BENJAMIN BELL, PRECURSEUR DE LA VÉNÉRÉOLOCIE MODERNE
l'opium. L'emploi des Ioniques devait être conseillé pour combattre l'action débilitante de la maladie et de son spécifique. Contre la mercurialisation causée par un traitement prolongé, il fallait recourir au soufre et aux bains do mer.
Telles étaient les idées de Hunter sur le traitement de la syphilis. Nous ne faisons pas beaucoup mieux aujourd'hui. Assurément il y a eu quelques progrès depuis ; mais, dans ce qu'elle a d'essentiel, la médication mercurielle était solidement fondée.
III. Parmi les syphiliographes de la fin du dix- huitième siècle dont les écrits ont honoré la science et la pratique des maladies vénériennes, il faut citer Benjamin Bell (1693). Comme Hunter, il apporta dans l'étude de la syphilis une ampleur, une élévation de vues, une perspicacité clinique dont l'influence fut féconde et se prolongea jusqu'à nos jours. C'est lui qui, le premier, découvrit le chancre uréthral. Hunter, persuadé que la syphilis ne souille pas les sécrétions, rejetait la transmission héréditaire de la syphilis par le père, et croyait même très peu à l'influence de la mère. Bell ne tomba pas dans cette erreur. Il fit une large part à l'hérédité syphilitique. Il contribua le plus, avec Hernandez, à détacher la blennorrhagie de la syphilis, à lui rendre son autonomie, à prouver qu'elle n'était produite ni par le virus syphilitique, ni par celui de l'ulcère vénérien ou chancre mou ; qu'elle pouvait s'associer avec eux, mais qu'elle avait une origine bien distincte, se traduisait par d'autres effets et exigeait un tout autre traitement. C'était un retour décisif vers les idées qui, sans être formulées en doctrine, avaient cours à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle.
La vénéréologie sortait du chaos. Le traitement mercuriel était enfin sainement jugé et appliqué avec prudence et discernement dans la syphilis, tandis qu'on l'excluait de la blennorrhagie. Il restait encore à déraciner une erreur : celle qui attribuait le chancre infectant et la chancrelle ou chancre simple au même principe virulent, et qui supposait que, si les conséquences de ces deux lésions étaient les unes locales et les autres constitutionnelles, il fallait l'attribuer à des conditions indépendantes du virus lui-même et inhérentes au terrain sur lequel il étai t implanté
\. Les erreurs de doctrine ont toujours des conséquences fâcheuses dans la pratique, alors môme que, par instinct ou par une sorte de réserve et de timidité que suggère le bon sens, on ne pousse pas leur application jusqu'à la limite extrême qu'exigerait la logique. La confusion des diverses maladies vénériennes,
Mauriac. 3