DU TRAITEMENT VÉGÉTAL DE LA SYPHILIS
médecin, fut non seulement délivré de ses douleurs, mais parfaitement guéri. »
I. Le gaïac fut apporté d'Amérique en 1517. Avant l'époque où son usage fut vulgarisé en Europe, les riches malades atteints de syphilis partaient pour le Nouveau Monde et en revenaient guéris. Cette coutume ou plutôt cette mode d'aller aux nouvelles Indes pour faire une cure de gaïac dura pendant tout le seizième siècle
i . Voici une observation curieuse à l'appui d'une cure par le gaïac : << Moi étant à Paris, l'an 1564, j'avais une grande familiarité avec deux jeunes adolescents, enfants de ladite ville, tous deux de bonnes et illustres maisons, desquels je tairai le nom, qui se trouvèrenlinfectésde cette contagion vénérienne, parceque le plus souvent elle se prend par paillardise, acte déshonnète et par conséquent honteux, laquelle ils célèrent tant de temps qu'ils purent; enfin la maladie se fit connaître par la pelade, par pustules rouges qui leur vinrent au front, douleurs au milieu des os, tant des bras, jambes, cuisses, épaules, que sur le devant de la tête, les nuits, jusqu'à environ l'aube du jour, et autres signes, comme la douleur au gosier, ne pouvant bien avaler la viande. Les parents les mirent entre les mains de médecins et de chirurgiens bien expérimentés, qui y firent tout ce que l'art permettait; mais ils ne guérirent pourtant. Pour la seconde fois furent appelés d'autres médecins à cette cure, qui y appliquèrent tout leur savoir, mais en vain ; et, au contraire, cette maladie s'empirait et se faisaient des topb.es et nodosités à la partie antérieure de leur tête, aux os des bras, cuisses et jambes, avec douleurs nocturnes insupportables; et comme la nuit s'approchait et durant icelle, criaient, se plaignaient incessamment tant, que les voisins les entendaient se lamenter de tous côtés, à cause de quoi leurs corps devinrent secs, de complexion différente, et avaient néanmoins les mêmes symptômes; ce que les médecins jugeaient être fort extraordinaire.
« Enfin, ces adolescents, après avoir beaucoup souffert de maux, de peines et d'angoisses, tant par les médecins et chirurgiens, que par empiriques qui les avaient gouvernés, que du propre mal; après avoir fait beaucoup de dépenses et ennuyé leurs parents, furent laissés comme incurables et en état de ne pouvoir jamais plus vivre sainement, et eussent fort désiré que la mort les eût saisis. Les choses étant en tels termes, Dieu eut compassion d'eux et de leurs parents. Le sieur de Chantonnay, gentilhomme bourguignon de la Franche- Comté, fut envoyé par le roi d'Espagne en ambassade par devers Charles IX, roi de France, qui lors se tenait ordinairement à Paris. Ledit ambassadeur, qui fut informé du cas de ces jeunes gens, dit qu'il avait vu en Bourgogne, en Allemagne, en Flandre, en Italie et en Espagne plusieurs vérolés, qui avaient été traités inefficacement, et qui avaient été chercher leur guérison radicale en Amérique, et allégua spécialement l'exemple d'un sien secrétaire. D'après cet avis, ils allèrent s'embarquer en Espagne pour passer à File de Saint- Domingue. Là, les médecins du vice-roi furent d'avis qu'ils passassent en une autre île qu'on appelle de Saint-Jean-au-Port-Riche, ou les femmes sont fort entendues à guérir celte maladie. »
Voici le traitement qu'on leur fit dans une cabane de sauvage, sous la direction d'une femme du pays :
« Elle cassait et fendait avec ses dents de petits tronçons de jeunes arbres de fçaïac, et les faisait bouillir dans un vaisseau de terre sans ouverture : elle leur faisait boire tous les matins une chopine de cette décoction en deux ou trois fois; puis les faisait promener, exercer à l'escrime, ou bien allaient t ravailler aune mine d'or, qui n'était guère loin du village, l'espace de deux heures; puis venaient, étant pleins de sueur, à la maison, et changeaient simplement de chemise; puis les faisait dîner, ne buvant que de l'eau de pluie, puisée dans une mare. Sur les trois heures après midi, on leur faisait boire autant de gaïac Mauriac. 2
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VOGUK EXTRAORDINAIRE DU OAIAO.
