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CAUSKS D'ERREURS DANS L'APPRÉCIATION DU TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

IV. Avant d'en arriver à cette distinction fondamentale, la vénéréologïc traversa une crise grave dans les trente premières années du dix-neuvième siècle.

L'antimercuralismc moderne avait pris naissance en Angleterre, au dix-huitième siècle ou, dn moins, il y avait eu ses principaux adeptes, ses vrais précurseurs. Ce fut encore un Anglais, Ferg-usson, chirurgien des armées anglaises dans la campagne de

qui s'accentua de plus en plus aux dix-septième et dix-huitième siècles, nous en fournit une preuve. N'était-ce pas une énormilé que de traiter, par exemple, comme des espèces morbides de nature identique, la syphilis^ et la blennorrhagie, celle-ci, le chancre mou et les végétations, etc.? Qu'en découla-t-il comme appréciation des méthodes de traitement? Une idée fausse et exagérée de leur puissance curative et préventive.

Il est incontestable que les succédanés du mercure n'ont joui d'une faveur si grande et si générale que parce qu'ils procuraient des guérisons. Mais, la plupart du temps, ce qu'ils guérissaient avec une rapidité prestigieuse et décevante n'était pas de provenance syphilitique. Comme on les administrait indistinctement dans toutes les maladies vénériennes, on attribua à leurs prétendues propriétés antisyphilitiques des résultats qui n'avaient rien à voir avec elles. Que prouvait le succès de cette médication dans toutes les affections vénériennes locales et non infectieuses? Absolument rien. Et c'est ce qu'avait très bien vu Astruc quand il disait que la décoction du gaïac et autres bois n'était apte à guérir « que les maladies vénériennes locales et commençantes, comme la gonorrhée, les poulains, les chancres et les poireaux ».

La confusion des maladies vénériennes eut aussi une part, et pour les mêmes raisons, dans l'enthousiasme qu'excita le mercure. Mais là, du moins, il était mieux justifié. Nul doute cependant qu'on ne lui ait attribué des exploits thérapeutiques dont il n'était point le héros. En revanche, son emploi inconsidéré dans toutes les affections vénériennes qui n'avaient rien de syphilitique, se joignit à son abus comme doses, pour susciter les réactions violentes et trop motivées qu'il eut à subir.

La doctrine de la pluralité des maladies vénériennes qui, après de longues luttes et de nombreuses péripéties, a fini par triompher, dissipa-t-elle toutes les idées erronées qui régnaient depuis le milieu du seizième siècle, sur le traitement mercuriel ou sur les autres? Oui, mais il a fallu longtemps pour en arriver au point où nous en sommes, à ce progrès réalisé avec peine et, provisoirement, le moins discutable, surtout quand on le compare au passé de la vénéréothérapie. — Toutefois, comme l'erreur ne lâche pas prise aisément, on n'arriva pas sans secousse et du premier coup à la vérité, ou du moins à ce qui nous parait l'être dans l'état actuel de la science et de la pratique.

Notre éminent syphiliographe, M. Rollet, a dit avec raison que « le traitement moderne des maladies vénériennes sans mercure est une émanation, inconsciente, si l'on veut, mais très réelle de la doctrine de la pluralité qui a détaché successivement de la vérole proprement dite les deux maladies les moins justiciables de ce médicament, la blcunorrhagie et le chancre simple. Les idées de Bell, Bal four, Duncan sur la blonnorrhagie, celles de Adam s, Abernethv, Carmichaël sur les ulcères vénériens simples [immola vulgaris), étaient déjà'en vogue en Angleterre ; on mettait partout en doute l'unité de la maladie vénérienne, lorsque, de la théorie passant à la pratique et sautant brusquement d'un extrême à l'autre, on en vint non pas seulement à restreindre l'emploi du mercure en ne l'appliquant qu'à la syphilis, mais à s'en abstenir complètement, dans la blennorrhagie d'abord, comme les non-identités, et bientôt aussi dans toutes les autres maladies vénériennes soit locales, soit générales, sans exception.» Article Si/philis, p. 40o. Dict. encyclop. des Se. nu'fi.)

ANTIMERCU1UALISTES ANGLAIS. 35

Portugal; en 1813, qui réunit et dirigea contre le mercure des documents qui frappèrent et convertirent beaucoup de médecins. Il avait constaté, à son grand étonnement, que les syphilitiques, dans ce pays, n'étaient, en général, atteints que légèrement, et qu'ils se guérissaient très bien par une bonne hygiène, une diète légère, sans avoir besoin de recourir au mercure. Ce fait, dûment constaté, avait une bien autre importance que des arguments théoriques. On avait parlé, trois siècles auparavant, de l'influence du climat sur la gravité ou la bénignité de la syphilis. Les riches syphilitiques espagnols qui s'expatriaient en Amérique, au seizième siècle, pour y faire une cure de gaïac, n'étaient-ils pas guéris plutôt parle climat que par ce bois? Dans tous les cas, ils guérissaient sans l'hydrargyre. La nature et les végétaux leur valaient infiniment mieux que ce métal et toutes ses préparations. Ne serait-il efficace que dans la syphilis des pays froids ?

