‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 185 sur 610 · LÉSIONS ET TROUBLES FONCTIONNELS GRAVES · texte numérisé non relu

LÉSIONS ET TROUBLES FONCTIONNELS GRAVES

qui devient une complication dangereuse, parce que l'organe, énormément tuméfié, peut obstruer en arrière l'isthme du gosier, le pharynx, et s'opposer au libre passage de l'air dans la partie supérieure des voies aériennes. Ordinairement, c'est plutôt la partie antérieure que la base de l'organe qui subit ce gonflement extraordinaire. Doublée ou triplée de volume, elle pend en dehors de l'orifice buccal comme un saucisson et dépasse les lèvres de 5 ou 6 centimètres. Dans de pareilles glossites, le processus ne se borne pas à une congestion vasculaire et à un œdème inflammatoire ; il se produit presque toujours, sur les bords ou à la surface, de vastes plaques de sphacèle blanc, qui causent des pertes de substance considérables; mais pas autant néanmoins qu'on le craignait tout d'abord, sans doute parce que là, comme dans le chancre infectant, la nécrobiose se fait plus au détriment de la néoplasie œdématoplastique que du parenchyme lui-même. Dans un cas de stomatite hydrargyrique survenu chez le baigneur qui préparait les bains de sublimé à l'hôpital du Midi, l'intoxication porta principalement sur la langue. Elle devint monstrueuse, comme volume, et ne diminua que lorsqu'on eut ouvert un phlegmon qui s'était formé profondément dans son épaisseur.

Les ganglions sous-maxillaires sont touchés plus ou moins dans toutes les formes de l'hydrargyric buccale. Dès le début, ils se gonflent un peu et s'endolorissent. La plupart du temps les choses en restent là. Mais lorsque Fhydrargyrie est maligne, l'adénopathie symptomatique peut devenir énorme et aboutir à la suppuration phlegmoneuse. Il en est ainsi également des glandes salivaires. Leur engorgement, qui est nul ou insignifiant dans les formes bénignes ou moyennes, va quelquefois dans le degré qui nous occupe jusqu'à l'inflammation aiguë, jusqu'au phlegmon diffus. Cette terminaison s'observe au plancher de la bouche, mais principalement dans la région parotidienne. Il faut noter aussi parmi les complications l'érysipèlc de la face et les abcès de la joue.

Les troubles fonctionnels arrivent dans l'hydrargyrie buccale maligne à leur plus haute intensité. Toules les fonctions buccales deviennent impossibles. Les malades sont bientôt incapables de mastiquer, de parler et même d'avaler. Quelquefois la respiration est très gênée. Il en résulte une anxiété qui contribue, avec tout le reste, à jeter promptomenl les malades dans un élal morbide général grave que ne présentent jamais les formes ordinaires. La fièvre est quelquefois très violente, mais elle ne dure pas. Ce qui se

PRODUITS PAR LA STOMATITE HYDRARGYRIQUE.

produit et s'accentue tout d'abord, c'est la faiblesse, la langueur de toutes les fonctions, la pâleur anémique, l'amaigrissement par défaut d'alimentation et une nervosité débilitante. Tous ces symptômes conduisent vite à un état de cachexie et de marasme dangereux qui s'est terminé quelquefois par la mort.

III. Diagnostic. — Le diagnostic des stomatites mercurielles ne présente aucune difficulté. Parfois, chez les personnes dont la dentition est en mauvais état, il est malaisé de savoir si l'hydrargyrie intervient et à quel moment. La fétidité de l'haleine plus encore que l'état des gencives révèle le plus léger degré de l'intoxication. Ajoutez-y la sensibilité spéciale des gencives, dans les foyers d'élection, le liséré rouge, l'état déchiqueté et fongueux de leur bord libre, l'agacement des dents, le goût métallique qu'éprouvent les malades, etc. Au début du traitement hydrargyrique, j'ai soin de leur énumérer ces symptômes et je leur recommande de le sus, pendre complètement dès qu'ils les ressentent.

IV. Durée. — La durée de l'hydrargyrie buccale est en rapport avec son intensité. Elle est généralement beaucoup plus longue que celle des stomatites ordinaires. Même dans les cas légers, il ne faut pas compter dix ou douze jours, comme on le dit à tort, mais deux, trois, quatre septénaires pour obtenir une guérison complète. Je parle, bien entendu, des cas dans lesquels on a cessé d'administrer le mercure dès le début de la stomatite, ce qui est la première condition si on veut arrêter le processus. Dans l'hydrargyrie maligne, la durée des phénomènes aigus est beaucoup plus longue ; et, à cette durée, il faut ajouter celle des complications qui ne demandent pas moins de temps.

V. Pathogénie. — La pathogénie des stomatites mercurielles a été diversement expliquée. Deux théories surtout ont régné depuis longtemps.

D'après l'une, ce serait sur les glandes salivaires que l'intoxication se concentrerait d'emblée. Elle produirait une véritable parotidite mercurielle. Il en résulterait un flux de salive chargée d'hydrargyre, qui ontraîneraitplusou moins promptement l'irritai ion de la muqueuse buccale. La stomatite ne serait donc qu'un effet.

Dans l'autre lliéorie, au contraire, c'est par la stomatite que commencerait le processus d'intoxication. Au lieu d'être la conséquence de la salivation, elle en serait la cause. Cette salivation, qui

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