HISTOIRE DU TRAITEMENT DE LA SYPHILIS
Qu'avaient fait contre la syphilis les premiers médecins qui la décrivirent? Eh bien, ils furent loin d'être aussi brillants dans leurs innombrables tentatives pour la guérir, qu'ils l'avaient été dans sa conception pathologique. La question du traitement, à l'origine de la maladie, est un des points les plus curieux et les plus instructifs de son histoire.
Quel parti prendre contre ce mal? Sa nouveauté et sa violence n'étaient-elles pas de nature à jeter le désarroi dans la pratique médicale, à bouleverser les idées et les enseignements consacrés par la tradition? C'est ce qui eut lieu. En face de cet horrible prodige, on fut terrifié et affolé comme devant une nouvelle Méduse. Les médecins allemands se montrèrent les moins braves. « Ils gardèrent le silence pendant deux ans entiers, écrivait, en 1519, le
chevalier Ulrich de Hutten, leur compatriote Bien loin de traiter
les malades, ils ne voulaient pas môme les voir. »
D'après Laurent Phrisius, médecin de Metz (1532), « les pauvres attaques de ce mal furent au commencement bannis de la société humaine, comme autantde cadavres pourris, et contraints d'habiter les campagnes et les forêts, abandonnés des médecins qui ne voulaient pas se mêler de traiter ce Mal, ni par spéculation, ni par consultation, ni par visites ».
On ne fut guère plus courageux en Italie. Les médecins, d'après
CRAINTES ET EMBARRAS DES PREMIERS SYI'HILIOTHÉRAI'EUTES.
Gaspard Torella (15(10), évitaient, do Lrailor cette maladie à laquelle ils avouaient qu'ils ne comprenaient rien. — Jacques Catanée écrivait en 1505 :
« Cette nouvelle maladie ayant paru en Italie, plusieurs médecins des plus fameux se trouvèrent fort embarrassés et se refusèrent à la traiter, et avec raison. Car, dans le traitement des maladies, la première indication devant être prise, selon Gallien, de l'essence de la maladie, on n'en pouvait point prendre dans un Mal qui était absolument inconnu. »
En Espagne, d'où le Mal était venu, il se montrait, dit Fernandez d'Oviedo, fort cruel, très difficile à guérir, et presque toujours funeste, parce qu'étant inconnu et n'ayant jamais été vu auparavant, les médecins ignoraient entièrement la façon de le traiter (1535). Jean Almenar s'était plaint, avant 1516, de cette ignorance grossière dans le traitement.
Comment se comportaient les médecins de France en ce tempslà? « Je ne doute point, dit Astruc, qu'ils n'aient été aussi étonnés et aussi embarrassés que les autres, ce qu'on peut conclure des lois que fit sur cette matière le Parlement de Paris. » Le plus ancien traité français sur la maladie vénérienne est de Jacques de Betbencourt, de Rouen. Il parut en 1527. De son temps, on connaissait déjà et on avait expérimenté souvent l'usage du mercure et du gaïac.
Le premier moment de panique passé, la syphilis eut à souhait autant et plus de médecins qu'il n'en fallait. Ils ne lui ont jamais manqué depuis, bons et mauvais, surtout les mauvais. A la peur succéda l'audace. Tout le monde s'arma contre le monstre et lui courut sus avec frénésie. Les moins autorisés, les plus étrangers à toute notion médicale, se mirent en campagne. Quelle tourbe d'éhontés charlatans sort des bas-fonds de l'empirisme ! Ils avaient beau jeu et ils en profitèrent. Ce fut leur règne, aussi néfaste pour les pauvres syphilitiques que le mal dont ils étaient dévorés.
« La maladie s'était répandue d'une manière incroyable, et le nombre des malades augmentant chaque jour de plus en plus, les médecins eurent enfin honte de manquer entièrement à leur devoir dans une occasion si importante. Ainsi, c'est la honte plutôt que l'espérance de réussir qui leur fit entreprendre le traitement de ce Mal. » (Astruc.)
§ I. — Traitement rationnel.
