DANS LE TRAITEMENT DE LA SYPHILIS
sion, comme n'auraient pas manqué de le faire, s'ils l'avaient connu, les anciens syphiliogTapb.es.
Toujours est-il que, contre les accidents d'ordre purement tertiaire, qu'ils le soient par leur date ou par leurs lésions, ou par toutes les deux à la fois, ce qui est le cas le plus commun, l'iodure de potassium possède une vertu curative étonnante par la sûreté et la promptitude extraordinaire de son action. Il réalise à peu près l'idéal absolu du spécifique. Voyez-le calmer, presque instantanément, les névralgies, les céphalées, les douleurs exosto-périostiques, fondre les gommes, cicatriser les ulcérations de la peau et des muqueuses, faire disparaître en quelques jours les tumeurs syphilomateuscs du périoste, des os, des muscles, arrêter, réparer les lésions profondes des viscères et dissiper leurs troubles fonctionnels, etc., etc.
N'est-ce pas miraculeux? Combien de fois n'a-t-on pas l'occasion d'en être émerveillé? Et que d'affreuses affections n'a-t-il pas guéries, dont on désespérait, qu'on croyait malignes, incurables, qu'on allait enlever et qui n'étaient que de vieilles lésions syphilitiques négligées, méconnues, métamorphosées par leur vétusté : pseudo-lupus, pseudo-carcinomes, pseudo-phtisie pulmonaire, etc.! Nous enregistrerons bien souvent ses prodigieuses prouesses. Nous le verrons guérir des paralytiques, ressusciter des comateux, dépurer des dyscrasiques, revivifier des cachectiques qu'on croyait perdus et même incapables de développer l'action bienfaisante d'un médicament quelconque...
III. C'est que l'iodure de potassium a l'immense avantage d'être moins toxique que le mercure. Il déploie ses moyens curatifs sans produire aucun dommage fâcheux dans l'organisme.
A part quelques troubles, qui ne sont pas sans inconvénients, il est généralement bien toléré, et, avec lui, on n'a pas besoin d'être toujours sur le qui-vive, comme avec le mercure.
Est-il besoin do réfuter la vieille erreur de certains syphiliographes qui avancèrent que l'iodure n'agissait qu'en libérant le mercure encapsulé dans nos tissus, on le dissolvant, en le faisant circuler de nouveau dans l'organisme, etc.; de telle sorte qu'un h\ ilrarg-yrisme antérieur serait la condition indispensable de son efficacité '? La pratique do Lous les jours réfute cette étrange et
\. M. Souchow, f|ui a fait, sous la haute direction du célèbre professeur Tarnowski, de délicates et minutieuses investigations sur ce point, proclame, contrairement à beaucoup d'auteurs, que l'iodure retarde F élimination du mer-
278 OPPORTUNITÉ DE L'IODURli A TOUTKS LES PHASES DK LA SYPHILIS.
insoutenable doctrine. L'iodure ne doit sa merveilleuse spécificité antisyphilitique qu'à lui seul. Jl La déploie avec autanlde plénitude et do rapidité chez coux qui n'ont jamais pris un atome de mercure que chez ceux qui ont été sursaturés1.
IV. Son application n'esL pas circonscrite à la phase tertiaire de la syphilis, bien que ce soit là son terrain d'élection. Dans la syphilis primitive, dans la syphilis secondaire, il est formellement indiqué en maintes circonstances. Il trouve son opportunité pendant toute la durée de l'infecLion, chaque fois qu'il y a, soit comme forme et processus de la lésion, soit comme date de son apparition, quelque indice positif ou même simplement quelque velléité de ce qu'on doit entendre par tertiarisme dans la plus large acception de ce mot.
Ainsi il est indiqué dans l'accident primitif lui-même, quand sa sclérose est volumineuse et ressemble à une gomme, quand il devient ulcéreux et à plus forte raison phagédénique.
Dans tous les troubles constitutionnels de la phase secondaire, dans la cachexie initiale, il est tout aussi efficace que dans les phénomènes morbides du même ordre qui appartiennent à la phase tertiaire de la maladie. Je l'emploie aussi dans les syphilis secondaires attardées, etc.
V. Les doses auxquelles on administre l'iodure de potassium sont extrêmement variables. Elles présentent même des oscillations qu'aucun agent thérapeutique ne permettrait au même degré, ce qui prouve bien sa souplesse, sa malléabilité, son innocuité relative. Ainsi, tandis que certains praticiens timorés ne le doncure, loin de la favoriser. Il affirme que l'élimination du mercure par les urines est, non seulement retardée, mais diminuée, lorsque le patient prend en même temps de l'iodure. La conclusion pratique qu'il en faudrait tirer, c'est que l'iodure serait nuisible plutôt qu'utile dans l'intoxication hydrargyrique. Il est certain qu'il est bien inerte contre la salivation.
1. Le conflit entre le mercure et l'iodure, au sein de l'organisme, a donné lieu à de nombreuses controverses. Chose curieuse et un peu décourageante, on n'est pas bien édifié encore sur ses résultats. Ce qui est bien établi, c'est qu'il n'y a entre cuxaucunc incompatibilité. On peut administrer simultanément de fortes doses de l'un et de l'autre sans qu'il en résulte aucun effet toxique par suite de la formation de biiodurc. Ce dernier sel, qui est très toxique, se produirait dans une cornue. Mais, dans les profondeurs de l'économie, les choses ne se passent pas ainsi, et c'est fort heureux. A sa surface, il en est. autrement. Qu'on dépose, en effet, un sel mercuriel. précipité jaune, du calomel, par exemple, sur la conjonctive d'un individu qui prend de l'iodure, il en résultera une douleur intense et peut-être une inflammation grave, par suite de la formation de biiodure. La réaction s'effectuera là comme dans un vase à expériences. Je reviendrai sur cette intéressante question.