PARALLÈLE ENTRE LE SUHLIMÉ
dans l'œsophage, y produire de très violentes douleurs dont le siège était au dos entre les épaules, ou en avant vers le tiers supérieur du sternum.
Les pilules sont beaucoup mieux tolérées que La liqueur de Van Swieten, dont la saveur est atroce et cause aux malades, et principalement aux femmes, une répugnance insurmontable. Je l'ai modifiée, en donnant pour excipient au sublimé des sirops calmants et des substances aromatiques, sans réussir à lui faire perdre autant que je l'aurais désiré la plupart de ses inconvénients. Quelques malades, les hommes en particulier, la supportent assez bien délayée dans une grande quantité d'eau aromatisée avec du kirsch, du rhum ou du cognac. Mais n'est-il pas à craindre que quelques-uns se laissent aller à trop aromatiser ?
Le protoiodure d'hydrargyre est d'un maniement plus facile que le sublimé. Il est beaucoup mieux toléré que lui par l'estomac. L'intestin est la partie du tube digestif qu'il attaque le plus, quand il ne passe pas Lout à fait inaperçu. Tout se borne, du reste, à quelques coliques et à un peu de diarrhée, qui durent trois ou quatre jours et ne se montrent qu'au début. Quelquefois, dans le cours d'un traitement de longue durée par le protoiodure, les malades éprouvent, sans trop savoir pourquoi, des crises de coliques et de diarrhée passagères. Est-ce le protoiodure qui en est cause ? Toujours est-il qu'en pareil cas on fera bien d'en suspendre l'administration pendant quelques jours. Quant à l'estomac, il reste toujours indemne et ne devient presque jamais gastralgique et dyspeptique par le fait seul de ce sel. La plupart des malades, les femmes surtout, le préfèrent au sublimé.
B. Mais il y a pour lui, comme, pour tant d'autres choses, le revers de la médaille. Le protoiodure affecte beaucoup plus aisément la bouche et les gencives que le sublimé. Il est plus ptyalique. Rarement ce dernier, à doses faibles, moyennes et pourtant curatives, produit-il la salivation. De ce côté-là, il ne ménage presque jamais aucune surprise désagréable ; tandis qu'avec le protoiodure il est bon de se défier et de se tenir en garde. Chez une malade, j'ai vu une seule de mes pilules de 3 centigrammes susciter, au bout de vingt-quatre heures, une stomatite qui m'a forcé d'en rester là.
Du reste, l'idiosyncrasie des sujets joue un grand rôle en fait de tolérànee ou d'intolérance gingivo-buccale. D'abord il y aune différence considérable à cet égard entre les deux sexes. Chez la femme, la tolérance est beaucoup plus faible que chez l'homme pour toutes
ET LE PROTOIODURE D'HYDRARIIYRE.
les préparations mercurielles et en particulier pour le protoiodure. Dix centigrammes de ce sel, par jour, sont une dose moyenne qui a grande chance de ne pas toucher du tout les gencives de l'homme, tandis que, pour la femme, la moitié de cette dose détermine assez fréquemment une irritation de la muqueuse huccale, une légère fluxion des gencives, de l'agacement ou même une véritable névralgie dentaire. Dans maintes circonstances, on peut cependant pousser au delà de 5 centigrammes la dose du protoiodure, quand Faccoutumance s'est établie. Mais qu'on n'oublie jamais, à n'importe quelle période du traitement, la possibilité d'un ptyalisme inattendu.
C. Quant au parallèle entre les effets thérapeutiques, j'ai dit plus haut qu'il ne conduisait pas à une préférence marquée pour l'un ou pour l'autre sel. C'était là un jugement d'ensemble. Entrons dans quelques détails.
On a soutenu que le sublimé exerçait sur la diathèse une action plus profonde, plus lointaine que le protoiodure ; qu'il était plus approprié que lui aux accidents tardifs, invétérés ou d'ordre tertiaire , et qu'il s'associait mieux à l'iodure de potassium qu'on administre toujours, en pareil cas, à cette période de la maladie. En revanche, le protoiodure conviendrait mieux aux premières étapes de la maladie, et serait, par excellence, le spécifique des accidents secondaires à leur naissance et dans la première floraison de leur jeunesse (exanthèmes généralisés).
