THÉORIES SUR L'ABSORPTION DU MERCURE
Une véritable révolution radicale s'est opérée dans la théorie de l'absorption du mercure à la suite des frictions. Pourquoi sont-elles si efficaces dans le traitement de la syphilis ? C'est parce qu'elles fournissent une vaste surface à l'évaporation du mercure contenu dans l'onguent. N'allez pas croire que ce mercure, étalé sur la peau saine, la traverse et s'infiltre dans l'organisme, soit en nature, soit après Sa transformation préalable en combinaisons solubles. Non. La peau reste inerte et impénétrable. Aussi, à quoi bon la souiller d'onguent? Ne serait-il pas beaucoup plus commode et moins dégoûtant d'employer une surface de vaporisation étrangère à l'organisme, du moment que les frictions ne sont efficaces que parce qu'elles produisent des vapeurs mercurielles qu'absorbent les voies respiratoires ?
Le moyen que propose M. Merget1 consiste clans l'emploi de plastrons de flanelle imprégnés de mercure réduit, et dont le pouvoir émissif, à surfaces égales, dépasse de beaucoup celui de l'onguent qui formait enduit sur la peau. Ces plastrons, que l'on peut porter suspendus au cou, pendant la nuit, ou fixés au-dessous du drap du traversin sur lequel oh dort, émettant plus de vapeurs que l'onguent mercuriel, sont aussi thérapeutiquement plus actifs; ils ont, en outre, le très important avantage d'exercer leur action thérapeutique, sans jamais provoquer ni stomatite ni salivation. Leur effet curatif paraît directement dû au mercure en nature, qui les fait, précisément parce qu'il est en vapeur, pénétrer directement dans l'économie par voie d'absorption pulmonaire; il agit spécifiquement sur le virus syphilitique, sans qu'il soit besoin de recourir à l'intervention d'aucune de ses combinaisons dérivées.
En somme, les frictions cutanées et les flanelles mercurielles de M. Merget rentreraient dans les procédés de la méthode pulmonaire et remplaceraient avantageusement les fumigations. Que par ce procédé on ait obtenu des guérisons, c'est fort possible; mais comment doser exactement le mercure absorbé par les voies respiratoires? Il est peu probable que ce mode de traitement devienne jamais d'un usage général, quoi qu'on fasse pour le régler et le rendre pratique.
Il est vrai que la thérapeutique antisyphilitique est souvent revenue sur ses pas. On a vu, dans Y Introduction, que l'anathème
1. E. Merget. Action toxique, physiologique et thérapeutique des vapeurs mercurielles. (Th. Bord., 1888. — Soc. thérap. de chirurg., 4892. — Journal de méd. de Bord., 1891.)