COUP D'OEIL SUR LA SYPHILIOTHÉRAP1E EN ANGLETERRE
traitement de la syphilis les imprudences et même les excès du quinzième siècle. Il le poussa à outrance et bien au delà de l'effet curatif raisonnable et nécessaire. Il fut un des derniers et un des plus chauds partisans de la salivation. Il la croyait indispensable, et n'admettait pas qu'on pût guérir un syphilitique si on ne lui faisait rendre 3 ou 4 litres de salive par jour. Pour y arriver, il employait le calomel à l'intérieur et les frictions à l'extérieur.
Une violente réaction se produisit contre la salivation, dont on avait tant abusé depuis deux cents ans. La médecine anglaise, qu'Harvey avait rendue glorieuse par la découverte de la grande circulation du sang, que Sydenham plus tard avait tant illustrée, se montra digne de ces deux grands hommes dans toutes les questions de la syphilis et de son traitement. John Hunter , qui clôt le dix-huitième siècle et devient l'initiateur de la science moderne, n'occupe-t-il pas en effet une place de premier ordre dans la syphiliographie? Parmi ceux qui le précédèrent, quelques-uns ont rendu au traitement de la syphilis par le mercure des services signalés.
En 1684, David Abercromby déclara formellement que la salivation n'était pas nécessaire'. Law inventa la méthode d'administrer le mercure à doses fractionnées. Meat fut un des plus fermes partisans de la médication mercurielle interne :
« Prises à l'intérieur, dit-il, les préparations mercurielles pénètrent aisément dans le fond des organes sécréteurs, et le sang s'en débarrasse ; au lieu que dans toutes les onctions mercurielles nous ne sommes jamais certains qu'il n'est point resté de particules mercurielles cachées dans les interstices des fibres et dans les cellules osseuses, parce qu'aussi, en supputant la quantité de mercure requise pour exciter la salivation, soit qu'on le donne intérieurement, soit qu'on le donne en frictions, il est évident que, dans ce dernier cas, la dose est infiniment plus forte que dans le premier et que, par conséquent, les inconvénients qui en résultent sont dans la même proportion. »
1. Un de ses compatriotes, Sinlelaer, en 1702, soutint la même thèse dans son ouvrage intitulé : The scourge of Venus and mcrcwy, etc., wilh trueioay ofcurinij the mrrcurial pox, fourni to be more dangerous than pox ilself. — Ainsi, on faisait déjà une syphilis mercurielle à côté de la syphilis infectieuse vraie. Celte manière de voir a eu beaucoup de partisans parmi les médecins modernes de l'Angleterre, un entre autres du plus grand mérite, Graves. En Allemagne, Ludolff attribuait au traitement mercuriel les plus^redoutables accidents de La syphilis (1747).
Ce sont là les premiers précurseurs de l'anLimcrcurialisme moderne. Au dixhuitième siècle cependant le mercure était très en honneur. 11 y avait alors beaucoup moins d'antimercurialistes qu'au seizième et au dix-septième siècle. I.'' gaïac. et même la saignée étaient cependant employés encore par quelques praticiens. W. Bromfield, en 17."i9, avait proposé comme nouveauté l emploi des diurétiques.