Est-ce bien évident? Est-il très certain aussi que, comme efficacité préventive, le protoiodure soit inférieur au sublimé? Toujours est-il que le protoiodure me semble d'un usage plus courant, plus général; il passe mieux et agit autant. Et puis, avec lui, on peut aller beaucoup au delà des doses moyennes, quand on veut frapper fort et qu'il y a nécessité de recourir au traitement intensif. On risque beaucoup moins d'offenser le tube digestif. Il est vrai que la bouche en pâtit quelquefois. Mais un certain degré de salivation n'est-il pas nécessaire en pareille occurrence ?
Est-il besoin de dire que chez les sujets dont la bouche est en mauvais état, le sublimé est indiqué, tandis que, chczlcs dyspeptiques et les gastralgiques, c'est le protoiodure?
III. Mercure métallique. — Parmi les préparations mercurielles qui ont joui autrefois d'une certaine vogue, mais qui sont fort délaissées depuis l'introduction du protoiodure de mercure dans la thérapeutique, il faut mentionner les pilules où le Mercure métal-
l'ILULKS DE MERCURE MÉTALLKjl'K.
ligue pur était incorporé de diverses manières, soit éteint, c'est-à-dire divisé dans une poudre quelconque, soit en onguent mélangé à des substances inertes.
A cette catégorie appartenaient les f&meusespilules de Barberousse dont il a été parlé dans Y Introduction. Les pilules de Belloste, les pilules bleues anglaises, le mercure gommeux de Plenclc, dit sirop de mercure, etc., etc., sont aussi des préparations où le mercure est à l'état métallique. On en trouvera plus loin les formules ; on ne les emploie guère de nos jours. Les seules qu'on prescrive encore quelquefois sont les pilules de Sédillot, ainsi composées :
% Pommade mercurielle double 30 grammes.
Savon médicinal pulvérisé 20 —
Poudre de réglisse 10 —
En faire une masse homogène qu'on divisera par pilules de 20 centigrammes. Chacune contiendra 5 centigrammes de mercure.
La dose de 5 centigrammes de mercure est aussi celle des pilules de Belloste et des pilules bleues.
IV. Il était permis d'espérer que le Calomel, qui mercurialise si rapidement l'économie, produirait de bons résultats dans le traitement par la méthode stomacale. Pourtant il n'en est rien. — C'est un mauvais antisyphililique, qui intoxique la bouche et les intestins, sans effets curatifs satisfaisants. Aussi est-il tout à fait disqualifié. 11 forme la base des pilules de Plummer dont personne ne se sert dans notre pays1.
Parmi les auLres préparations mercurielles employées autrefois, bornons-nous à citer le Sidfure noir de mercure, le Bioxyde de mer-
i. C'est surtout la bouche que le calomel endommage. Les frictions sont, de toutes les préparations mercurielles, celles qui possèdent l'action la plus puissante et la plus élective sur la muqueuse buccale. Est-ce parce que le mercure y posséderait des propriétés spéciales? Question qui se présente toujours et qu'il est fort difficile de résoudre. J'ai dit plusieurs fois, mais je ne voudrais pas être trop affirmatif sur ce point, que dans les différences d'action toxique ou médicamenteuse du mercure et. de ses divers composés, il y avait surtout à considérer la quantité plutôt que la qualité. Le calomel vient à l'appui de cette manière de voir. Et, en elfet, 10 centigrammes de ce sel, s'ils sont résorbés, représentent plus de mercure que dix pilules de Dtipuytren, c'est-à-dire que 10 centigrammes de sublimé. Les sels très toxiques, tels que le sublimé et le biiodure d'bydrargyre, sont administrés avec prudence et à petites doses; aussi laissent-ils la plupart du temps la bouche indemne. J'ai administré très souvent, deux cuillerées à bouche de liqueur de Van Swieten, c'est-à-dire 4 centigrammes de sublimé, sans provoquer la salivation. — Mais, je le répète, la part respective qu'il faut faire à la quantité ou à la qualité des mercuriaux, dans leurs effets curatifs, est d'une interprétation fort difficile.
