CHAPITRE V
Hydrargyrie buccale. — Stomatite mercurielle et salivation. Son rôle dans le processus curatif. — Ses causes, ses symptômes, ses degrés. Glossite hydrargyrique. — Formes malignes. Troubles généraux et fonctionnels. — Diagnostic. — Durée. Pathogénie. — Prophylaxie. — Traitement.
L'intoxication de la bouche par le mercure et ses composés occupe une place de premier ordre dans l'histoire de ce médicament et dans celle de la thérapeutique syphilitique. Ce qui en a été dit dans Y Introduction le démontre suffisamment. Dès les premiers jours de l'emploi du mercure contre la syphilis, la salivation apparaît tout à la fois comme une calamité et comme un moyen curatif puissant. On la maudit et on la vante, on la redoute et on la souhaite.
Cet état d'esprit, qui a été celui de fort grands praticiens pendant plusieurs siècles, avait ordinairement sa raison d'être et son excuse dans ce qui se passait journellement sous leurs yeux. Ces graves accidents de la syphilis d'autrefois ne disparaissaient-ils pas comme par enchantement, à l'heure même où la bouche était influencée par le traitement? Sans doute qu'auparavant ils étaient amendés. Mais combien plus puissante et plus radicale était l'action thérapeutique, lorsque l'hydrargyrisation était poussée jusqu'à la stomatite !
Sur ce fait incontestable et dont nous sommes encore témoins de nos jours, on édifia maintes théories absurdes dont les conséquences furent funestes dans la pratique.
Soyons justes envers nos devanciers; il y avait un fond de réalité dans ces erreurs. J'ai vu bien souvent la vertu curalive du mercure rester indécise et même inerte, jusqu'au moment où les gencives étaient touchées. Dans ces extraordinaires salivations, qui mirent à mal tant de patients, la sursaturation mercurielle, dont elles étaient la conséquence, exerçait dans toute sa plénitude son influence antisyphilitique.