‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 15 sur 610 · TRAITEMENT PAR LES DÉCOCTIONS DE GAIAC · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PAR LES DÉCOCTIONS DE GAIAC

Bois saint, le gaïac, n'est plus d'aucun usage en médecine. Et pourtant Nicolas Poil,, médecin de l'empereur Charles-Quint, raconte que trois mille malades désespérés furent guéris presque à la fois parla décoction de gaïac, et qu'après leur guérison il leur sembla revivre. — Mais on ne tarda guère à reconnaître ses dangers et ses inconvénients. Tenaient-ils à lui seul? Non, c'était à la diète trop rigoureuse, aux sueurs trop abondantes qu'on infligeait par cette méthode, qu'il fallait les attribuer. Cette diète et ces sueurs n'étaient-elles pas, d'un autre côté,, les seuls agents de la guéiïson? L'auteur du Pourpoint à bouton (singulier titre) écrivait : « Item lesdits Seigneurs qui mangent , qui rongent et broutent de la médecine qui est guayacum, nouvellement trouvé et mal approuvé, comme en plusieurs lieux appert et apparaystra : car tous les

de la seconde décoction. Quatre heures après ce frugal repas, autre verre de la première décoction et trois heures de sudation ; puis hiscuils, raisins secs, amandes et pistaches, arrosés avec quelques verres de la seconde décoction. Quand le patient était trop faible, on permettait un bouillon de poulet et même du poulet bouilli ou rôti, sans sel.

On suivait cette méthode pendant quinze jours consécutifs, on l'agrémentait de lavements. Cette première cure était complétée par une douce purgation avec de la moelle de cassis, la manne, le tamarin.

Après cet intermède, on recommençait le même traitement jusqu'au trentième ou quarantième jour, mais avec un peu plus de nourriture.

Si le malade, au bout de vingt-cinq à trente jours, avait assez de force pour marcher, on lui permettait, quand il ne suait pas, de se promener, bien vêtu, clans sa chambre, toujours tenue à une température élevée.

Deuxième purgation pour parachever le traitement. Après quoi, permission de se promener dans la chambre à côté de la sienne. Même régime encore pendant un mois, sans vin, et seconde décoction comme boisson ordinaire.

Tel fut, en abrégé, la cure par le gaïac, qui guérit tant de malades, paraît-il, que « de fameux médecins se transportèrent en Espagne, dit Hutten, par ordre de l'empereur Charles-Quint et d'un certain évêque d'Allemagne, pour apprendre la vraie méthode d'employer ce bois, de ceux qui l'avaient pratiquée dans l'île espagnole ».

D'après Astruc, la diète permettait à la décoction de pénétrer librement dans toutes les parties du corps, et, comme elle était naturellement âcre et aromatique, elle « atténuait, subtilisait et fondait les globules de sang et de lymphe durcis par le virus vénérien; altérait et corrigeait les gouttes du virus qu'elle rencontrait, ou bien les chassait par la transpiration ou par les urines, et en lavant pendant quarante jours, dans une espèce de lessive âcre, tous Ifs viscères et tous les vaisseaux, elle levait insensiblement les obstructions et les i iiirui-n-emenls qui s'y rencontraient. Ainsi, la malignité du virus étant emportée, détruite, anéantie, les malades recouvrent leur première santé ». (Astruc.)

Que dites-vous de cette ingénieuse explication? On en rencontre à chaque instant dans ce goût-là chez les vieux syphiliographes. Même les modernes ne s'en privent pas non plus, et on en voit aujourd'hui qui exécutent sur le miGrobe de la syphilis (qu'on ne connaît pas) et sur ses luttes avec les spécifiques, des variations pathologico-thérapeutiques qui ne le cèdent en rien à celles des temps anciens, comme fantaisies bizarres, et n'oni d'autre utilité que de prêter à rire.

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