En 1817 et 1818, Guthrie, Thompson, Rose, Hennenet beaucoup d'autres médecins anglais1 publièrent un grand nombre d'observations qui mirent hors de doute, comme celles de Fergusson, la guérison des accidents de la syphilis sans le secours du mercure. On commença bientôt à comprendre que cette maladie, abandonnée à sa marche naturelle, n'aboutissait pas fatalement à ses conséquences extrêmes, et que, hors du mercure, il y avait encore quelque espoir de salut.

S VU. — Révolution tentée contre la spécificité de la syphilis .et son traitement spécifique par le physiologisme de Broussais. Ricord et l'École de l'hôpital du Midi.

I. En France, la spécificité des maladies vénériennes, comme celle des pyrexies et de toutes les infections, faillit s'abîmer dans le phlegmasisme de Broussais. L'autonomie de la syphilis fut niée, et

I . Bill, Mac Grcgor, W. Franklin. — Les statistiques qu'ont données, à l'appui du traitement non mercuriel de la syphilis, les médecins anglais et ceux des autres pays, sont très nombreuses. Je ne les rapporterai point, parce qu'elles ne peuvent inspirer aucune confiance. Du moment qu'on ne distinguait pas nettement le chancre simple du chancre syphilitique, l'erreur était inévitable. Gomment croire, par exemple, que sur les cent malades de Guthrie, atteints de chancres, six seulement eurent des accidents constitutionnels? — Evidemment, mit ces cent chancres, l'énorme majorité appartenait à la chancrelle ou chancre simple. On en peut dire autant dé toutes les autres statistiques. Murphy fut un antimercurialiste plus radical que ses contemporains. Dans un livre publié en Angleterre, il eut la prétention de prouver que le mercure est l'unique cause des accidents syphilitiques secondaires. Harris, Stevens et Ware firent, en Amérique, sur le traitement sans mercure, les mêmes essais que les médecins anglais.

PHYSIOLOGISME KT ANTIMHRCURIALISMIi BN FRANClï.

son unité démembrée. On ne vit dans ses accidents que des effets de la phlogose; on ne lui attribua d'autres liens que ceux qui réunissaient tous les phénomènes procédant de l'inflammation. Comme corollaire thérapeutique, c'était la négation absolue du traitement mercuriel. Jourdan (1826), Richond des Brus (1826), Desruelles (4827), Charmeil, Devergic, furent en vénéréologie les apôtres de la doctrine physiologique. Ils vinrent à la rescousse dans l'éternelle lutte qui, un moment assoupie, se réveillait plus ardente, plus opiniâtre et plus radicale contre le mercure ; car elle ne se bornait plus à combattre ses abus; elle allait au delà dans son radicalisme, puisqu'elle soutenait que la syphilis n'avait point besoin de lui pour guérir1.

L'antimercurialisme fut chez nous surtout une question de doctrine. H ne survécut guère à la décadence et à la chute du phlegmasisme de Broussais. Le côté clinique et positif de l'antimercurialisme anglais fit peu de prosélytes parmi nous. Cullerier (l'oncle), Rayer, Dupuytren, traitaient la syphilis par les frictions et le mercure à l'intérieur, depuis l'apparition de son accident primitif jusqu'à ses phases les plus reculées. Le sublimé était la préparation préférée pour l'usage interne. Dupuytren formula ses célèbres pilules qui rivalisèrent avec la liqueur de Van Swieten.

IL Néanmoins, malgré ces grands médecins et d'autres moins en vue, qui suivaient, en France et ailleurs, la tradition ou, comme disaient leurs adversaires, la routine que nous avait léguée le passé, l'anarchie la plus déplorable régnait dans la pathologie et la thérapeutique des maladies vénériennes. Comment en sortir? Ne fallait-il pas un homme supérieur pour rétablir l'ordre, rallier les esprits

1. Repos au lit, dièle, purgatifs, saignées chez les pléthoriques, émollienls ou caustiques pour les ulcères : voilà ce que les médecins anglais avaient substitué au mercure dans le traitement de la syphilis.

Desruelles, élève de Broussais, conseillait, dans son Mémoire sur le traitement de la syphilis sans mercure (Paris, 1827), un traitement interne général et un traitement des symptômes. Traitement général de la syphilis : diète végétale et lactée, pas de vin ni de café, tisanes délayantes, vêtements chauds, exercice modéré, bains simples tièdes. — Dans les cas graves, saignées générales et locales, tisane de Feltz sans mercure, opium, sudori Tiques, bains sulfureux. — Traitement local : celui des inflammations locales : sangsues autour des ulcérations, — sangsues à Pépigastre, — saignées dans les ras d'ulcères du voile du palais, cure par la faim et la dièle lactée dans les cas d'ulcères gommeux.

Desruelles signalait le nombre et la nature des récidives après les traitements mercuriels. — Toutefois, avec le temps, ses idées se modifièrent et il devint moins intransigeant. Il en arriva à déclarer que le mercure convenait dans certaines affections consécutives (1836), et finit par convenir (1849) qu'il y avait des symptômes primitifs qu'on devait aussi traiter par le mercure.

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