Comment s'y prirent-ils? Us fouillèrenl dans les plus vieilles pharmacopées du moyen âge, dans celles de tous les temps et de toutes les écoles. Leur réquisition fut complète. Ils réparèrent le
ALTÉRANTS, SUDATIONS FORCÉES ET DIÈTE.
temps perdu. Les substances médicamenteuses les plus surannées furent enrégimentées, alignées, mobilisées, et cette ridicule armée se mit en marche et attaqua de front la syphilis. C'est la cure qu'on nomma rationnelle et méthodique. On la regardait comme la plus conforme à la droite raison, et à la méthode alors reçue de traiter les maladies analogues, c'est-à-dire celles qui avaient quelque ressemblance avec la petite vérole.
Dire que tout fut mauvais dans cette médication rationnelle, ce serait être injuste. Ainsi, la diète et un régime très sain, ne permettant que des aliments de bon suc, faciles à digérer et propres à corriger le vice du sang, ne sauraient être blâmés ; au contraire. — Quant à la saignée pratiquée au début de la maladie, on y renonça vite. Les purgatifs eurent plus de vogue sans beaucoup plus d'efficacité.
Mais ce fut au sujet des altérants et des dépuratifs que l'imagination se montra d'une inépuisable fécondité. Et quelles inventions pour les topiques ! Croirait-on que les bains d'huile eurent une telle popularité, qu'il fallut légiférer contre la revente de ce liquide, que les paysans ne se faisaient pas faute de livrer ensuite à l'alimentation : « Triste produit d'une qualité détestable, dit un arrêt du 15 septembre 1498, et dans lequel on a constaté la présence de quantités d'ordures, de croûtes, de bulles et autres saletés, ce qui est très dangereux et contraire à la santé publique. »
Les sudations forcées jouaient un grand rôle dans le traitement rationnel. C'est probablement à elles et au régime diététique qu'on fut redevable des améliorations, sinon des guérisons obtenues dans quelques cas. Gaspard Torella proclamait que « le meilleur moyen qu'il ait trouvé pour guérir les douleurs et même les pustules, c'est de faire suer les malades dans un four chaud ou du moins dans une étuve, pendant quinze jours de suite, à jeun ».
Et, pour compléter la cure, quand la maladie résistait, on faisait avaler des vipères accommodées à toutes les sauces1 et on appliquait un cautère sur le devant ou le derrière de la tête, sur les bras et sur les jambes, pour évacuer les reliquats do l'humeur peccante.
« Tous ces remèdes pouvaient bien, à la vérité, adoucir la violence du mal, corriger la virulence des humeurs et disposer enfin à des remèdes
\. Quelques-uns, pour délBuire les restes de la maladie, ordonnaient l'usage des vipères en différentes manières, comme du vin où l'on avait laissé mourir el infuser des vipères, des bouillons de vipères, de la ebair de vipères bouillie ou rôtie, un sirop fait avec la décoction de vipères, etc. On trouvera ces remèdes proposés plus au long dans Sebastien Aquilanus, Jacques Catanôe du Luc-Marcin, Pierre-André Malldole el Jeun Benoît. (Asthuc.)
ORIGINES ET l'HEMlEHS ESSAIS DU TRAITEMENT
plus efficaces. Nous nous servons encore aujourd'hui, avec succès, de la plupart de ces remèdes quand nous voulons préparer les malades aux frictions mercurielles. Mais ils n'étaient nullement en état d'emporter une si cruelle maladie... » (Astruc.)
§ II. — Traitement mercuriel.
Enfin le mercure vint. Il sauva tout, et les malades et l'honneur des médecins, qui périssait, dit Fallope, si quelques chirurgiens très hardis (ce furent des médecins et non des chirurgiens) n'eussent trouvé, par hasard, l'usage de ce métal. Sans quelques Espagnols, ajoute-t-il, qui savaient comment la maladie se traitait dans les Indes, la vérole aurait été et serait encore incurable.
