RETOUR A LA PRATIQUE DES FRICTIONS MERCURIELLES
Avant lui, Hennen (1818) avait déclaré que les accidents syphilitiques guérissaient sans mercure par le repos, l'abstinence et la proprelé, etc. A Vienne, en 1855, Hermann soutint que les accidents tardifs de la syphilis étaient une hydrargyrose chronique. M. Lorinser (1858) fut de cet avis. M. deBœrensprung, quoique mercurialiste, fit d'importantes réserves en disant : « Le mercure ne guérit pas la syphilis, mais le mercurialisme fait disparaître momentanément les symptômes de la maladie. Tant que dure l'effet du mercure, la syphilis reste latente, pour revenir d'autant plus terrible que l'intoxication a plus affaibli la constitution. »
II. Il est inutile de décrire minutieusement la campagne des anlimercurialistes allemands. Elle fut menée sans prestige, sans art ni tactique savante. Elle se traîna dans le désordre, la confusion et n'aboutit à rien. Du reste, tous les médecins n'y prirent point part.
Un des premiers spécialistes de cette période, le professeur Sigmund (de Vienne) réhabilita la méthode des frictions mercurielles (1850-59), un peu tombée en désuétude depuis que l'administration du mercure par les voies digestives était en faveur. Il ne les poussait pas jusqu'à la salivation, comme les anciens. Il n'y préparait pas non plus toujours par la saignée, les sudorifiques et les purgatifs. Sur les points où devait être faite la friction mercurielle, on lavait et on frottait préalablement la peau. Friction quotidienne, de vingt minutes de durée, avec un gramme d'onguent mercuriel; enveloppement des parties frictionnées avec des draps de toile ou de coton; repos au moins pendant dix-huit heures : telle était la formule comme traitement général. En outre, lotions et pommades mercurielles sur les accidents locaux.
Cette pratique de Sigmund contribua sans doute à remettre en vogue les frictions hydrargyriques. Toujours est-il qu'en peu d'années elles gagnèrent la faveur du public et des médecins
comme un bon et puissant remède dans quelques cas el se servait du calomeL Oppenbeim, Kluge (de Berlin), Simon, Ilandschuch, Honorden, Dietrich,
Payen, partagèrent plus ou moins la prédilection de Fricke pour le traitement
de la syphilis par la diète.
Cette méthode est connue sous le nom de Traitement arabique.
En Danemark et surtout en Suède, la plupart des médecins en devinrent
partisans et ils prétendirent que, depuis son emploi, les maladies vénériennes
devenaient moins nombreuses et plus bénignes.
1. Hermann et Lorinser rétrogradèrent jusqu'à Broussais etDesruelies, car ils mirent en doute l'unité de l,t syphilis et en firent une maladie locale dont les effets étaient aggravés par le mercure. Leurs erreurs furenl combattues par Michaelis, Singer, Junken, Reder.
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allemands. Ce fut pour elles une sorte de renaissance, tond' débordante d'espoirs, de jeunesse et d'illusions.
Elles ont fini par avoir un temple, un culte et des prêtres a Aixla-Chapelle. De tous les pays y accourent des fidèles pour se faire oindre suivant des ri Les consacrés1.
Et toi, vieux chevalier Ulrich de Hutlen, dors-tu content? Non, sans doute, si, du fond de ta tombe où, après toute l'agitation de ta vie errante, reposent depuis près de quatre siècles tes pauvres os que lu croyais si malmenés par le mercure, lu peux entendre tes compatriotes glorifier ces frictions que tu traînas aux gémonies.
III. Les erreurs de Hermann et de Lorinser firent plus de bruit que de prosélytes. On combattit surtout leur affirmation que l'iodure de potassium n'exerçait une action curative sur les prétendus accidents secondaires et tertiaires, attribués à la syphilis, qu'en favorisant l'élimination du mercure, cause de tout le mal.
Et l'argument historique de Lorinser, fondé sur ce fait plus ou moins vrai, que les gommes étaient moins fréquentes chez les premiers syphilitiques du quinzième siècle que plus tard, lorsque le traitement mercuriel se fut généralisé, quelle valeur avait-il? Aucune. Car on pouvait lui objecter que les gommes étant, en général, une manifestation tardive, ont dû être forcément plus rares dans les dernières années du quinzième siècle, que dans les premières du siècle suivant et plus tard. D'ailleurs, ne devaienl-elles pas augmenter de fréquence depuis que de nos jours le traitement mercuriel s'est généralisé sur toute la surface du globe? C'est le contraire qui a lieu.
IV. Yirchowfut un adversaire redoutable pour les antimercurialistes. Il les attaqua sur le terrain de la syphilis constitutionnelle, rendu plus ferme et plus fécond par ses belles recherches. Il se déclara hautement partisan du mercure. 11 professait que ce remède
1. Le grand poêle Henri Heine, dans son voyage de Paris à Hambourg (184:i), qui faille sujet de son admirable poème Germania, traversa Aix-la-Chapelle. Son impression sur celle ville se traduisit par cette strophe humoristique :
7ai Aachen langweilen sich ouf der Strass' Die Hunde, sic flehn unterthûnig :
« Gieb uns chien FusslriU, ô Frcmdling, dus unrd Vicllcic/U ans zerstreuen cin wenhj ».
A Aix-la-Chapelle, les chiens s'ennuient dans la rue, et, inoccupés, ont l'air de vous faire cette humble prière : — « Donne-nous donc un coup de pied, ô étranger! peut-être cela nous dislraira-t-il un peu. » (Germania, conte d'hiver, dans Poèmes et Légendes. Michel Lévy, éd. Paris, 1864.)