LEURS INCONVÉNIENTS SI LE CHANCRE EST DOUTEUX
il faut soigneusement conserver l'intégrité, je dirais presque la virginité d'une intervention spécifique, est-ce qu'on ne se condamnerait pas à une inertie déraisonnable et féconde en résultats funestes ?
Je pose donc comme un axiome de stratégie thérapeutique qu'il faut attaquer, avec l'un ou l'autre de nos deux agents ou avec tous les deux, n'importe quelle manifestation spécifique et quelle que soit la période de la syphilis, qu'il s'agisse du chancre infectant, d'un tubercule, d'une gomme, etc. Voilà ce que nous dictent le bon sens et l'expérience clinique.
Et remarquez que le traitement initial a une action manifeste sur la syphilis primitive. Est-ce là un résultat à dédaigner? Remarquez, en outre, qu'il va au devant du désir bien légitime qu'ont les malades d'être soumis le plus tôt possible à un traitement qui paraît leur épargner, même dans une faible mesure, les inconvénients, les dangers et la longue durée de la période secondaire.
III. En revanche, ce traitement, que tant de considérations nous conseillent d'instituer dès le début, doit être rigoureusement interdit s'il nous reste le moindre doute sur la nature du chancre. C'est encore là un axiome de stratégie thérapeutique. Mais , contrairement à celui que je posais tout à l'heure, il ne s'applique qu'au chancre.
Plus tard, en effet, quand l'infection est un événement irrévocable et d'une authenticité qui ne laisse aucune prise au doute, il n'est pas nécessaire de se montrer trop rigoureux sur la nature des manifestations. On peut et on doit même souvent traiter par les spécifiques celles qui sont douteuses ou équivoques.
Avec le chancre, il faut être beaucoup plus circonspect. N'administrez jamais le mercure si la lésion initiale n'est pas surabondamment mise en évidence, non pas seulement par un ou deux de ses symptômes, mais par tous. Il faut que tout concorde pour vous donner la conviction mathématique qu'il s'agit bien d'un chancre infectant. Ne soyez pas trop impatients ; attendez que le syndrome de la syphilis primitive soit complet; n'écoutez point les doléances des malades qui vous poussent à l'action ; ne suivez pas la pratique inconsidérée des médecins qui, par prudence, instituent un traitement sans base et d'aventure, dont ils ne mesurent pas les déplorables conséquences.
Si vous avez le plus petit doute, persévérez dans votre abstention