L'emploi du mercure dans le traitement de la syphilis fut-il réellement un effet du hasard? Non. On arriva à s'en servir avant 1498, et par conséquent, dès les premières années de l'épidémie, en se fondant sur les efîeLs curatifs qu'on en avait obtenus de tout temps dans le traitement des affections cutanées. Les médecins arabes avaient été les premiers à l'employer exlérieurement contre les poux, la gale, les dartres, l'impétigo ou la gratelle, presque toutes les maladies delà peau, et, entre autres, celles qu'on appelait le gros phlegme ou phlegme salé. Et, avant notre ère, ne traitait-on pas, dans l'Inde, l'Iudham (la syphilis indienne) par le mercure ?
Est-ce à Grùmbeck que revient l'honneur d'avoir introduit le premier le mercure dans la thérapeutique de la syphilis1? Son livre de Pestilentiali Scorrâ, sive Malâ de Frantzos, est le premier qu'on ait imprimé sur les maladies vénériennes. Bien qu'il en eût paru plusieurs éditions, il était très rare du temps d'Astruc, et un seul exemplaire de la première restait ; il se trouvait dans la bibliothèque Mazarine.
Les célèbres médecins qui avaient vu le commencement de la syphilis, Gaspard Torella, entre autres, signalèrent, dès 1497, l'emploi du mercure en onguent contre la maladie. Le célèbre Jean
1. Astruc ne parle pas de Grùmbeck connue inventeur du mercure contre ta syphilis. II ne croit pas non plus que ce soit Jean Hérengcr de Carpi, professeur chirurgien à Paris. « Mais lui et Jean de Vigo, son contemporain, en ont été tes principaux promoteurs, ajoute-t-il, puisqu'en l'employant ils traitèrent et guérirent parfaitement un grand nombre de malades et qu'ils acquirent beaucoup de réputation et de bien. » — « Jean de Carpi, assure Fallope. devint, si riche, par ce seul moyen, qu'il laissa au duc de Ferra re, par son testament, 40000 écus, outre l'argent non monnayé. » D'un autre côté, Jean de Vigo rapporte, pour ce qui le regarde, « qu'il avait mille fois éprouvé un cérat. mercuriel de sa façon, et qu'il en avait retiré beaucoup d'honneur et de profit ».
DE LA SYPHILIS l'AR LE MERCURE.
de Vigo, dont l'emplâtre mercuriel est resté dans la thérapeutique, écrivait) en 1514, que « tout ce qu'on avait trouvé de bon pour la guérison de la vérole, tant dans les remèdes particuliers que clans les généraux (croyez-moi, dit-il, j'en ai l'expérience), vient de Théodoric (Capital, de Malo Mortuo) et d'Arnaud de Villeneuve (Capital, de Scabiei) ».
Les principaux symptômes de la maladie nouvelle, les plus frappants, étaient alors des pustules, des ulcères malins, qui faisaient croire qu'elle différait peu de la gale, des dartres, du Mal- Mort. Et, comme on traitait ces affections par le mercure, les médecins s'inspirèrent du précepte de Celse, qui conseille « de ne point chercher dans sa tête des remèdes inconnus, s'il survient quelque mal qu'on ne connaît pas ; mais d'examiner de quelle maladie il approche le plus et de tenter des remèdes semblables à ceux qui ont guéri plusieurs fois un mal approchant, ce qui est le moyen de trouver du secours par analogie ».
Il faut rendre cette justice aux grands médecins du seizième siècle, qu'ils usèrent d'abord avec une grande modération des onguents mercuriels. Le métal y entrait en très petite dose : au quarantième seulement dans celui de Torella. C'était trop peu. On monta au quinzième, au quatorzième, et on finit par aller au neuvième. C'est en cette dernière proportion qu'était l'hydrargyre dans Vonguent sarrasin, le plus fameux et le plus en vogue alors. Il venait des Arabes ou Sarrasins1. Il provoquait souvent la salivation. Théodoric et Guy de Chauliac furent les premiers à la décrire. « Ce liniment, disent-ils, fait sortir des superfluités par la bouche, en faisant baver et en faisant suer sous les aisselles. Le mercure nuit aux principaux membres, aux dents et aux gencives. »
La salivation a été pourtant, d'après As truc, d'une grande utilité dans la médecine. Elle ne tarda pas à en devenir une des calamités.
