DANGERS DE L'EMPOISONNEMENT MERCURIEL
l'organisme, dans son inconscience, l'épuisera si bon lui semble.
Aussi les stomatites, quand elles se produisent, sont-elles en général d'une violence encore plus grande qu'avec les frictions. On en a vu d'extraordinaires par leur acuité et par la surabondance excessive du ptyalisme. Elles ont peut-être une tendance plus prononcée à devenir malignes, c'est-à-dire pblegmoneuses et surtout gangreneuses, avec abcès des joues, nécrose des maxillaires, énorme tuméfaction de la langue et crises consécutives d'angoisse respiratoire, imminence d'une asphyxie qu'on ne peut conjurer qu'avec la trachéotomie, etc., etc.
IV. Outre cette intoxication locale de la bouche qui peut prendre des proportions alarmantes, les injections massives sont susceptibles d'en provoquer une beaucoup plus grave, parce qu'elle se généralise et attaque les grandes fonctions de l'organisme.
Ainsi, on a observé quelquefois des symptômes de collapsus et d'adynamie, avec chute des forces musculaires et même des forces radicales : abaissement de la température, sueurs froides, anxiété précordiale, faiblesse du pouls, palpitations, etc. De pareils signes sont l'expression la plus alarmante de l'empoisonnement hydrargyrique aigu. Ils ont été quelquefois les avant-coureurs d'une terminaison funeste. M. Vogeler a réuni dix cas de mort par injections mercurielles (Zun Behandlung der Syphilis mit subcutanen Calomel Injectionnen; Berliner Klin. Woch., 1890. Analyse dans les Annales de Dermatologie et de Si/ph., 1891, p. 267). — MM. Smirnoff, Runeberg, Kraus, Du Castel, ont observé des cas de mort par injections de calomel; MM. Kaposi, Hallopeau, Lukasiewicz et Levvin, par injections d'huile grise.
Que faire dans des conjonctures aussi alarmantes que celles d'un empoisonnement qui menace directement la vie? S'attaquer au foyer toxique d'où il procède et qui sans cesse vient l'alimenter. C'est ce qu'on a tenté plusieurs fois au moyen d'aspiration dans les nodosités pour en enlever le mercure. Et, comme ce moyen était précaire et insuffisant, on a été obligé d'ouvrir largement l'infiltration, depuis les téguments jusqu'aux muscles, pour en extraire toutes les substances mercurielles à l'aide du raclage et d'ablutions détersives aseptiques, neutralisantes. M. Léser, entre autres, a exécuté deux fois celle laborieuse vidange du foyer mereuriel.
M. A. Fournier a ou connaissance de deux autres cas de mort, qui n'ont pas été publiés, et; qui porterait le lotal actuel à une douzaine.