SQUINE, SASSAFRAS, SALSEPAREILLE
miracles qu'il fait ce ri est que la diette; duquel bois esl l'invention venue des Grippons et Espagnols mariniers1. »
II. On eut beau gorge r plus modérément les malades de celle fameuse décoction, la rendre plus faible, faire suer moins longtemps, mitiger la diète, on ne retrouva plus dans le bois saint les bons effets curalifs du début. Il ne guérissait, il ne soulageait même pas. Le charme était rompu. On passa à la Squine. Des marchands chinois l'apportèrent à Goa, d'où les Portugais l'introduisirent en Europe. Elle arriva à Venise vers 1536. Vésale y était alors étudiant en médecine, et il raconte que cette racine, qu'on y attendait impatiemment, y fut reçue avec des applaudissements universels. On préparait sa décoction à peu près comme celle du gaïac. Le malade en prenait un grand verre tous les matins au lit. On le faisait suer et jeûner, moins toutefois que dans le traitement par le gaïac, et cela pendant vingt-cinq jours de suite. Charles- Quint y eut recours, après avoir usé du gaïac, à cause de sa goulle et de sa mauvaise santé. Il paraît qu'il y trouva quelque soulagement et c'est là ce qui donna une grande vogue au remède. Mais il tomba bientôt dans le discrédit, et ceux qui l'avaient le plus prôné convinrent eux-mêmes qu'il n'était d'aucune efficacité dans le traitement de la syphilis.
Le Sassafras eut le même sort. Rien ne valait le gaïac. 11 gardait décidément la suprématie dans le traitement dit végétal qu'on exploitait alors, comme on le fait encore aujourd'hui, en haine du mercure. A ce roi solitaire on donna une reine, la fameuse Salsepareille, qui fit d'abord assez bon ménage avec lui et finit par le supplanter. Elle a eu des partisans et pas de mince importance : Fallope, par exemple. Il lui en restait encore il y a quelques années. Affaire de routine, ou simple courtoisie pour la vénérable douairière des spécifiques inoffensifs.
Afin de ne susciter aucune jalousie entre les végétaux et do
{. Cette citation est prise dans un opuscule qui fait suite au Triomphe de Dame Vérole, plaquette imprimée à Lyon en lf)39 et qui est attribuée à Rabelais. C'est là qu'on trouve cette description si pittoresque de la syphilis : « Les gros boutons bastiviaulx; les prunelles, les senelles, les groyselles en forme de noyau de pesche; les escharboucles sauvages; les grosses perles de l'Occident qui reluisent comme gomme de prunier, le dyament à dure taille en coque de lymas et couleur de damas viollet ; les crapauldincs mal brunies, portant diverses faces qui suintent et desgoutent eau pire que fîllet... lesquelles apparaissent pour le premier plat au front, aux tempes... au petit, joly et gentil ventre, au jardin d'amours, entre les deux lestins, entre les épaules, à planta pedis nsquc ad vertieem oâpitis. »