Pour quelques praticiens, le mercure fut à lui seul un inépuisable trésor. Le problème de la transmutation des métaux, si ardemment poursuivi par l'alchimie depuis des siècles, n'était-il pas enfin résolu? Grâce aux frictions mercurielles, Jean de Carpi, Jean de Vigo et plusieurs autres n'avaient-ils pas rapidement amassé des fortunes énormes ?
1. Voici sa formule, d'après Guy de Ghauliac: Prenez de l'euphorbe et de lu titharge, de chacune 0 onces; de la staphisai^re, 1 once 1/2; du mercure, 3 onces ; de la graisse d'un vieux cochon, 12 onces: incorporez le tout ensemble dans un mortier et l'ailes-en un onguent dont le malade se frottera une fois la semaine.
ADUS DU TRAITEMENT l'A H LES FRICTIONS MERCURIELLES.
Entre leurs mains, le mercure, le vif-argenl, s'était transformé en or. Quel éblouissement! Il fit écarquiller et enflamma de convoitise les yeux des empiriques et des charlatans. Les voici qui surgissent de partout. Les sages, les savants avaient été prudents et même timides dans l'emploi de la méthode des frictions. Eux; ils n'iront pas de main morte. C'est à revers de bras qu'ils frictionnent. Qu'on double, qu'on triple les doses du métal dans les onguents ! Qu'ils ruissellent sur la peau du malheureux syphilitique ! Pour eux, n'est-ce pas un pactole? Ni trêve ni merci! Plusieurs en périssaient. Qu'importe? Ceux qui avaient la chance ou la force de survivre à la violence du remède vivaient misérablement, épuisés par la salivation, la diarrhée, les ulcères de la bouche, émaciés, exténués, réduits à rien, sans dents et avec une bouche bridée ou tordue, incapables de proférer une parole...
C'est alors que s'éleva cette clameur d'imprécations contre le mercure, qui a traversé quatre siècles et trouve encore quelques échos de nos jours.
« Que ceux, disait Gilini, qui se fient à des ignorants ; que les barbiers, les cordonniers, les savetiers et surtout ces coureurs qui sont de véritables bourreaux du genre humain, qui, sans évacuer l'humeur vérolique, prétendent guérir cette maladie par les seuls topiques prennent garde à ce qu'ils font! » — « Les herboristes, toutes sortes d'artisans, de vagabonds et d'imposteurs, se vantent en ce temps-ci de guérir parfaitement la vérole. Comme ils ne savent rien, ils ne doutent de rien, et promettent des merveilles. On croirait à les entendre qu'ils vont ressusciter les morts ; mais ces belles espérances sont bientôt terminées par une mort soudaine et imprévue. » (Torella.)
L'ennemi le plus terrible des frictions mercurielles fut le chevalier Ulrich de Hutten1. Il en avait subi onze fois le supplice pendant les
1. Il nous a laissé le récit navrant des souffrances infligées par le traitement mercuriel, tel que le pratiquaient les médecins de son temps :
« Ils faisaient, dit Astruc d'après lui, avec un Uniment composé de différentes drogues, des onctions sur les jointures des bras et des jambes. Quelques-uns en faisaient sur l'épine du dos et sur le cou; quelques autres sur les tempes et sur le nombril ; d'autres sur tout le corps... On tenait les malades pendant vingt ou trente jours, et quelquefois davantage, enfermés dans une étuve, où l'on entretenait continuellement une très grande chaleur. Après les avoir frottés d'onguent, on les mettait au lit, et, les ayant bien couverts, on les faisait suer. Pour lui, à peine eut-il été frotté deux fois qu'il tomba dans une langueur extrême. L'onguent opérait avec tant de force, que le mal, qui occupait la surface du corps, était repoussé sur l'estomac, d'où il se portait au cerveau et. causait une si abondante salivation, qu'on était en danger de perdre les dents, si l'on n'avait pas attention de prévenir ces accidents. l,e gosier, la langue et le palais s'ulcéraient ; les gencives s'enllaienl ; les dents branlaient ; il coulait de la bouche,
ce qu'étaient autrefois les frictions mercurielles.
