MÉDICATION SULFUREUSE INTERNE
des services. On le fait prendre, il est vrai, dans les thermes sulfureux, mais sur place, au sortir des sources; et alors la complexité de la médication empêche de démêler ce qu'il pourrait donner, à lui seul, comme moyen curatif.
Les eaux minérales chaudes s'altèrent plus ou moins par le refroidissement qui leur enlève une partie de leur minéralisation. Aussi ne les employons-nous presque jamais dans la pratique courante. L'eau de Ghalles fait exception, car étant froide, elle peut s'exporter sans presque rien perdre de ses remarquables propriétés. C'est donc elle qu'on donne quelquefois aux sujets chez qui une sorte d'inertie digestive et nutritive empêche le mercure de développer son action curative, ou bien chez ceux qui tolèrent mal ce remède et ont besoin d'un stimulant pour l'absorber et l'éliminer dans la mesure qu'exige un bon traitement hydrargyrique \ Mais, il faut bien l'avouer, les indications des sulfureux à l'intérieur, en dehors de la médication minéro-thermale, se présentent fort rarement.
En est-il ainsi pour le traitement externe? Le fréquent usage des bains sulfureux prouve le contraire. On a même une grande tendance à en abuser. On les prescrit souvent par routine, sans trop savoir pourquoi. Ils sont nuisibles dans la première année de la syphilis et, en général, à tous les moments de la période secondaire où se produisent, avec une grande exubérance et sous une forme quelconque, les manifestations cutanées et muqueuses. Leur opportunité s'accentue à mesure qu'on s'éloigne du début de l'infection, et surtout lorsque les poussées se raréfient et sont séparées par des intervalles de plus en plus considérables. Mais encore faut-il qu'il y ait quelques indications pour justifier leur emploi systématique. Les principales reposent sur les déterminations rhumatoïdes que suscite quelquefois la syphilis du côté des muscles et. des articulations. D'autres proviennent du besoin de stimulation que semble éprouver l'organisme, lorsqu'il a été surmené ou épuisé par la syphilis et
1. « L'eau de Challes est sulfureuse, bicarbonatée, iodurée et bromurée sodique. Froide (10°, a), ce qui n'est pas le cas ordinaire des sulfurées sodiques, elle est encore et surtout remarquable par la richesse de sa sulfuralion, qui lui a valu le nom d'essence (Venu sulfureuse (C. James), — et par celle de son alcalinité qu'elle doit à la soude, représentée, sous forme de bicarbonate seulement, par 0Kr,9773. Certaines eaux alcalines pures en contienncnl moins. L'iode H, le brome achèvent de caractériser l'eau de ('.halles (iodurc de sodium, 0^,013 ; bromure "/., oKr,004). Ses autres éléments, le chlorure de sodium à part (0gr,155), se retrouvent dans la généralité des eaux minérales et ne méritent pas de mention spéciale. » J'emprunte cette citation à Pexcellenl ouvrage du D" Royer sur la Médication de Châties.
3o2 BALNKATION SULFUREUSE AKTIKICIKLLE.
Je traitement mercuricl. Dans ces sortes de cas très équivoques où il entre un peu de tout, de l'anémie, du mercurialisîne, de lu seroi'ule, du rhumatisme et, par-dessus tout cela, de la syphilis comme subslratum, mais sans aucune manifestation actuelle du côté de la peau, les bains sulfureux artificiels rendent de grands services1. Mais combien supérieurs sont ceux que nous devons, en pareil cas, à la balnéation thermale!
II. Il n'y a pas de médecins et de malades qui ne soient fermement convaincus que les eaux minérales élaborées dans les profondeurs de la terre par une chimie mystérieuse qui ne nous a point réa lises secrets, sont douées d'une puissance médicalrice occulte, surhumaine et très supérieure à tout ce que nous inventons dans nos oflicines pharmaceutiques. Il y a bien des raisons pour qu'il en soit ainsi. Elles sont même si nombreuses que l'agent particulier qui prédomine dans telle ou telle eau thermale, au point de la qualifier,
1. M. Gûnlz et quelques autres médecins croient que, en dehors de la balnéation sulfureuse thermale, les bains sulfureux artificiels et le soufre sont très utiles dans le traitement de la syphilis par les frictions mercurielles. — D'aulres, et je suis du nombre, croient que cette médication sulfureuse auxiliaire n'est pas d'une grande utilité.
« En général, dit M. R.-W. Taylor, un ou deux bains sulfureux par semaine pendant les frictions ne sont pas désavantageux. Ils ont certainement un heureux effet moral décisif chez quelques patients. Dans certains cas de lésions ulcéreuses, en particulier, et aussi dans les formes papuleuseset tuberculeuses, les bains sulfureux, ceux d'eau chaude et de vapeur nous sont souvent d"un grand secours par la stimulation qu'ils exercent sur la peau. »
Je répète qu'il faut être très réservé dans l'emploi des bains sulfureux pour le traitement de la plupart des syphilides.