DANS LE TRAITEMENT PAU LA MÉTHODE STOMACALE
aux progrès de la chimie et de la pharmacie, on en créa de nouvelles dont les doses calculées arrivèrent à l'effet curatif contre la syphilis, sans être dangereuses pour la santé générale ni pour le tube digestif.
Paracelse, dans le seizième siècle, Van Helmont, dans le dixseptième, tous deux chimistes, médecins et surtout alchimistes, découvrirent une quantité d'arcanes à base de mercure, auxquels on attribuait une vertu cabalistique et mystérieuse. Ils élevèrent le mercure au même rang que l'antimoine qui jusqu'alors avait élé considéré comme le médicament par excellence. Ils contribuèrent l'un et l'autre à fonder, à propager et à étendre la méthode stomacale qui devait, à la fin du dix-huitième siècle et plus tard, l'emporter sur toutes les autres.
Les médecins du dix-septième et du dix-huitième siècle, beaucoup moins préoccupés de la science syphiliographique proprement dite que du traitement de la maladie, consacrèrent tout leur temps à inventer ou à varier les préparations mercurielles auxquelles on associait souvent celles d'or, d'antimoine, etc. A l'époque d'Astruc, le mercure métallique, le mercure sublimé doux ou l'oxyde de mercure, les sulfures (éthiops, turbith minéral), le sublimé corrosif, formaient la hase des principaux remèdes antisyphilitiques. Il y avait le Mercure violet ammoniacal, le Mercure par défaillance qu'on employait en tisane, la Panacée mercuriellc ou tisane sudorifique de gaïac, de salsepareille, de squine, etc., dans laquelle on dissolvait une dose convenable de mercure doux.
III. Le charlatanisme et l'empirisme s'emparèrent aussi de la méthode stomacale, comme ils l'avaient fait des méthodes par les frictions et les fumigations. De là viennent la plupart des Remèdes dits secrets qu'Astruc a si bien critiqués. Il cite les principaux ou les plus variés : la Panacée solaire et lunaire de Michel de la Vigne, médecin du roi, que Frédéric Hoffmann a louée; la Panacée de La Brème ; les Gouttes du général de La Motte, teinture d'un beau rouge écarlate, faite avec du précipité rouge ; l'Arcade coralin, Y Hercule Provins ou for de oie de Hartmann; le Précipité rouge solaire décrit par Gervais Uçay, de Toulouse1, etc.
1. LYay, parmi les syphiliographes du seizième siècle, est celui qui a porté le jugement le pins perspicace, le plus raisonnable cl, le plus clinique sur l'action du mercure dans le traitemenl de la sj philis : « La vérole, dit-il, n'est pas guérie, mais seulement ses symptômes. Il reste encore sur le corps quelque porlion du ferment vérolique, Lequel, par succession detemps, se domestique ci s'embarrasse parmi les humeurs, de telle sorte qu'on voit, dans la suite, naître les
TRAITEMENT l'AH LU SUI1LIMÉ CORROSIF.
Le sublimé corrosif prit une place prépondérante dans la médication interne. Van Swieten l'ut celui qui contribua le plus à en vulgariser l'usage avec la fameuse liqueur qui porte son nom et dont on se sert encore aujourd'hui. Il n'eut pas grand frais d'imagination à faire pour l'inventer, puisque Wiseman l'avait déjà prescrite un siècle auparavant, en 1676. Mais elle avait obtenu alors peu de succès. Elle eut l'avantage de faire une concurrence sérieuse aux frictions dont les inconvénients paraissaient toujours considérables, malgré la prudence et la réserve qu'on apportait à leur usage.
L'action du sublimé sur les voies digestives était souvent très nuisible. Aussi l'idée vint-elle à Cirillo, en 1780, de l'incorporer dans un onguent et de l'employer en frictions. Cette méthode n'est pas restée dans la pratique.
IV. La découverte de la circulation, faite en Angleterre, donna naissance à une foule de théories sur les maladies et l'action de leurs médicaments. Le mercure n'y échappa point1. D'après les solidistes, il pénétrait dans le sang, et en se mêlant à lui, se livrait à des mouvements que seul il pouvait produire et qui avaient pour résultat de fragmenter à l'infini le principe morbide et de l'expulser au dehors. En général, les théories sur l'action du mercure, quel que soit le système qui les inspire, sont puériles, inutiles ou même nuisibles. Mais elles ont un point de départ vrai, le passage du spécifique dans le sang, etc.
§ VI. — Mercurialistes et antimercurialistes anglais.
I. Un grand théoricien, qui fut en même temps un des médecins les plus célèbres de son temps, Boerhaave, renouvela dans le
incommodités qui ne ressemblent plus à la vérole, quoique pourtant elle en soit la véritable source. C'est de là que viennent tant de maladies héréditaires, de tumeurs scrofuleuses, tant de vieux ulcères, tant de gouttes et.de rbuniatismes, tant de tlueurs blancbes aux femmes, et, en un mot, c'est de là que dérivent la plupart des maladies que l'on voit dans les familles et que malbeureusem. nl l'on traite par les voies ordinaires, parce qu'on en ignore la source et que bien souvent les médecins n'oseraient même pas en ebereber l'origine. »
1. Le principe de toutes les théories mécaniques, bumorales, etc., c'est que le mercure introduit dans le sang y eirectuail des mouvements, des combinaisons au moyen desquelles il prenait corps à corps le virus, s'emparait de lui, le dissolvait ou le neutralisait, et sortait ensuite en sa compagnie au moyen de la salivation. La salivation, en tant qn'émoncloire, fut toujours considérée comme supérieure aux sueurs ou aux diarrhées abondantes. C'est qu'elle était provoquée par le mercure seul, tandis qu'on agissait sur les sécrétions de la peau et des intestins par d'autres moyens qui n'avaient rien de spécifique contre la syphilis.