Jamais remède n'eut une vogue aussi brillante1. On l'appela le Bois saint. Ulrich de Huttcn le chanta sur tous les tons et écrivit un livre pour le glorifier : De morbi Gallici curatione per administrationem ligni guaiaci. Comme il coûtait cher, on essaya de lui substituer des bois de l'Europe. La décoction du bois de genévrier donna seule quelques succès. C'était du moins l'avis de plusieurs médecins, et même de François Ier qui devait s'y connaître.
On a écrit bien des pages sur la manière de préparer et d'administrer la décoction du gaïac2. Que reste-t-il de tout cela? Rien. Le
comme au matin et faire le même exercice; et, sans autre cérémonie ni remèdes, se trouvèrent entièrement guéris dans six semaines, sans autre inconvénient que d'avoir les gencives enflées et enflammées ; ce dont ils guérirent incontinent après qu'on Jes eut fait saigner, en les piquant en plusieurs endroits avec un os de poisson fort pointu. Les nodosités qu'ils avaient aux os disparurent; toutes les douleurs nocturnes cessèrent dans quinze jours ; l*appélil leur revint; enfin tous Jes accidents se dissipèrent. Ils retournèrent sains en Espagne, puis à Paris; l'un, fils de maître des comptes, est devenu officier aux finances; l'autre a rendu de grands services au roi, ès dernière guerre de l'Union, dans la profession des armes. Il faut que l'arbre soit jeune et tendre : on ne nous en apporte que du vieil. » (Loys Guyon Dolois, sieur de la Nauche, Premières leçons, Lyon, 1623, livre IV, chap. v.)
1. Jacques de Béthencourt met en présence le mercure el le gaïac. Us exposent leurs vertus respectives pour la guérison de la syphilis. Voici ce que le gaïac dit modestement de lui-même en s'adressant au mercure :
Le Grftïflc. « Avoue donc plutôt que tous les médecins s'accordent à te considérer comme une drogue vénéneuse, corrosive et malfaisante... Quant à moi, je vais te dire qui je suis et ce que je vaux...
« A l'époque où il n'existait encore aucun remède qui pût être efficacement opposé aux terribles ravages du mal vénérien, je suis descendu du ciel pour le salut de l'humanité... Ne m'accuse pas de présomption ; je ne dis de moi que ce qu'en dit tout le monde. D'ailleurs, j'ai fait mes preuves, et je suis en honneur chez toutes les nations pour mes vertus divines... Ces vertus ne dérivent ni d'un métal, ni d'un poison ; elles sont conformes et appropriées à la nature de l'homme. Je puise dans ma substance les éléments d'une action puissante sur le mal vénérien. Je divise les humeurs épaisses, je délerge les humeurs visqueuses ; j'ouvre les pores, j'évacue les humeurs malignes par leurs émonctoires naturels, et cela sans violence et sans danger; je préserve de toute souillure les parties saines de l'organisme ; j'assure l'intégrité des viscères essentiels à la vie; je modifie les plaies de mauvais caractère, je les dessèche et je les cicatrise... J'impose seulement à mes malades, pour seconder mes efforts, l'obligation d'une diète sévère ;car, dans le mal vénérien, l'économie est gorgée d'humeurs malsaines, et, comme le dit Hippocrate, << plus vous fournissez d'aliments à un corps impur, plus vous en nourrissez l'impureté ». (Traduction de M. A. Fournier.)
2. On faisait deux décoctions : une première est forte; en soumettant à l'ébullition une livre de gaïac coupé, dans 10 à 12 livres d'eau, jusqu'à réduction d'un quart, d'un tiers ou de la moitié; une seconde est faible, en faisant encore bouillir jusqu'à réduction du quart le bois qui avait servi pour la première.
On donnait au malade qui avait été préalablement purgé et soumis à une diète légère, un verre de la première décoction chaude, de grand malin et sur le lit. Puis on le faisait suer trois heures. Quatre heures après la prise de la première décoction, il mangeait un peu de biscuits, quelques raisins secs, quelques amandes, quelques pistaches et on lui laissait boire abondamment