TANNATE DE MERCURE.
ctw*e, l'Acétate de mercure, base des dragées deKeiser1 ; le Cyanure de mercure, vanté par Parent du Chatelet, et qu'on a essayé de remettre en vogue récemment sous forme d'injections dans le traitement des ophtalmopathies syphilitiques, le Turbith, le Protonitrate , le Manganate, le Prototartrate, le Sous-phosphate, le Biiodure qu'on n'administre plus seul à cause de son extrême toxicité, mais qui, associé à Tiodure, entre dans la composition du Sirop de Gibert, dont la vogue a été et est encore très grande.
Les modernes n'ont pas été moins féconds que leurs prédécesseurs dans la recherche et l'application d'autres préparations mercurielles plus jeunes ou moins démodées. Parmi celles qu'on a le plus vantées, mettons en première ligue le tannate et le salicylate de mercure.
Le Tannate de mercure s'administre sous forme pilulaire. Voici la formule du docteur Lustgarten :
1f> Tannate de mercure 1 gramme.
Acide tannique 50 centigr.
Sucre de lait 4 grammes.
Poudre d'opium 5 centigr.
pour dix pilules. Chacune contient 40 centigrammes. Une ou deux par jour, une demi-heure après le repas.
Un des grands défauts du tannate d'hydrargyre, c'est qu'il n'est pas défini dans sa composition. Jusqu'ici on n'est jamais parvenu à en faire un produit toujours identique à lui-même. N'est-ce pas là un vice capital pour un médicament? On Ta présenté, bien entendu, comme une des meilleures préparations mercurielles, réalisant l'idéal de guérir à brève échéance les accidents les plus graves de la syphilis, sans endommager la bouche et les intestins. Tous ces panégyriques, invariablement les mêmes pour chaque invention médicamenteuse, sont très exagérés et d'autant plus décevants. Du reste, on a vu le tannate ou mieux les tannâtes de mercure, puisqu'on n'en obtient jamais un seul toujours le même, produire, comme les autres composés mercuriels, des troubles gastro-intestinaux et de la stomatite 2.
1. Keiser était un charlatan allemand qui inventa ces dragées et parvint à leur donner une grande célébrité au siècle dernier. Contre lui, Linguct écrivit une satire spirituelle, la Cacomonade, histoire politique et morale inspirée du Candide de Voltaire (Cologne, 1766).
2. MM. Brouss et Gai ont communiqué à l'Académie des sciences (31 juillel 1893)
SALICYLATE, GALLATE, l'HÉXATE
Grâce aux remarquables tra vaux du docteur Silva Araujo (de Ji i ( tle-Janeiro), le Salicylate de mercure a été mis au rang- des meilleures préparations mercuriclles dans le traitement de la syphilis. Son action curative, sans être extraordinaire, est néanmoins très
une note sur le gallate de mercure, nouvelle préparation antisyphili tique, dont voici les principaux passages :
« Les bons effets obtenus par divers expérimentateurs et nous-mêmes, dans le traitement de la syphilis, par l'emploi du tannate de mercure, nous ont suggéré la pensée d'essayer un corps très voisin au point de vue physique, le gallate de mercure. Nous espérions, d'abord, trouver dans ce médicament un composé plus stable et mieux défini que ne le sont les produits désignés sous le nom de tannate de mercure. » — Suivent des détails sur la préparation du gallate, qu'il est inutile de reproduire ici. MM. Brouss et Gai ont été amenés a préparer leur gallate de mercure par un procédé qui leur avait déjà fourni le tannate employé dans leurs expériences et qui donne naissance à un composé sinon mieux défini, du moins à teneur en mercure invariable :
If Acide gallique cristallisé 39,60
Oxyde mercurique jaune 21,60
On obtient, après une série de manipulations, une poudre d'un vert noir mal dont la teneur en mercure métallique est de 3,17 pour 100.
« Ce médicament a été administré en pilules formulées comme suit : gallate de mercure, 0,05; extrait de quinine, 0,10. Leur teneur en mercure est de 0,018.
« C'est cette préparation que nous avons expérimentée à la clinique dermatologique de Montpellier, à la dose de deux à quatre pilules, soit 10 à 20 centigrammes de gallate de mercure par jour. Nous l'avons employée sur plus de 30 malades, soit à la période du chancre, soit au cours des manifestations secondaires.
