ET LES ANTIMERCURIALISTES EN ALLEMAGNE
possède une grande action curative contre les accidents tertiaires eux-mêmes, et que cette action est peut-être plus efficace que celle de l'iodure. Sans aller jusque-là, ne peut-on pas dire qu'avant la découverte thérapeutique de l'iodure, le terliarisme était victorieusement combattu par l'hydrargyre ? C'est surtout contre la syphilis en activité, c'est-à-dire contre ses manifestations, que Virchow conseillait le traitement mercuriel; mais il reconnaissait, après beaucoup d'autres, qu'aucun signe ne permettait d'affirmer que ce traitement fût assez radical pour guérir à jamais la syphilis.
M. Kûssmaul, par son beau livre sur le mercurialisme (1861), acheva la déroute de l'école antimercurialiste, en démontrant que les accidents causés par l'hydrargyre différaient essentiellement do ceux qui sont propres à la syphilis. Néanmoins Hermann ne se tint pas pour battu. Contre toute évidence, il s'entêta dans sa doctrine au point d'adresser une requête à l'État pour interdire la vente du mercure (1873).
line faisait, du reste, qu'imiter en cela un médecin américain, chirurgien-major général des armées du Nord, pendant la guerre de sécession. Ce médecin, qui était sans cloute le plus absolu des antimercurialistes américains, répandit, pour prohiber l'emploi du mercure contre la syphilis, une instruction où* il était dit : « Cette résolution a été prise avec d'autant plus de confiance, que la pathologie moderne a prouvé l'impropriété de l'usage du mercure dans une quantité de maladies pour lesquelles il était autrefois invariablement administré. » Comme on le voit, les Américains, quand ils s'y mettent, ne font pas les choses à demi.
§ X. — Syphilisation.
L'erreur la plus excentrique, la moins justifiée, la plus dangereuse dans le traitement de la syphilis, fut la méthode connue sous le nom de syphilisation (1851). Inventée en France par Auzias ïurenne, elle fut adoptée par Sperino, de Turin (1854- 1863), et Bœck (de Christiania) (1866). Quelques médecins français, entre autres Melchior Robert, crurent à son efficacité. Cette méthode consistait à inoculer un nombre infini de chancres mous aux syphilitiques, pour les guérir de leurs accidents eten prévenir la récidive. Mais elle avait aussi une autre prétention : c'était de bonférèr l'immunité conLre la maladie par la sursaturation chancreuse, d'obtenir une sorte de vaccination syphilitique.
D0CT1UNK HT PRATIQUE DE LA SYI'HILISATION.
Ceux qui se lancèrent en celle aventure, une des plus lamen lubies el des plus humiliantes parmi tant d'autres, dans le traitement de la syphilis, ignoraient ou faisaient semblant d'ignorer la profonde différence de nature qui existe entre le chancre mou ou chuncrelle, el le vrai chancre syphilitique, le chancre infectant. Ils sont cependant à une si grande distance l'un de l'autre, qu'ils ne peuvent se conférer réciproquement aucune immunité.
Des milliers d'inoculations chancrelleuses sur un même individu épuiseront peut-être le terrain cutané et le rendront impropre, pour quelque temps, à produire la chancrelle; mais que, dans ce terrain, sursaturé du virus chancrelleux, à effets purement locaux, on inocule volontairement ou par mégarde du virus syphilitique, et on verra naître le chancre mou, et se dérouler ses conséquences avec autant et peut-êlre plus d'activité que chez des sujets non syphilisés. C'est, du reste, ce qui arriva fréquemment. Le résultat le plus clair de cette pratique fut de rendre syphilitiques beaucoup de ceux qui eurent l'imprudence de se confier à elle.
Quant à guérir une syphilis, la syphilisation n'y est jamais arrivée. Elle a paru le faire lorsqu'on l'a appliquée à la fin d'accidents qui se seraient guéris d'eux-mêmes. Il est possible aussi que les chancres mous inoculés aient agi comme un révulsif quand ils élaient en nombre, ainsi que l'auraient fait des applications multiples et réitérées de vésicatoires ; mais jamais ces effets ne sont allés au delà du tégument pour neutraliser la syphilis dans les profondeurs de l'organisme1.
1 . Un des syphiliographes qui honorent le plus l'école française, Auguste Gullerier, neveu, successivement médecin de l'hôpital de Lourcine et de l'hôpital du Midi, expérimenta la révulsion dans le traitement de la syphilis. 11 faisait appliquer tous les jours quatre à six vésicatoires volants de la grandeur d'une pièce de 50 centimes. Un de ses élèves, Parisot, a rapporté dans sa thèse (1858), vingt-deux cas de syphilis primitive, secondaire el tertiaire, traités de celte façon. Les accidents tertiaires seuls ont résisté ou ont été peu modifiés par les vésicatoires. Les autres ont disparu aussi bien qu'avec la syphilisation.
L'emplâtre slibié fut employé par Iljort à des essais analogues et avec le même succès. Bœch employa aussi les révulsifs et accorda une certaine confiance ;ï ce traitement qu'il appelait par dérivation. Dans le même but, la vaccination fut pratiquée par Lakomski. Après une première série d'inoculations positives, on ne peut plus faire que des piqûres sans résultats. Les sujets non vaccinés se prêtent seuls à celle méthode. Nous ne parlons que pour mémoire de toutes ces tentatives.