitique; mais, en fin de compte, vous n'êtes pas absolument sûrs de votre diagnostic, et un certain doute, SI léger, si minime soit-il, subsiste en votre esprit. En telle occurrence, que faut-il foire?
C'est bien simple : Se gurder de prescrire le mercure et attendre.
Attendre quoi? La confirmation ou l infirmation du caractère syphilitique du chancre, et cela de par l'apparition ou la non-apparition des accidents secondaires. Puis alors, la lumière faite, agir en conséquence; c'est-à-dire, au premier cas, instituer le traitement de la syphilis, puisque syphilis il^ y a ; — et, au second, ne rien faire, puisqu'il n'y a pas syphilis.
Telle est- la règle pratique, règle qui ne souffre aucune exception, et à laquelle le médecin est rigoureusement tenu d'obéir. Car y déroger, c'est-à-
QUAND INAUGURER LE TRAITEMENT
dire instituer un traitement préventif sur la^fbi d'un diagnostic resté douteux, n'aboutit à rien moins qu'à compromettre les intérêts du malade, qu'à risquer de nuire et de nuire gravement au malade. Comment et pourquoi ? Laissez-moi vous citer ici une page de Ricord, qui a merveilleusement exposé la situation.
« Ce n'est pas, en pareille occurrence, d'une simple question de thérapeutique qu'il s'agit; ce sont des intérêts plus élevés qui se trouvent en cause. Il n'est pas indifférent pour un homme de savoir s'il a ou s'il n'a pas la vérole. Une maladie qui s'attache pour toujours au corps de sa victime, une diathèse qui poursuit sa victime pour toute la vie et au delà (c'est-à-dire dans sa postérité), un vice constitutionnel transmissible et héréditaire, ce ne sont pas là, je pense, choses vaines et considérations frivoles. Les gens du monde ne se trompent pas sur les conséquences possibles d'un chancre, et veulent être dûment renseignés à ce sujet, par rapport à eux-mêmes dans le présent et l'avenir, par rapport à leurs proches, à leur future famille, etc. Ils exigent de nous, sur les conséquences possibles d'un chancre, un diagnostic actuel contenant un pronostic d'avenir irrévocable.
(( Eh bien, si, pour un accident primitif douteux^ vous administrez le mercure, voyez dans quelles conditions vous allez vous placer. Vous risquez de vous priver et de priver votre malade d'une notion exacte de son état ; vous risquez de le laisser en
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