‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 239 sur 610 · CONSIDÉRATIONS BIOCHIMIQUES SUR LA · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS BIOCHIMIQUES SUR LA

cardiaque; (A. Dcsprez) ; par la fièvre typhoïde et en raison directe, do sa gravité; par les maladies du l'oie cl, du cœur (Geisler) ; par l'emphysème pulmonaire (J. Roux).

On a toujours fait jouer un grand rôle à l'élimination rénale dans la production des accidents de L'iodisme. Outre le cas de Rendu, cité plus haut, en voici un autre analogue : Wolf a relaté un cas d'empoisonnement mortel après l'administration, en 2 jours, de 2 gr. 50 d'iodure de potassium pur, chez une néphropalhe. La mort survint moins de 8 jours après l'absorption du médicament, et on ne put découvrir aucune trace d'iode dans les urines, ce qui prouve bien que la néphrite, en s'opposant à l'élimination rénale, a dû être cause de l'empoisonnement '.

M. Ehlers s'est efforcé de déterminer les rapports qui existent entre l'élimination rénale de l'iodure et l'apparition de l'iodisme. et il est arrivé à fixer le minimum, au delà duquel apparaît l'iodisme: «L'iode, dit-il, s'élimine par l'urine clans la proportion moyenne de 80 pour 100; l'iodisme est la conséquence d'une rétention d'iode dans le sang. Il apparaît lorsque le rein n'élimine pas au moins 50 pour 100 de l'iode introduit'1. »

1. D'après M. Bourdelte (thèse, juin 1893, lodofonnc et iodoformisme), l'ifiiluence des lésions rénales est évidente à l'œil nu on seulement reconnaissable au microscope, dans la plupart des cas d'iodisme suivis de mort : dégénérescence graisseuse des cellules épithéliales, des tubes contournés et des capillaires du glornérule de Malpighi, avec tuméfaction trouble de tous les épithéliuras rénaux; reins pâles ou hypertrophiés; un seul hypertrophié et resté perméable, l'autre complètement atrophié, etc. Le même auteur fait remarquer que l'albuminurie a été observée chez plusieurs malades atteints d'intoxication iodoformique. Indication pratique : n'employez l'iodoforme qu'avec les plus grandes précautions chez les personnes qui ont une affection rénale

2. « On ne saurait être plus précis et plus aftirmafif, dit M. Lafay. 11 est cependant un côté de l'élimination qui, à mon avis, est beaucoup trop délaissé, bien qu'il puisse, en certains cas, jouer un rôle important: je veux parler de l'élimination instestinale. Quand on analyse les fèces, on y retrouve, en effet, de l'iode, mais en très faibles quantités, à moins qu'il n'y ail diarrhée... Il n'est pas impossible que, dans le cas d'empoisonnement iodique, ou bien chez les malades dont le rein n'élimine pas, il n'existe une forte élimination compensatrice, de même que nous voyons parfois un seul rein suffire à lui seul, quand l'autre est malade ou absent.

« Il est vrai que cette élimination intestinale doil èlre distinguée de l'élimination rénale, car elle n'est pas, à. vrai dire, une élimination, le corps éliminé n'ayant fait que traverser l'organisme sans avoir été, en un mot, assimilé.

« Donc, au point de vue de l'intoxication et pour être complet) on devrait rechercher également l'iode éliminé par les fèces, car, étant donné que l'individu est intoxiqué, il est possible qu'une notable partie d'iodure file par l'intestin avec les déchets de la nutrition, comme un produit dont l'économie a hâte de se débat rasser. On ne peut ainsi conclure sans réserve (pie cette élimination n'a pas lieu, car il faudrait voir, au préalable, si elle n'a pas choisi une autre voie. »

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PATHOGÉNIE DE L'IODISME.

111. Les théories pour expliquer la genèse de l'iodismc sont nombreuses. Plusieurs ne manquent pas d'ingéniosité; quelquesunes sont assez plausibles, et néanmoins nous sommes loin d'être édifiés sur cette intéressante question. Elle n'a, du reste, au point de vue pratique, qu'une importance très relative1.

