PRÉDISPOSITIONS QUI LE FAVORISENT
gère même pas l'explication et nous laisse tout humiliés de notre ignorance.
Quoique très commun, l'iodisme ne s'élève au degré d'une intoxication générale que chez un certain nombre de personnes. Elles y restent sujettes toule leur vie, sans que l'accoutumance les en préserve d'une façon décisive, et l'empoisonnement iodique se formule toujours chez chacune d'elles sous le même type '.
Toutefois, il y a des cas dans lesquels la prédisposition à l'iodisme disparait au bout de quelque temps, sans qu'on sache pourquoi. J'en ai observé plusieurs exemples. Faut-il l'attribuer à certaines modifications intimes de l'organisme, ou bien à des circonstances extérieures, telles qu'une vie plus régulière ou un changement de régime? Il est certain que l'intempérance, l'abus de liqueurs alcooliques et fermentées, une nourriture excitante qui irrite et surmène l'estomac et les intestins, les excès de tout genre sont favorables à l'empoisonnement iodique. 11 est donc tout naturel que leur suppression mette un terme à ce que nous considérions comme une idiosyncrasie. Mais elle existe, à n'en pas douter, et si elle disparait parfois au bout de quelques mois, d'un an ou même plus, elle est, en revanche, susceptible de durer indéfiniment.
Il est vrai qu'un très grand nombre de malades s'accoutument à l'iodisme et le surmontent quand ils ont la patience et le courage d'en supporter les inconvénients. Peu à peu, au bout de trois ou quatre jours, les phénomènes iodiques s'atténuent, sans qu'on diminue les doses du médicament. Aussi le patient et le médecin auraient-ils grand tort de se rebuter avant d'avoir tout tenté pour obtenir l'accoutumance. L'iodisme guérit parfois spontanément et vite, sans qu'il soit nécessaire de diriger contre lui un traitement spécial. Les symptômes toxiques se dissipent même assez rapidement quoiqu'on continue l'administration de l'iodure. Cependant, s'ils étaient intenses ou trop désagréables, on ferait bien de suspendre momentanément l'usage de ce sel, pour le reprendre ensuite à brève échéance.
1. En voici un exemple frappant : le docteur Pellizarri vit survenir chez un de ses malades, sous l'influence de l'iodure, une éruption fébrile si grave et si singulière qu'il l'ut tenté de l'attribuer au larcin. Eh bien, cinq fois de suite, . l'iodure détermina une semblable dermopalhie chez le même patient. M. R. W. ïaylor rapporte le ras d'un sujet qui, ayant eu, la première fois qu'il prit de l'iodure, une éruption huileuse très caractéristique, en fut atteinl de nouveau, vingt ans après, quand il revint pour la seconde fois à L'usage de ce médicament.
PROPHYLAXIE DE L'IODISME
Avons-nous des moyens thérapeutiques propres à prévenir et à combattre l'iodisme? On a prétendu que quelques gouttes de liqueur ammoniacale anisée, ou quelques grammes de bicarbonate de soude ajoutés à la solution d'iodure de potassium, pouvaient le prévenir. Rien n'est moins certain. On a signalé aussi, mais sans en faire de véritables antidotes, le bromure de potassium, la morphine, le salol, le sulfanilate de soucie, la belladone, etc. Ce dernier remède, d'après les recherches d'un excellent observateur, M. le docteur Auhert (de Lyon), diminuerait et neutraliserait même l'action de l'iodure sur la muqueuse naso-pharyngienne. Cinq à dix centigrammes d'extrait de belladone, administrés quotidiennement, ont fait disparaître l'intolérance de cette muqueuse, et l'immunité a persisté après la cessation de la belladone et malgré la continuation de l'iodure. Puisque les grosses doses sont mieux tolérées que les petites, faudra-t-il en donner d'énormes pour combattre l'iodisme ? Ce serait dangereux s'il s'agissait d'un iodisme grave et il ne faudrait pas s'y hasarder.
L'association de l'arsenic à l'iodure de potassium dans la même formule favorise la tolérance de ce dernier. Ricord mettait dans sa solution iodo-arsenicale 5 milligrammes environ d'arséniate de soucie pour 1 gramme d'iodure de potassium. D'autres se bornent à 1 milligramme par gramme d'iodure. On peut ajouter aussi à la solution iodurée autant de gouttes de liqueur de Fowler qu'elle contient de grammes d'iodure de potassium.
Combiné avec le biiodure d'hydrargyre, comme dans le sirop de Gibert, l'iodure passe pour développer beaucoup moins que lorsqu'il est administré seul les accidents de l'iodisme1.
L'impureté de l'iodure de potassium, qui, lorsqu'il est mal préparé, contient desiodates, a été regardée comme la cause principale des accidents iodiques. Pour quelques-uns, c'est possible, pour ceux de l'estomac et des intestins par exemple, mais pas pour tous, pour ceux en particulier qui sont très spéciaux, car l'expé-
1. 11 n'en est pas toujours ainsi : un de nies malades qui avait bien toléré l'iodure, sans en éprouver qu'un peu de larmoiement et de coryza, (ut atteint, huit mois après, de symptômes graves d'iodisme provoqués par une seule cuillerée à dessert de ma formule de biiodure ioduré. Il y avait une heure environ qu'il l'avait avalée, quand il fut pris de douleurs intolérables dans les dents, le nez, la gorge et les oreilles. Mais ce qui le terrifia, ce fut une toux spasmodique. accompagnée d'une grande angoisse respiratoire, de suffocation et de crachements pituiteux. Cette première crise dura cinq heures. — Une seconde cuillerée à dessert provoqua une nouvelle crise très violente aussi, mais moins que la première. Il ne prit ensuite qu'une cuillerée à café par jour de la solution et elle fut tolérée. Peut-être l'iodisme fut-il favorisé chez lui, à ce moment-là, par un peu de bronchite qu'il avait depuis quelques jours.