‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 223 sur 610 · THÉORIES SUH L'ACTION CURATIVE DE · texte numérisé non relu

THÉORIES SUH L'ACTION CURATIVE DE

dangers des médications actives dans les cas de lésions rénales. Thèse remarquable. Paris, 1877.)

La sécrétion du lait est diminuée par l'iodure de potassium, à tel point qu'on en peut entraver la montée, dès le premier ou le deuxième jour des couches, en le prescrivant. D'un aulre côté, comme j'ai dit plus haut, son action diurétique est loin d'être prouvée. Toutes ces circonstances n'expliquent-elles pas l'augmentation d'embonpoint que Wallace avait remarquée chez les syphilitiques traités par ce sel?

Je n'ai jamais constaté que l'iodure atrophiât les mamelles ni les testicules, comme on le prétend. Je ne crois pas non plus qu'il diminue l'activité génitale. Lugol avait remarqué que les scrofuleux qu'il traitait par l'iode devenaient lascifs. Les expériences les plus modernes tendent à en faire un modérateur du mouvement nutritif. Est-ce là le dernier mot sur lui? Je ne saurais le dire.

IX. Comment agit l'iodure contre les manifestations de la syphilis ? On l'ignore absolument, et toutes les théories qu'on a faites à cet égard n'ont aucune valeur et ne méritent pas d'être mentionnées. Pendant longtemps, on l'a regardé comme un désassimilant, si bien qu'on l'employait pour combattre l'obésité. Les expériences de MM. Gamberini et Rabuteau sont contraires à cette opinion. Ce dernier, dans une série d'expériences faites sur lui-même, a constaté que, sous l'influence de 1 gramme d'iodure pris chaque jour pendant deux semaines, Furée descendit de 24 grammes à 13 et que sa diminution fut à un moment de près de 40 pour 100.

Plusieurs auteurs croient que l'iodisme est indispensable pour que les effets curatifs se produisent. C'est une erreur contre laquelle proteste l'expérience de chaque jour. Maintes fois l'iodure guérit à vue d'oeil les lésions tertiaires sans susciter aucune action toxique, tandis que, d'autres fois, il ne les influence que peu parce qu'on le donne à trop faibles doses. Or c'est précisément avec ces faibles doses que se développe surtout l'action toxique. Avec le mercure il n'en est pas ainsi ; les effets curatifs n'atteignent toute leur plénitude que quand l'intoxication hydrargyrique apparaît sur les gencives et qu'il existe un certain degré de mercurialisme.

Un médecin américain, M. II. tC. Wood, soutint en 1888 une thèse assez originale au sujet de l'iodure de potassium employé dans le traitement de la syphilis. Il prétendit, eu effet, que, quand

L'IODURE de potassium contre la SYPHILIS. 299

il s'agissait de syphilose cérébrale, ce spécifique était une vraie pierre de touche, pour peu que le diagnostic fût embarrassant. « Administrez en pareil cas, disait-il, 3 grammes d'iodure de potassium. S'ils ne produisent pas d'iodisme chez le patient, tenez pour certain que son encéphalopathie est d'origine syphilitique. » (Therap. Gazette, déc. 1888.) Cette étrange assertion fut mise en doute et combattue par M. J. W. White {Th. Gaz., March 1889), qui écrivit une lettre circulaire à plusieurs syphiliographes et médecins pour leur demander leur opinion sur ce sujet. Douze réponses lui furent envoyées. Dans toutes on affirmait que la prédisposition à l'iodisme était aussi grande chez les personnes non syphilitiques que chez les syphilitiques et qu'il n'y avait aucune raison sérieuse de croire que la syphilis conférait une immunité, à quelque degré que ce fût, contre l'intoxication iodique ; qu'il était donc tout à fait téméraire et dangereux de baser le diagnostic sur des éventualités toxiques qui n'avaient rien à voir avec la nature de l'encéphalopathie. M. R. W. Taylor fut au nombre des syphiliographes qui s'élevèrent contre l'assertion de M. Wood.

La pathogénie de l'iodisme nous est tout à fait inconnue. On n'explique pas plus les effets toxiques que les effets thérapeutiques de l'iodure. Certes, les théories ne font défaut ni pour les uns ni pour les autres; mais elles sont purement spéculatives et ne reposent que sur des hypothèses.

L'insuffisance de l'élimination rénale qui a été incriminée est capable sans doute d'aggraver l'iodisme, mais non de le produire. Ne survient-il pas, du reste, chez des sujets dont les reins fonctionnent aussi normalement que possible? On a vu plus haut que les doses n'y font rien, ou plutôt qu'elles donnent des résultats inverses de ceux qui seraient logiques, puisque les intoxications les plus graves sont souvent produites par des quantités très minimes '.

1. Mackensie rapporte qu'une dose de 13 centigrammes, administrée à un enfant syphilitique de y mois, détermina un purpura considérable suivi de mort. — Lindslay a vu 37 centigrammes, et Besnier 10 centigrammes d'iodure de potassium donner lieu à des éruptions huileuses. « Ce n'est pas, dit le docteur P. Tissier, l'usage prolongé de l'iodure, ce ne sont pas les hautes doses d'iodure qui provoquent les accidents laryngés de l'iodisme. Tout au contraire, ces accidents sont des symptômes précoces de l'intoxication pouvant apparaître dès les premiers jours, les premières heures même, et après l'administration de doses relativement petites. »

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