« L'absorption est rapide ; l'examen des urines nous a permis de déceler la présence du mercure, dès les vingt-quatre heures qui suivent l'ingestion de la première dose du médicament.
« Les effets physiologiques ont été généralement nuls, toujours peu marqués; les malades n'ont jamais accusé de salivation accentuée, encore moins de stomatite; porté à la dose journalière de 20 centigrammes et administré pendant un certain temps sans interruption, ce médicament a provoqué, exceptionnellement chez quelques malades, de légères coliques qui, d'ailleurs, ont rapidement cessé par une courte interruption de la médication, laquelle a pu ensuite être reprise et continuée sans encombre jusqu'à la guérison des accidents.
« Quant aux effets thérapeutiques, ils se sont toujours montrés rapidement efficaces; la dose journalière de 10 centigrammes a été généralement suffisante pour les chancres, les accidents secondaires légers (roséole, plaques muqueuses), et leur disparition a été obtenue après quinze jours de traitement en moyenne, un mois au plus. Pour les formes plus sérieuses (papules vulvaires, anales, surtout syphilide papuleuse généralisée), la dose a dû être portée à 20 centigrammes et le traitement quelquefois, mais rarement, continué au delà d'un mois. Enfin, ce médicament nous a encore donné des succès dans certaines formes graves de syphilis secondaire, observées chez des alcooliques ou des cachectiques.
« En résumé, le gallate de mercure est un antisyphilitique puissant, pouvant figurer comme agent de la médication interne de la syphilis à côté du bichlorure et du protoiodure, et présentant le grand avantage de ne pas déterminer, aux doses thérapeutiques, d'accidents mercuriels. Aussi, sans le considérer comme une panacée de la syphilis, nous pensons que, dans le cas où les préparations classiques se trouvent contre-indiquées par suite de troubles digestifs, d'une mauvaise dentition, d'un état général cachectique, etc., ce médicament peut rendre de réels services à la thérapeutique de cette maladie. »
ET PEPTONATE D'HYDRARGYRE.
louable; tandis que son action toxique est à peu près nulle, à la dose quotidienne de 5 à 10 centigrammes.
Parmi les préparations modernes, il faut citer aussi le PkènaLe de mercure, récemment expérimenté par MM. Gamberini et Schadek. Voici la formule de M. Scbadek :
If Phénate de mercure 60 centigr.
Poudre de lycopode )
Baume de tolu. ) ' \'
pour 30 pilules. De 2 à 4 chaque jour. A cette close, le phénate hydrargyrique serait bien toléré par la bouche et le tube gastrointestinal.
Le Peptonate de mercure, préconisé par Martineau, a, comme le tannate, le grave inconvénient de n'être pas un composé chimique défini. La proportion du mercure y est essentiellement variable et on ne peut pas garantir que ce sel sera toujours identique à luimême (P. Pouchet.) Voici la formule des hôpitaux de Paris :
ïfi Peptone hydrargyrique ammonique. 2 grammes.
Poudre d'opium 50 eentigr.
Extrait de gaïac 1 gramme.
Poudre de gaïac 1 —
pour 100 pilules. Chacune de ces pilules renferme 2 centigrammes de peptone hydrargyrique, soit 5 milligrammes de sublimé combiné à la peptone. On en donne 3 ou 4 pilules quotidiennement.
V. Formes pharmaceutiques. — On a vu, par ce qui précède, que presque toutes les préparations mercurielles se donnent sous forme pilulaire. C'est de beaucoup la plus commode et celle que réclament toujours les malades.
La liqueur de Van Swieten est peut-être, de toutes les préparations mercurielles, celle qui cause le plus de répugnance. Les femmes, à Lourcine, l'ont baptisée le casse-poitrine . Il faut qu'elle soit très diluée. Le lait est le véhicule qui la fait le mieux tolérer par l'estomac, parce que, dit-on, il changerait le bichlorure en albuminate.
On associe généralement l'opium aux préparations pilulaires des divers composés hydrargyriques, afin d'atténuer leur action irritante sur l'estomac et les intestins. Il est essentiel, au début, pour assurer la tolérance; plus tard on peut s'en passer. Il est vrai qu'au bout de quelques jours, à la dose de 2, 3 et même 4 centigrammes., l'économie y est tellement accoutumée qu'il est comme un excipient inerte.