AUCUNE INCOMPATIBILITÉ ENTRE LE MERCURE ET L'IODURE
Irai ter toutes les viscéropathies syphiliqucs, soit conjointement ' avec l'iodurc, soit en alternant avec lui, quand il y a urgence de recourir aux doses massives des deux spécifiques.
L'usage du mercure est devenu si fondamental, qu'on ne prend guère plus la peine de se creuser la tête pour analyser et choisir minutieusement ses indications. On ne se préoccupe que de ses doses et de ses modes d'administration. Cette pratique, qui a du bon, mais qui est peut-être exagérée, repose sur l'idée que l'hydrargyre possède une influence préventive beaucoup plus profonde et plus prolongée que l'iodure. Toujours est-il que, dans les cas où les indications de ce dernier priment les siennes, il est pour lui un précieux auxiliaire.
Leurs actions respectives ne se contrarient jamais, quoi qu'en aient pu dire les médecins chimistes qui s'imaginent que tout se passe dans l'organisme comme dans leurs laboratoires. Il y a des accidents tertiaires, et, en particulier, ceux de transition, le sarcocèle par exemple, l'iritis, dans lesquels le rôle du mercure est égal sinon supérieur à celui de l'iodure.
Enfin, après que ce dernier a fait disparaître les lésions avec la promptitude qui lui est propre, on essaie de consolider son œuvre souvent plus brillante que solide, en soumettant pendant quelques semaines les malades à un traitement hydrargyrique. On espère ainsi conjurer les récidives. Par malheur, on les voit maintes fois se reproduire, quoiqu'on ait mis en jeu, de la façon la plus suivie et la plus ingénieuse, nos deux spécifiques.
VI. Pour beaucoup de syphiliographes, le mercure guérit mieux que l'iodure. C'est possible, mais bien difficile à prouver. Parmi ceux qui ont préconisé l'hydrargyre au détriment de l'iodure, nul n'est peut-être allé aussi loin que M. Smirnoff. Quoique je ne partage pas, en bien des points, les doctrines de M. Smirnoff sur le traitement de la syphilis, je tiens à donner, par des citations, un résumé de ses idées. C'est la meilleure manière de montrer le cas que je fais de ce savant syphiliographe :
« Deux médicaments, dit-il, dominent actuellement toute la thérapeutique de la syphilis : c'est le mercure et l'iode. Les formes dites secondaires sont habituellement traitées par le mercure; les formes dites tertiaires, par l'iodure. Mais, dans mitre opinion, l'iodure n'est pas, à proprement parler, un médicament spécifique; c'est plutôt un moyen qui accélère simplement la résorption et partant les échanges, qui agit avec une énergie particulière sur les ganglions lymphatiques (où, comme
Mauriac. 20
SPÉCIFICITÉ DE L'IODURE DU l'OTASSIUM.
l'a montré Virchov, le virus syphilitique est souvent encapsulé), qui calme les douleurs et amende les manifestations syphilitiques, mais sans neutraliser le virus syphilitique. Ce n'est, en d'autres mots, qu'un adjuvant du mercure, au même titre que les bains sulfureux, les ferrugineux, les bromures, etc. « L'iode trompe souvent, disait Sigmund. » Nous ajouterons : il ne trompe que ceux qui croient en son action spécifique dans la syphilis.
Et moi j'ajoute : Quelle exagération ou plutôt quelle erreur antithérapeutique dans ces dernières paroles ! Comment ! un remède qui guérit en quelques jours les lésions les plus horribles et les plus dangereuses de la syphilis n'est pas un spécifique ! Et que vous faut-il donc ?
« Nous avons vu beaucoup de syphilitiques traités exclusivement par l'iodure de potassium, et jamais nous n'avons pu constater de guérison par ce traitement. D'autre part, nous connaissons un grand nombre de syphilitiques guéris radicalement, depuis quinze à vingt ans, par l'usage exclusif du mercure. »
« Autrefois, on traitait la syphilis par le mercure seul et les décoctions (Dzondi), et ce traitement n'était pas moins radical que celui actuellement en vogue.
« Je le répète encore et toujours, le vrai spécifique de la syphilis, le seul qui nous permette d'obtenir une guérison radicale est le mercure. Toutes les formes des manifestations syphilitiques, à toutes les périodes de leur évolution, sont justiciables du mercure. En effet, nous avons souvent réussi à guérir, par le traitement mercuriel prolongé, des gommes et des ostéophytes syphilitiques, traitées en vain par l'iodure de potassium et réputées incurables, ainsi que ces cas assez fréquents d'eczémas avec un prurit intense, eczéma provoqué et entretenu par la diathèse syphilitique et dont la vraie nature est souvent ignorée, parce qu'on a l'habitude de considérer les dermatoses prurigineuses comme n'étant pas d'origine syphilitique. » (Smiunoff, Étude sur la Syphilis et son traitement).
Cette charge à fond de train contre l'iodure de potassium n'est-elle pas un paradoxe et une injustice? Je n'ai point à le défendre. Les faits parlent trop haut en sa faveur pour qu'il soit nécessaire de se faire son avocat. Et de quelles défaillances curalives et préventives ne pourrait-on pas accuser le mercure ! Un de mes malades, traité récemment, dès le début de l'accident primitif, par de fortes doses de ce remède, que j'augmentai lorsque les accidents secondaires papulcux graves survinrent, n'en fut pas moins atteint, vers le quatrième mois de sa syphilis, de diplopie, de vertiges, puis de cécité de l'œil droit et enfin d'une encéphalopathie complexe dont il ne guérira jamais. Et que de fois j'ai observé de pareils faits !