‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 17 sur 610 · TRAITEMENT DÉPURATIF DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DÉPURATIF DE LA SYPHILIS

concilier tous les goûts, les éclectiques eurent l'ingénieuse idée de les faire bouillir tous les quatre ensemble dans le même chaudron. Ce fut longtemps l'idéal de la tisane sudorifique et dépurative. On la renforçait de follicules de séné oriental, d'antimoine cru, pilé grossièrement, de réglisse ratissée, etc. Elle était conservée dans des bouteilles de verre bien bouchées. Plus tard chacun cuisina à sa guise les tisanes dépuratives. Deux charlatans, dont parle Astruc, persuadèrent qu'ils en faisaient d'une qualité incomparable, parce qu'ils y ajoutaient, l'un de la chaux d'or, l'autre une certaine préparation d'antimoine tout à fait hors ligne. Le premier était chirurgien, le second fondeur en cuivre. Ils eurent un grand succès, tant, dit Astruc, le peuple et surtout celui de Paris, est avide de nouveautés.

Le traitement végétal s'enrichit de beaucoup d'autres bois : le bois Hestebdehen, le bois Kellem, tous deux des Indes orientales; le bois Ettalche, venu d'Afrique et dont la moelle était, paraît-il, blanche en Numidie, noire en Ethiopie, purpurine en Libye. « C'est de cette dernière râpée que les médecins d'Afrique se servaient, d'où vient qu'on l'appelait communément le Bois de la vérole. » (Jean de Léon Africain.)

Jean FerneL quoique très savant médecin, promettait la guérison de la syphilis sans mercure et sans gaïac, parle moyen de deux optâtes de son invention, l'une grande, l'autre petite, composées de dépuratifs et absolument incapables de produire l'effet qu'il en attendait.

III. On finit par délaisser les plantes exotiques pour prendre les nôtres. Guillaume Rondelet, chancelier de la Faculté de médecine de Montpellier (le Rondibilis de Rabelais), se servait pour les malades pauvres du sirop de St-Ambroise, qui se fait avec la décoction de millet et de petites branches de figuier. Eurent aussi leur moment de vogue les décoctions des racines de nos roseaux, de gentiane, de tourmentille, de cyclamen, d'aulnée, surtout de tamaris c et de saponaire, etc., etc. Et la modeste bardane se serait-elle attendue à l'honneur de guérir Henri III ? C'est pourtant ce qui eut lieu, lorsqu'à son retour de Pologne il gagna à Venise une gonorrhéc virulente qui se manifesta de nouveau, quelques années après, et qu'alors, suivant le rapport de Formy', Pierre Pena la réprima par la décoction de racine de bardane.

i. Enfin, Samuel Formy, chirurgien de Montpellier, raconte qu'Henri II I. mi

de France, ayant la vérole, n'ayant pu rire guéri par ses médecins ordina ires, apprit

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Du moment qu'il descendait aux simples, le traitement végétal était perdu. Il allait sombrer dans son innocence. Plus de prestige. Rien de mystérieux dans nos plantes. Passe encore pour les bois do lointaines contrées. — On piétinait sur place. Bien plus, on rétrogradait. N'étaicnt-co pas les procédés enfantins de la méthode rationnelle? Pour la relever, la vipère, s'en souvient-on? y avait été introduite comme un ingrédient de rare et subtile puissance curative. Pourquoi? Fipère, Férole : deux méchantes choses. Qu'on les mette aux prises. Similiasimilibits\ Penin contre Firus. Quatuor symbolique de la même lettre initiale. N'est-ce pas une analogie de bon augure? Que voulez- vous de mieux? Ne riez pas; peut-être n'en fallait-il pas plus alors. Et pourtant, échec, désillusion.

Comment animaliser de nouveau le traitement ? Les voyageurs qui ont exploré les côtes de l'Amérique vont nous l'apprendre. Làbas, les grandes tortues de mer sont excellentes, paraît-il, pour guérir la vérole.

« Ils disent effectivement que si un vérolé ne prend point d'autre nourriture, il lui vient d'abord quantité de clous par tout le corps, lesquels s'étant élevés en pointe suppurent beaucoup, et ils s'imaginent que par ce moyen, dans l'espace d'un mois, tout le virus caché dans le corps en est totalement chassé ! Ils ajoutent que ces écumeurs de mer, qu'on appelle flibustiers et qui infestent les côtes d'Amérique, ne se guérissent pas autrement toutes les fois qu'ils se sentent attaqués de cette maladie, qui leur est fort ordinaire. »

C'est Astruc qui parle ainsi. Quoique peu sceptique, en général, il ajoute :

« On pourra peut-être me faire croire que l'usage de la chair de tortue adoucit pour quelque temps la cruelle violence de la vérole : mais on ne me persuadera jamais qu'il procure une guérison parfaite. »

§ IV. — Triomphe du traitement mercuriel.

Ainsi, déception de tous les côtés. On est au milieu du seizième siècle. La syphilis a été vainement attaquée depuis son apparition,

que Pierre Pcna, qui exerçait alors la médecine à Paris, guérissait plusieurs malades pareils avec un remède particulier, qu'il avait appris d'un Turc; que ce prince C ayant fait venir en fut guéri. Ce remède particulier n'était autre chose qu'une décoction de racine de hardane, coupée par tranches, dans parties égales d'eau de fontaine et de vin blanc, à quoi l'on ajoutait, sur la (in, des follicules de séné. On prenait à jeun, tous les matins, dans le lit, pendant quinze ou vingt jours, une demi-livre de cette décoction, et l'on appliquait, sur différentes parties du corps, de gros cailloux chauds et enveloppés d'un linge, afin de faire suer. (Astruc.)

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