UTILITÉ DES INJECTIONS DE GALOMEL
« Pour arriver à ce diagnostic rapide, c'est un devoir de proclamer la supériorité sur tous autres moyens du calomel employé en injection par la méthode de Sçarenzio-Smirnoff. Il y a vingt-huit ans que Scarenzio (de Pavie) a imaginé cette méthode, dont je me suis fait l'avocat dès 1878, et que, depuis, je mets couramment à profit, soit dans mon service, soit dans la clientèle. C'est donc au nom d'une expérience déjà ancienne que je puis parler.
« L'injection se formule et se pratique ainsi qu'il suit : 10 centigrammes de calomel à la vapeur, lavé à l'alcool et séché à l'étuve, suspendu en 1 gramme de pétro-vaseline pure (Balzer) ; le tout, préparé aseptiquemeni et purifié dans l'autoclave, à injecter en une seule fois dans les muscles de la région fessière, en employant, bien entendu, une seringue asep tisée par l'ébullition. Le malade doit rester au repos 36 à 48 heures.
« Comment agit le médicament ainsi employé? Nous ne le savons pas; mais ce que nul ne conteste, c'est la modification profonde qu'il provoque dans les tissus, et son action élective sur le néoplasme syphilitique, quelle que soit la période de la maladie; car ce n'est pas un des points les moins dignes de remarque que de voir ce composé mercuriel aussi puissant sur les produits de la période tertiaire que sur le syphilôme des phases initiales. Que de fois ne l'ai-je pas éprouvé contre les gommes des héréclo-syphilitiques, dans le service de M. le professeur Lannelongue! Et quels miracles ne lui dois-je pas sur les femmes de mon service de Saint-Lazare ! C'est un léontiasis de la face qui disparait en une semaine; c'est une vaste surface d'apparence lupeuse qui se juge en quelques jours par une transformation à vue...
« Mais je dois me borner à citer ici les faits qui concernent plus spécialement la chirurgie, et que je suis heureux d'ajouter à ceux qu'ont publiés déjà Scarenzio et Sofliantini.
« 1 . Le 13 novembre \ 889, je suis consulté par un homme dequaranle-iin ans, qui porte sur le côté gauche et le bout de la langue une tuméfaction demi-ovoïde du volume d'une noisette. Les régions sous-maxillaires sont pleines de ganglions ; deux médecins consultés ont porté le diagnostic de syphilis, car il y a des antécédents qui remontent à vingt-deux ans, et onj. prescrit l'iodure qui n'a amené aucun résultat. Le 14 novemhre, je pratique une injection de calomel, et le 21 novemhre, je puis constater un affaissement complet du néoplasme ; ses bords sont aplatis et arrivent presque au niveau des parties voisines. La guérison complète exigea quelques semaines encore, mais, dès le septième jour, quand je revis le malade, la question était jugée; elle l'était sans doute depuis deux ou trois jours, de façon à ne permettre aucune hésitation.
« 2. Plus récemment, c'est sur une femme de trente-huit ans, auprès do laquelle un confrère m'avait appelé pour l'opérer, que j'eus à vérifier le bienfait «le celle méthode. La syphilis remontait à dix ans, et l'on n'avait épargné ni pilules, ni sirop de Gibert, pour triompher d'une petite tumeur siégeant sur le bord gauche de la langue et accompagnée d'une glande sous-maxiliaire correspondante; ma conduite fut la même que dans le cas précédent, et toute indication opératoire avait disparu au bout de cinq jours.
« Inversemenl, je dois rappeler ici deux cas d'épilhélioma de diagnostic incertain, pour lesquels l'emploi de ce puissant réactif de la syphilis n'a ni retardé ni compromis l'intervention.
« Si ces exemples paraissent concluants, on pensera avec moi que l'injection de calomel présente, au plus haut point, les qualités indis-