‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 103 sur 610 · INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS · texte numérisé non relu

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS

Il esl vrai que la guérison do la maladie ne s'obtint pas par la seule action topique du mercure sur la peau. Elle fut la conséquence rapide et comme foudroyante d'une intoxication mercurielle immédiate, qui donna lieu à une stomatite violente, avec Ilots de salive pendant deux semaines, nécessité de rester au lit et débilitation profonde. N'est-ce pas là un exemple de ce que j'appelais plus haut un cataclysme dépuratif? — C'est acheter un peu cher des cures aussi merveilleuses.

Ce fait est vraiment fort instructif. N'est-il pas un peu l'analogue de celui dont j'ai parlé au sujet des frictions mercurielles, accompagnées d'une hydrargyrie cutanée scarlatiniforme? L'action toxique s'est portée sur la bouche, au lieu de se déterminer sur la peau. Les fonctions organiques ont été profondément remuées. L'absorption rapide du spécifique, sa vertu curative, l'ébranlement de tout l'organisme, voilà les trois facteurs qui, convergeant vers le même but, ont fait promptement justice d'une des syphilis les plus lentes et les plus rebelles.

Les bains de sublimé peuvent devenir dangereux, sans que nous sachions au juste pourquoi. Il nous est impossible de déterminer cliniquement le pouvoir de l'absorption cutanée. Nous devons toujours nous défier des solutions de continuité, des érosions, des ulcérations de la peau. Tenons-nous sur une grande réserve, et surtout ne cherchons jamais dans la balnéation mercurielle un traitement diathésique de la syphilis. Bornons-nous à nous en servir comme médication topique adjuvante.

III. La balnéation mercurielle avait été acceptée avec beaucoup trop de faveur par quelques praticiens. Elle est un peu tombée en discrédit depuis que les deux faits suivants ont été expérimentalement établis par les travaux de MM. Deschamps (d'Avallon), Parisot, Duriau, Barthélémy, Hébert Murry, Thompson, Rabuleau, Roussin, etc. :

1" L'absorption cutanée pour les matières salines, le sublimé et autres, dissoutes dans le bain, est nulle, ou infinitésimale, Lorsqu'il n'y a pas de lésions cutanées ou d'érosions superficielles de l'épidémie ;

2° Toutes les fois, au contraire, que l'épidémie corné, par suite d'une dermopathie quelconque, est enlevé ou altéré, l'absorption superficielle peut devenir très active. Aussi doit-on, en pareil cas, administrer les bains de sublimé ou appliquer sur la peau toute autre

DE LA BALNÉATION HYDRAKGYUIQUE.

substance toxique avec autant de prudence, de mesure et de graduation que si on l'employait à l'intérieur ou en injections hypodermiques.

Etreinte entre ces deux arguments, la balnéation mercurielle ne peut occuper qu'une très faible place dans le traitement de la syphilis 1 .

SECTION IV

LOTIONS ET EMPLATRES HYDRARGYRIQUES.

I. Il en est ainsi des lotions hydrarc/yricjues et des topiques divers, tels que diverses pommades, emplâtres antisyphilitiques

1. Dans un mémoire sur le traitement topique de la syphilis, en particulier par les bains de sublimé (Centralblatt fur die gesam. Thérapie, mai 1889), M. le docteur Ehrmann fait remarquer avec insistance que l'emploi des bains de sublimé, dans les cas de syphilis, constitue un traitement essentiellement topique, qui ne peut être mis efficacement en œuvre que sur les régions de la peau privées d'épiderme ou au niveau desquelles la couche cornée est ramollie, sinon détachée. Les bains de sublimé conviennent donc pour le traitement des syphilides papuleuses, pustuleuses, ulcéreuses, des gommes ulcérées, des papules suintantes. Les bains de sublimé, cela va sans dire, doivent être administrés dans des baignoires spéciales. A l'eau du bain, on ajoutera oOO grammes d'eau distillée tenant en suspension 8 à 10 grammes de sublimé. La durée du bain doit être de une heure à une heure et demie. Puis, pendant une ou deux heures, on laissera le malade enveloppé dans un drap mouillé imbibé de l'eau du bain. Enfin, on pansera les ulcérations avec le topique suivant :

Rec. Emplâtre mercuriel / „n

Emplâtre diachylon simple ( aa M Parlies-

Huile d'olive q. s.

Pour f. s. a. un emplâtre mou.

Quand il existe des ulcérations couvertes de granulations, on les panse de préférence avec de l'emplâtre au savon, contenant 3 pour 100 d'acide salicylique.

Contre les manifestations syphilitiques des organes génitaux, ou pourra se contenter de prescrire des bains de siège au sublimé. De même, on pourra faire usage de pédiîuves ou de manuluvesau sublimé (1 à 2 grammes de sublimé par bain local), dans les cas de psoriasis palmaire et plantaire, d'onyxis sypliilil ique, de condylomes plats des espaces interdigitaux.

On peut encore faire usage des applications topiques de sublimé, sous forme de lavages, dans les cas de manifestations syphilitiques ayant pour siège le sac prépulial, les cavités buccale et pharyngée. Dans les cas de gommes de la bouche et des cavités nasales, M. Ehrmann a recours de préférence aux lavages faits avec une solution iodo-iodurée faible. Celte médication est à la fois plus efficace et n'expose pas aux inconvénients de la stomatite mercurielle.

Je suis loin d'être d'accord avec M. Ehrmann, et je fais des restrictions sur les bains de sublimé dans le traitement des manifestations syphilitiques qui entament la peau. — L'absorption devenant trop active a leur surface peut constituer un danger sérieux, si les lésions sont 1res étendues et continentes.