neuf années qu'il fut tourmenté de sa fameuse syphilis qu'il ne tint point secrète. Batailleur intrépide et toujours flamberge au vent, il ue s'escrimait pas moins bien de la plume que de l'épée. Novateur ardent, philosophe, satirique, poète, frappant d'estoc et de taille, aussi prompt à l'attaque qu'à la riposte, grand hâbleur par-dessus le marché, ce fut en tout un original de haute volée. Il y eut chez lui du Don Quichotte par quelques côtés de naïve et ridicule extravagance. Piqué de la tarentule et jamais en repos, il vagabonda toute sa vie à travers les Etats de l'Allemagne et de l'Italie, poussa môme une pointe jusqu'à Paris, chantant en tous lieux ses infortunes épiques de vérolé, dans les camps, les universités, les cours des petits et des grands souverains. Il eut deux ennemis contre lesquels il ferrailla
sans relâche, une bave très puante, capable d'infecter tout ce qu'elle touchait et qui produisait des ulcères dans le dedans des lèvres et des joues. Toute la maison se ressentait de la mauvaise odeur. Et cette manière de traiter la vérole était si cruelle que plusieurs aimaient mieux en mourir que de guérir par ce moyen. Ce n'est pas que beaucoup fussent guéris : à peine de cent y en avait-il
un; encore retombait-il le plus souvent au bout de quelques jours Ce qu'il
y avait de plus déplorable dans l'usage des frictions, continue le même auteur, c'est que ceux qui les employaient ne savaient point la médecine. Ce n'étaient pas seulement des chirurgiens qui s'en mêlaient, mais des gens dont tout le mérite était une effronterie sans bornes, et qui employaient sans aucune sorte de science ce qu'ils avaient vu mettre en usage sur d'autres malades, ou ce qu'ils avaient vu employer sur eux-mêmes. Ils se servaient d'un même onguent pour tous les malades et en faisaient, comme on dit, une selle à tous chevaux. S'il survenait quelque accident, ils ne savaient comment y remédier. Le public était assez aveuglé et les médecins assez faibles pour laisser ces scélérats dans la possession d'entreprendre tout ce qu'ils voulaient. Ainsi, n'observant point d'autre règle que celle de tourmenter impitoyablement les malades, ils les trai taient tous indifféremment de la même façon, sans aucuu égard ni à l'âge, ni au tempérament. Ces prétendus guérisseurs ne s'embarrassaient pas d'évacuer par des selles l'humeur vérolique et n'avaient aucun soin d'assujettir à un régime convenable.
Les choses en venaient enfin à ce point que les malades, ayant les dents ébranlées, ne pouvaient plus s'en servir. Comme leur bouche n'était qu'un ulcère puant et que leur estomac était affaibli, ils n'avaient point d'appétit; et quoiqu'ils fussent tourmentés d'une soif intolérable, leur estomac ne pouvait s'accommoder d'aucune sorte de boisson. Plusieurs étaient attaqués de vertiges, quelques-uns de folie. Ils étaient saisis d'un tremblement aux mains, aux pieds et par tout le corps, et ils étaient exposés à un bégayement quelquefois incurable. J'en ai vu mourir plusieurs au milieu du traitement, et je sais que trois paysans malades, ayant été enfermés par un de ces empiriques dans une étuve fort chaude, où ils demeurèrent néanmoins patiemment, clans l'espérance d'être guéris, périrent misérablement par la violence de la chaleur, qui les épuisa peu à peu. J'en ai vu d'autres suffoqués par le gonllement de la gorge, et d'autres qui ont péri par une difficulté d'uriner. Très peu ont recouvré leur santé; encore ce n'a été qu'après les dangers, les souffrances et les maux dont j'ai parlé. »
Ulrich de Hutten ne fut pas Le seul à fulminer contre le mercure. — Gaspard Torella l'accusa formellement d'avoir causé la mort de Jean et d'Alphonse de Borgia. — Johannes Wochs de Cologne, Monlanus (de Vérone) l'incriminèrent aussi avec violence. Ce dernier soutenait <|ue, s'il guérisait ou atténuait les