On vient de voir que pour Ehlers, Wolf et beaucoup d'autres, l'empoisonnement iodique est la conséquence d'une rétention d'iode dans l'organisme par insuffisance de l'élimination rénale. D'autres croient que la rétention d'iode résulte de combinaisons organiques iodo-albumineuses, semblables à celles qui se forment avec le mercure etavec le plomb. Cette opinion a été émise par Harnack et Gruendler au sujet de l'empoisonnement par l'iodoforme. On en a contesté l'exactitude ; on a nié la formation des composés iodo-albumineux. Et tout cela fût-il vrai pour l'iodoforme, en serait-il ainsi pour les iodures ? Toutefois on est assez disposé à admettre que, dans les éliminations lentes qui se prolongent au delà de l'administration de l'iodure, les combinaisons organiques jouent le principal rôle, et qu'il se forme des iodalbuminesdont la décomposition, qui se fait peu à peu, produit les iodures qu'on retrouve dans les urines plus ou moins longtemps après la cessation de la cure iodurée. Si, sous l'influence de circonstances diverses, ces iodalbumines s'amassaient dans le sang, si l'organisme devenait incapable de les transformer en iodures, ne pourraient-elles pas devenir nuisibles, surtout pour le système nerveux et causer des iodismes graves et mêmes mortels (Harnach) ?

Bornons-nous à signaler quelques autres théories. Faut-il attribuer, comme l'ont fait quelques-uns, les dangers que fait quelquefois courir l'iodure de potassium au potassium seul? Non, car il est démontré que l'iodure de sodium et l'iodure d'ammonium peuvent donner lieu à des accidents toxiques semblables à ceux que produit l'iodure de potassium (Germain Sée, Brocq). Tout au plus pourrait-on, dans quelques cas exceptionnels, considérer l'élément potassium comme un faible facteur dans l'intoxication. Le rôle véritablement actif appartient à l'iode seul.

Les dangers des iodiques proviennent-ils de l'impureté du médicament? Oui, dans une certaine mesure. Il est certain que l'iodure de potassium qui contient des iodates est difficilement toléré. Cela résulte, pour Rabuteau, de la mise en liberté de l'iode des iodates sous l'influence de l'acide clilorhydrique de l'estomac; pour Lapicque, de leur transformalion en iodure à travers l'organisme, laquelle ne peut se faire sans mettre en liberté de l'iode qui est beaucoup plus toxique que les iodures, etc. D'après M. Lafay, l'iode dégagé des iodates irriterait tous les organes, mais principalement les reins et deviendrait ainsi, surtout chez les sujets à tendance néphrilique, une cause d'iodisme, moins par lui-même, peut-être, que par l'entrave qu'il apporterait à l'élimination de tous les produits iodés charriés par la circulation.

Les dangers des iodiques résultent-ils de la décomposition qu'ils éprouveraient dans l'organisme ? Cette question esl très controversée. Rampold, Kandidoff, Soulier, croient que l'iodure de potassium peul

MO

CAUSE RÉELLE DK L'IODISME

donner naissance à de l'iode libre, par suite des décompositions qu'il subit dans l'organisme. Kaminerer et Putzeys nient la décomposition. Bucbbeim déclare impossible la mise en liberté de l'iode. Pelikan croit à un double éebange entre l'iodure de potassium et le chlorure de sodium de l'économie, mais non à la mise en liberté de l'iode. Bœhm est du même avis. Notbnagel et Rosbach ne croient pas non plus à la formation d'iode libre. — Lapicque va plus loin et déclare que la présence d'iode libre dans l'organisme, après l'administration d'un iodure alcalin, n'a jumais pu être démontrée el qu'elle ne peut pas l'être, car il est impossible que l'iode subsiste à l'état libre dans le sang qui est alcalin. — On ne doit pas invoquer une mise d'iode en liberté comme cause des accidents de l'iodisme.

« Il ne reste donc, pour rallier toutes les opinions, que deux idées : l'élimination rénale et la susceptibilité individuelle... J'ose même espérer qu'avec une expérimentation sévère et des méthodes bien définies, on arrivera peu à peu à restreindre ce domaine peu scientifique de la susceptibilité individuelle, au profit de l'élimination, qui est une chose palpable, la seule que nous puissions sûrement apprécier, et que, le jour où on en connaîtra mieux les règles, le coefficient d'élimination pour un individu sera précisément la mesure même de sa susceptibilité. » (Laurent Lafay, p. 102.)

En terminant, je ferai remarquer de nouveau qu'il n'existe, en fait d'iodisme, aucun accident dont l'apparition coïncide avec un accroissement très marqué dans le processus de guérison. Rien d'analogue, par exemple, a l'amélioration presque instantanée qui se montre si souvent lorsque survient la stomatite hydrargyrique. Loin de favoriser les effets curatifs de l'iodure, l'iodisme ne peut que les retarder ou les amoindrir.

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