THAITEMENT DU LA SYI'IIILIS l'Ait LES LOTIONS

qu'un appliquait autrefois sur de vastes surfaces, pour arriver i\ produire Ja salivation. Tous ces moyens n'ont qu'un intérêt historique et leur action est purement topique. Aujourd'hui, nous n'y avons jamais recours comme méthode d'ahsorplioji générale

Parmi ces topiques, le plus célèhre qui a survécu au naufrage de tant de vieilles préparations et qui est encore fort usité aujourd'hui, c'est l'emplâtre de Jean de Yigo. Avec le temps, on a fini par le simplifier. On n'introduit plus dans sa composition des grenouilles vivantes, de la graisse de vipère, des vers de terre lavés dans du vin, etc., etc. ; mais ce qu'il y avait de fondamental dans la composition est resté. Je me sers souvent d'une pommade que je fais préparer avec parties égales de masse emplaslique mercurielle de Yigo et d'onguent napolitain, qu'on peut mitiger avec un peu de lanoline ou de vaseline. La masse emplastique étalée sur du taffetas rosé constitue un emplâtre élégant pour les lésions syphilitiques de la face. Nous reviendrons sur les services que rend le fameux emplâtre de Yigo.

II. De nos jours, la médication par les emplâtres mercuriels a été étudiée scientifiquement. Un de nos plus savants médecins, mon collègue et ami, M. Quinquaud1, médecin de l'hôpital Saint- Louis, applique sur la peau préalablement savonnée un emplâtre d'un demi-décimètre carré, découpé dans un sparadrap au calomel, dont voici la formule :

% Emplâtre de diachylon des hôpitaux. . . 3,000 grammes.

Calomel à la vapeur 1,000 —

Huile de ricin 1,0J0 —

Il le laisse à demeure huit jours, environ, jusqu'à l'épuisement approximatif de sa substance active, et il le remplace par d'autres, autant qu'il le juge nécessaire. L'absorption est démontrée par l'apparition du mercure dans les urines et par de l'irritation gingivale ou môme de la stomatite. L'effet curalif est souvent très

1. Traitement de la syphilis par le sparadrap au calomel. Ann. de derni. et de syph., 1890, p. 423.

Quinquaud a été brusquement emporté, le 9 janvier 1894, par une pneumonie infectieuse Sa mort est une grande perte pour la médecine. Les nombreux et remarquables travaux dont il avait enrichi notre science, en faisaient présager d'autres d'une portée encore plus profonde et d'une application plus précise, depuis qu'il avait entrepris de concentrer toutes ses recherches biologiques et biochimiques sur la dermatologie. — Les hommages unanimes rendus à sa mémoire ont montré combien le monde médical tenait en haute estime sa valeur scientifique et son honorabilité professionnelle.

ET PAR LES EMPLATRES HYDRARGYIUOUES.

rapide, puisque M. Quinquaud a pu guérir parce procédé, en un ou deux septénaires, des roséoles, des syphilides papulo-tuberculeuses et autres manifestations cutanées d'ordre secondaire. Mais l'auteur reconnaît lui-même que ce traitement est peut-être médiocre contre des accidents plus sérieux et plus profonds. Aussi n'est-ce pas, à proprement parler, une vraie méthode de traitement diathésique, c'est-à-dire applicable à toutes les manifestations présentes ou futures de l'infection constitutionnelle.

Un dermatologiste de grand mérite, M. le professeur Unna (de Hambourg), a inventé des topiques médicamenteux très utiles dans le traitement des maladies de la peau1.

Ces topiques sont de trois ordres : les colles médicamenteuses, les mousselines onguents et les mousselines emplâtres.

Les . substances médicamenteuses actives qui y sont incorporées varient pour ainsi dire à l'infini. M. Unna a indiqué le mode d'action physiologique et thérapeutique de tous ces topiques qu'il a portés à un haut degré de perfection et dont il a systématisé l'emploi. Il ont été reproduits en France par M. Cavaillès et M. Vigier, en suivant les règles tracées par MM. Unna et Beiersdorf.

Parmi ces emplâtres, les seuls qui soient employés dans le traitement de la syphilis sont, à part quelques cas exceptionnels, ceux au mercure. L'emplâtre hydrargyrique d'Unna contient 60 0/0 de mercure, tandis que celui de Vigo n'en renferme que 18 0/0. — Dans un emplâtre contre les furoncles, il y a 58 0/0 de mercure et 20 0/0 d'acide phénique.

L'emplâtre rouge de notre très regretté collègue et ami, Émile Vidal2, est ainsi composé :

Ifi Minium 2,o0

Cinabre I,b0

Emplâtre diachylon 20 grammes.

1. Unna : Ueber die neueren Forschritte in der Behandluny der Hautkrankheiten, 1887.

2. Nous avons eu la douleur de perdre Émile Vidal, le 16 juin 1893. C'était un de nos dermatologistes les plus savants, et un clinicien de race, doué d'un coup d'œil infaillible et d'une rare ingéniosité pour découvrir et appliquer les procédés thérapeuticmes les plus utiles et les plus sûrs. L'homme valait le savant, l'ai le charme de son esprit, l'aménité de son caractère et la bonté de son cœur il avait gagné toutes les sympathies. Nous lui devons de nombreux et remarquables travaux, entre autres, un grand ouvrage sur les Maladies de la peau, qu'il continuait, en collaboration avec M. Leloir, quand la. maladie l'a frappé. Pendant plus do vingt ans, il l'ut médecin et professeur libre à l'hôpital Saint- Louis. Sa mort a laissé un grand vide dans la dermatologie contemporaine.

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